‹ Le Pantcha-TantraChapitre 68 sur 114 · LE BRAHMF., SA FEMME · texte numérisé non relu

LE BRAHMF., SA FEMME

Cf Ærdjme, sa iratnf ft sa JHangoustf.

Dans la ville de Tchitra-Mitra-Patna , où régnait le roi Viroussa-Raya , demeurait le brahme Déva-Sarma, avec sa femme Yagnassai. Ces deux époux vivaient contenS dans la société l’un de l’autre; mais ils n’avaient point d’enfans, et leur bonheur se trouvait imparfait. Depuis longtemps ils imploraient les Dieux pour qu’ils daignassent accorder la fécondité à Yagnassai : leurs vœux n’étaient point exaucés. Cependant la ferveur de leurs prières toucha le ciel, et la femme de Déva-Sarma devint enceinte. Cet événement tant désiré porta à son comble le bonheur du brahme. Un jour, dans les transports de sa joie, il s’adressa à son épouse , et lui parla ainsi : Te voilà donc maintenant enceinte, lui dit-il, tu accoucheras bientôt d’un enfant mâle, et dans peu de temps je me verrai père d’un beau garçon; je ferai pratiquer sur lui, avec la plus grande pompe, la cérémonie du nahmacartna (i) ; je le nourrirai bien, afin qu’il croisse

(i) C’est le nom qu’on donne à une cérémonie pratiquée

ET SA MANGOUSTE

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vite , et je lui ferai de bonne heure la cérémonie de Youpanajana (i); je le confierai ensuite à de bons maîtres, afin qu’il puisse apprendre toutes les sciences; il deviendra un savant distingué , et comme il sera d’ailleurs doué d’excellentes qualités, il parviendra bientôt aux meilleurs emplois : élevé aux hautes dignités , il prendra soin de nous , et nous fournira en abondance tout ce qui nous sera nécessaire pour vivre dans les délices.

Le brahme voulait continuer son récit, lorsque sa femme, l’entendant déraisonner de la sorte , l’interrompit par des éclats de rire. Prenant ensuite un ton sérieux : A quoi peuvent donc aboutir les discours insensés que tu tiens là, lui dit-elle? Ne connais-tu pas ce proverbe : On ne fait pas le berceau d'un enfant avant qu'il soit né t et on ne tire pas son horoscope avant de lavoir vu; et cette ancienne maxime :

avec beaucoup d’éclat parmi -les bralimes sur leurs enfans nouveau-nés , peu de jours après leur naissance , lorsqu’on leur donne un nom.

(t) Autre cérémonie très-importante par laquelle on leur donne le triple cardon que tous les brahraes portent en signe / de leur dignité, \oyei Moeurs de l'Inde, tome I e '., page 317. '

LF. BRAHME

2oB

« Celui qui aspire à la royauté ne doit pas faire des projets sur le gouvernement et l’administrationd’un royaume, avant d’avoir été éluroi.»

Apprends comment les vains projets enfantés par l’irréflexion présomptueuse s’évanouissent. sSns effet.

Ce draijittf aur txttits {Jrojds.

Près la ville de Nirmala-Patna , est situé un agrahraappelé Darrnapourj. Là vivait un brahme nommé Soma-Sarma qui n’avait pour toute . postérité qu’un jeune fils. Yagna-Sarma ( c’était le nom du jeune homme) fit avec le plus grand succès son cours* d’études , et après qu’il fut devenu familier avec tous les genres de science qu’on fait apprendre aux personnes de sa condition , il chercha à gagner sa vie en parcourant les lieux des environs , où son érudition et ses manières affables lui faisaient trouver par-tout des aumônes abondantes qu’il venait ensuite partager avec sa famille.

Un jour, ayant appris qu’un brahme du voisi-

AUX VAINS PROJKTS.

nage donnait un repas à l’occasion de l’anniversaire de la mort de ses parens, il s’y rendit pour y prendre part. Quoique l’assemblée fût nombreuse, on servit à tous les convives de quoi se rassasier abondamment, et le festin fut des plus splendides. Après le repas, Yagna-Sarma, qui avait eu soin de se bien remplir l’estomac, reprit la route de son domicile. Chemin faisant, il apprend qu’un autre brahme, à quelque distance de là, donnait aussi, ce jour-là, un festin pour le même objet que celui auquel il venait d’assister. Il y court aussitôt, et arrive au moment où les convives s’asseyaient en file pour être servis. Lorsque le maître de la maison le vit paraître, sachant qu’il avait déjà figuré au festin qui s’était donné ce jour-là ailleurs , et qu’il était un des convives qui avait fait le plus d’honneur au repas somptueux qu’on y avait servi , il se mit à rire, et le regardant d’un air moqueur, il lui dit: Après vous être si bien montré au festin qui a été donné ce matin dans le voisinage , trouverezvous encore de la place vide dans votre estomac pour faire honneur à celui-ci? Le brahme, sans se laisser déconcerter par cette apostrophe, s’assit fort tranquillement avec les autres, et mangea d'aussi bon appétit que s’il fût resté à jeun toute la journée.

aïo LE IJRAHMF.

Le repas fini, celui qui l’avait donné distribua à chacun des convives du beurre liquéfié, du lait et de la farine pour emporter chez eux. Yagna- Sarma reçut sa portion , la mit dans des vases de terre, et partit. Parvenu à quelque distance , il s’arrêta pour mieux considérer le présent qu’il avait reçu, et mettant l’un près de l’autre les vases de terre dans lesquels étaient contenues ses provisions, et les regardant d un air satisfait: Me voilà, dit-il, à mon aise; j’ai aujourd’hui bien rempli mon estomac, et demain je pourrai me passer de manger , mais que ferai-je de toutes ces provisions? Eh bien! je les vendrai; et de l’argent qui en proviendra? j’en achèterai une chèvre ; et cette chèvre ? elle me fait des che~ vreaux, et dans peu de temps, me voilà en possession d’un troupeau. Je vends mon troupeau, et de mon argent j’achète une vache et une jument; ma vache et ma jument me donnent des veaux et des poulains dont je tire un haut prix , et, par ce moyen, je me trouve maître de richesses considérables. Chacun cite ma fortune, un brahme de mes voisins me donne la main de sa fille. Après mon mariage, ma femme est introduite chez moi; grande fête, à cette occasion , donnée par mon beau-père, et partant des présens considérables. Bientôt ma femme,

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