‹ Le Pantcha-TantraChapitre 77 sur 114 · MS · texte numérisé non relu

MS

LE BRAIIME, SA FEMME, ETC. 2a5

et l’assassin se vit frustré dans ses espérances.

Cependant les deux mendians qui survécurent allèrent porter leurs plaintes au gouverneur de la ville contre ce scélérat de barbier, qui, sous prétexte de leur faire l’aumône, les avait conduits chez lui pour les assassiner; ils lui dirent qu’il avait déjà assommé un de leurs compagnons , à grands coups de pilon , et qu’ils n’avaient échappé eux-mêmes au même traitement que par une prompte fuite.

Le gouverneur examina l’affaire, et trouva qu’en effet le barbier était coupable du crime dont on l’accusait. Indigné d’une action si barbare, il fit sur-le-champ punir de mort l’auteur de cet attentat affreux.

En terminant son récit, la femme de Déva- Sarma renouvela les reproches qu’elle avait déjà faits à son mari : Vois, lui dit-elle, par cet exemple, à quels dangers l’imprudence nous expose, et quels effets funestes la précipitation entraîne. Que de maux nous éviterions si nous n’agissions jamais sans avoir auparavant bien considéré les suites et la fin de nos actions! Et toi aussi si tu n’eusses pas suivi les premiers mouvemens de la passion , tu n’aurais pas tué notre fidèle mangouste, un animal auquel nous devons maintenant la vie de notre enfant chéri.

iâ

226 LF. BRA.HME, SA FEMME, ETC.

Vichnou-Sarma , en finissant, ajouta quelques réflexions : Jeunes Princes, dit -il à ses élèves, qui continuaient de lui prêter l’oreille avec admiration , reconnaissez dans ces exemples frappans les suites terribles de l’imprudence et de la précipitation. L’imprudent tarde peu à éprouver les effets presque toujours funestes de son imprévoyance. Le sage se conduit toujours avec réflexion, et n’agit jamais sans avoir bien considéré les conséquences de ses actions.

CONCLUSION

Après que Vichnou-Sarma eut fini le récit de tous les apologues qu’il • avait inventés pour l’instruction de ses élèves , ceux-ci se sentirent des hommes tout nouveaux. Éclairés maintenant, sages et polis , on ne pouvait plus reconnaître en eux ces princes insensés que leur ignorance , leur déraison et leur grossièreté rendaient jadis l’objet du mépris public. Us comprirent alors l’importance du service que leur précepteur incomparable leur avait rendu en réformant Aeurs manières basses et leur esprit grossier, et en les rendant dignes d’occuper avec honneur le rang

bigitized by Googt

CONCLUSION

élevé auquel leur destinée les appelait, et ils renouvelèrent à leur instituteur l’expression de la plus vive reconnaissance pour de si grands bienfaits.

Vichnou-Sarma , de son côté, fier de l’heureux succès de ses travaux, embrassa tendrement ses trois pupilles, et les tint long temps serrés entre ses bras, versant sur eux des larmes de joie.

Après ces premières démonstrations d’amitié et d’attachement, voyant que son ouvrage était heureusement terminé, il conduisit les trois jeunes princes auprès du roi leur père. Celui-ci fut transporté de joie à la vue de la réforme entière qui setait opérée dans l’esprit et les manières de ses trois fils. Il admira de plus en plus l’esprit d’intelligence et les autres grandes qualités qu’ils faisaient paraître , et combla d’éloges Vichnou-Sarma , à qui il était redevable de ce service si important.

Voulant ensuite honorer ce sage précepteur comme il méritait de l’être, il convoqua une assemblée générale de tous les illustres brahmes Vitou-vansa de son royaume , et lorsqu’ils furent tous réunis, il introduisit ses trois fils au milieu de l’assemblée , et leur fit voir de quoi le sage Vichnou-Sarma avait été capable.

CONCLUSION

Les Vitou-vansa , qui avaient tous auparavant désespéré de donner une bonne éducation aux trois princes , et qui avaient même hautement blâmé Vichnou - Sarma d’avoir eu la témérité de se charger d’une entreprise dont le succès leur avait paru à tous impossible, furent tous saisis d’étonnement et couverts de confusion , à la vue du changement qui setait opéré dans l’esprit et les manières des princes, et ne purent s’empêcher d’admirer l’esprit de sagesse de celui qu’ils avaient auparavant blâmé.

Le roi Souca-Daroucha et ses trois fils réitérèrent à Vichnou-Sarma les témoignages de leur sincère reconnaissance, lui firent des dons considérables en terre, en or et en joyaux, lui donnèrent de nouveau le sapt-anga, et congédièrent l’assemblée.

Dès ce jour, tous les soins des jeunes princes furent d’aider le roi leur père dans le gouvernement du royaume, et ils vécurent long- temps ensemble dans une paix et un bonheur inaltérables.

Page 1