‹ Le Pantcha-TantraChapitre 84 sur 114 · LE CHEVAL PÊCHÉ A LA LIGNE · texte numérisé non relu

LE CHEVAL PÊCHÉ A LA LIGNE

Sur le bord de cet étang était bâti un temple ; vis-à-vis la porte du temple, un dévot avait fait placer un cheval de terre cuite (i) pour accomplir un vœu qu’il avait fait dans un temps de maladie ; et l’étang se trouvant rempli jusqu’au bord d’une eau très-limpide, l’image du cheval de terre était parfaitement représentée dans le fond de l’eau. •

Idiot observa long-temps en silence et avec étonnement ce phénomène; il. ne pouvait en deviner la cause ; cependant , après avoir mûrement médité sur ce qui pouvait l’occasionner , il se rappel^ enfin que l’image des corps extérieurs se réfléchit par l’eau, et jugea que ce qu’il voyait pourrait bien netre que l’ombre ou la réprésentation du cheval de terre qui se trouvait sur le bord de l’étang. Il resta convaincu que ce qu’il avait pris pour la réalité n’était en effet qu’une image , lorsque, ayant comparé le cheval qu’on voyait dans l’eau, avec celui qui était sur le bord , il vit que la couleur

dire qu'ils vont vaquer aux besoins naturels , étant dans l’usage , après y avoir satisfait , de sé laver les pieds et toutes les parties inférieures.

(1) Des figures de chevaux et autres animaux, faites en terre cuite , sont placées à l’entour des temples indiens.

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et les dimensions de l’un et de l’autre étaient àpeu-près semblables.

Sur ces entrefaites, il s’éleva un petit vent, qui , peu-à-peu devenant plus fort, augmenta au point d’agiter assez violemment la surface de l’çau , en même temps l’ombre du cheval parut aussi s’agiter et remuer. Idiot remarqua ce changement ; mais voyant que le cheval de terre restait toujours immobile, tandis que celui qu’on apercevait dans l’eau continuait de s’agiter , il changea d’opinion , et se persuada qu’il s’était- trompé dans son premier jugement. Si le cheval qu’on aperçoit dans le fond de l’eau, se dit-il à lui-même, n’était que la représentation de celui qui est placé sur le bord de l’étang , il ne remuerait pas, ne s’agiterait pas comme il le fait; car l’image devrait être aussi immobile que l’objet réel : il faut donc que le cheval qui s’agite dans l’eau soit tout différent de celui qui reste passif et immobile sur le bord.

Cependant il voulut être plus sûr de la vérité; il prit une grosse pierre et la jeta avec violence sur la surface de l’eau, à l’endroit même où paraissait la représentation du cheval ; il poussait en même temps des cris, et faisait des gestes de la main, comme s’il eût voulu l’épouvanter et le forcer de changer de place.

lmp. Ch. Dêlàtrô.

PÊCHE A LA LIGNE. a8l

La pierre, en tombant sur l’eau, augmenta considérablement l’agitation des vagues. Le cheval parut s’agiter à proportion et sembla se débattre, trépigner, sauter, ruer, se cabrer et donner toutes les autres marques d’un cheval irrité. A ces signes , Idiot ne douta plus un instant que ce qu’on apercevait dans le fond de l’eau ne fût réellement un cheval vivant; il courut tout transporté de joie annoncer cette nouvelle à Paramarta et aux autres disciples, et concerter avec eux les moyens de se rendre maîtres de ce cheval.

• Après qu’il leur eut rapporté en détail ce qu’il avait observé, les moyens qu’il avait pris et les expériences qu’il avait faites pour s’assurer que le cheval qu’on voyait dans l’eau était différent de celui qui était, placé sur le bord de l’étang , Paramarta et ses disciples demeurèrent tous convaincus de la vérité du fait, et aucun d’eux ne parut douter qu’il n’y eût effectivement un cheval vivant dans l’eau. Dans cette persuasion, ils se levèrent tous, et suivirent Idiot au bord de l’étang; et comme la surface de l’eau continuait d’étre agitée par le vent, ce dernier leur fit observer l’ombre du cheval qu’on voyait remuer et s’agiter avec l’eau; et leur faisant ensuite remarquer le cheval de

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