‹ Le Pantcha-TantraChapitre 63 sur 114 · LE ROI , LE DIEU DEVINDRA. , ETC · texte numérisé non relu

LE ROI , LE DIEU DEVINDRA. , ETC

lui donner en place, pour assouvir la faim qui le pressait, un morceau de sa propre chair du poids de la colombe.

Le roi, plutôt que de trahir les devoirs de l’hospitalité en livrant l’animal qui s’était riiis sous sa protection , consentit à la dernière demande du faucon , et plaçant la colombe dans un des côtés d’une balance, il prit un couteau et se coupa un morceau de chair qu’il mit dans l’autre côté. Voyant que celui-là ne suffisait pas, il se coupa un second, puis un troisième et un quatrième morceau de chair ; mais s’apercevant que la balance penchait toujours du côté opposé dans lequel était la colombe , il se mit lui-même dans la balance , et dit au faucon qu’il n’avait qu’à le dévorer tout entier et laisser aller la colombe libre.

Devindra, saisi d’admiration à la vue d’un dévouement si héroïque , quitta aussitôt la forme de faucon , qu’il avait prise exprès pour avoir une occasion d’éprouver lui-même si ce que la renommée rapportait du roi était vrai, et reprenant sa vraie forme de Dieu , il se fit connaître pour ce qu’il était réellement , combla le prince d’éloges , et disparut après lui avoir accordé des faveurs particulières.

Lorsque le hibou Dakcbakcba eut fini son

LES HIBOUX ET LES CORBEAUX. l'j'j

récit, il ajouta : Cet exemple nous apprend qu’on ne doit jamais trahir les devoirs de l’hospitalité , et qu’on doit prêter un asile à ceux qui, se réfugiant auprès de nous, mettent en nous leur confiance, et implorent notre protection. Mon avis est donc que sans hésiter davantage nous admettions Stirandjivy parmi nous.

Après ces divers exemples qui lui faisaient connaître le pour et le contre de la démarche qu’il allait faire, le chef des hiboux se détermina enfin à donner asile à Stirandjivy, dans la persuasion qu’il n’avait rien à craindre de sa part.

Dès que le corbeau fut admis dans la société des hiboux , il tourna d’abord toute son attention à gagner la confiance du chef et de ses ministres par son apparente docilité et son entière soumission à tout ce qu’on exigeait de lui. Il réussit si bien par une adroite flatterie et une fausse humilité à s’insinuer dans leur esprit, que les hiboux ne le regardaient plus que comme un frère et non comme un étranger : il avait accès par-tout ; il allait et venait quand il voulait , et on n’entretenait plus lemoindre soupçon sur son compte.

Dans cet état de faveur, Stirandjivy s’appliqua à bien connaître l’état, la vie, lé naturel, les usages, les forces et les ruses des hiboux. Il exa-

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mina avec soin le lieu de leur domicile , fixé dans les crevasses d’une caverne, et les différentes issues, afin de connaître la manière de les y attaquer avec succès. Il découvrit que la caverne dans les crevasses de laquelle ils vivaient tous , n’avait qu’une seule ouverture par laquelle ils pouvaient entrer et sortir ; il s’aperçut aussi bientôt que tous les hiboux étaient privés de l’usage de la vue d tirant le temps du jour, et qu’ils ne voyaient clair que durant la nuit.

Après qu’il eut tout vu, tout examiné dans le plus petit détail , et qu’il eut bien formé son plan pour exterminer d’un seul coup la race entière des ennemis de son espèce , il alla trouver son chef, lui communiqua tout ce qu’il avait vu et appris pendant son séjour au milieu des hiboux , et le plan qu’il avait conçu pour les faire périr tous à-la-fois sans qu’il en échappât un seul ; ce qui pourrait se pratiquer aisément, dit -il, en bouchant l’entrée de la caverne avec des matières combustibles , y mettant le feu , et les suffoquant tous par la fumée. ,

Le chef des corbeaux , après avoir prêté une oreille attentive au récit de son ministre Stirandjivy, ne pouvait se décider à embrasser le parti dangereux qui lui était proposé : Comment ose-

ET LES corbeaux. 179

rai-je, dit-il, être l’agresseur d’un ennemi bien plus puissant que moi? Comment pourrai-je me déterminer à l’aller attaquer dans ses retranchemens ? Tu sens que nous sommes les plus faibles de beaucoup , et toutes les fois que nous avons eu à soutenir des combats avec les hiboux , nous avons toujours éprouvé la honte de la défaite , et nous avons été obligés de chercher notre salut dans une prompte fuite. Tu me proposes maintenant d’aller à la tête des miens attaquer ces fiers ennemis dans leur propre demeure : comment me résoudre à une démarche si périlleuse? Si je ne réussis pas dans cette entreprise , c’en est fait de moi et de toute ma race ; nos ennemis n’oublieront jamais cette offense , et elle ne servira qua envenimer de plus en plus la haine qu’ils portent à notre espèce. Dès ce moment, ils tomberont sur nous , nous poursuivront partout avec le plus cruel acharnement , et ne cesseront leurs poursuites qu’après nous avoir entièrement exterminés.

Calmez vos vaines alarmes, répliqua Stirandjivy, je suis sûr de mon fait; j’ai tout vu, tout entendu, tout examiné, tout prévu; et je n’aurais jamais eu l’imprudence de vous proposer un parti aussi hasardeux, si je n’étais assuré du succès de l’entreprise. Rappelez- vous combien

LES niBOÜX

il m’en a coûté pour m’introduire parmi les hiboux, afin de' pouvoir étudier leurs manières, leurs usages, leur conduite, leurs ressources. Le plan que je vous propose est le fruit des plus mûres réflexions ; j’ai examiné le pour et le contre , et je ne me suis décidé qu’après avoir aperçu les espérances les mieux fondées pour le succès de mon entreprise. Ainsi, sans hésiter davantage et sans perdre le temps en vains discours, rassemblez aussitôt votre race et suivezmoi tous à la caverne, dont les crevasses servent de demeure à nos ennemis.

Le chef des corbeaux , rassuré par le ton de confiance avec lequel parlait Stirandjivy, convoqua au même instant une assemblée générale de tous ses sujets., auxquels il communiqua le plan d’attaque formé par son fidèle ministre, et leur dit qu’il les avait tous rassemblés pour l’aider à exterminer d’un seul coup leurs ennemis les hiboux. En disant ces mots, il ordonna à chacun d’eux de prendre avec son bec, les uns de la paille, les' autres des ronces, les autres des morceaux de bois sec, et ainsi pourvus, il leur commanda de l’accompagner à l’endroit où Stirandjivy les mènerait.

Tous ces milliers de corbeaux obéirent aux ordres de leur maître, et se rendirent sans bruit

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