‹ Le panthéon canadien, (choix de biographie.) Dans lequel on a introduit les hommes les plus célèbres des autres colonies britanniquesChapitre 10 sur 26 · DE LA VAL · texte numérisé non relu

DE LA VAL

Nous prions pour un éqêque dont on peut

dire sans crainte de faire tort à personne, qu'il n'y avait pas de prélat dans l'Eglise qui sortît d'une maison plus titrée, plus élevée, plus glorieuse. .Mais on est obligé de dire à l'honneur de son humilité, qu'il ne fut jamais prélat plus ennemi cl? la grandeur el de l'élévation. Il était Montmorency ; mais il portait le nom d'une de ses tantes, qui s'appelait Anne de Laval, fille unique et héritière de Guy, sixième de ce nom, et épouse de Mathieu de Montmorency, l'un des cinq couuétables de cette maison, c'est-à-dire que le sang qui coulait dans ses veines venait de deux sources de noblesse si pures et si anciennes, puis si illustres, qu'excepté les maisons des princes et des souverains, où elles sont souvent entrées et d'où elles sont souvent sorties pour venir dans celles-ci, îl n'y a point de maison au monde qui soit audessus d'elle, et qu'il y en a peu qui ne se fît gloire d'être immédiatement audessons.

La maison de Montmorency est plus ancienne dans la monarchie que la religion chrétienne. Ce nom était connu, il était môme fameux dans les Gaules avant qu'on y prêchût Jésus Christ, peut-être avant qu'il vint au monde. Cette maison est grande par tant d'endroits et brille depuis si longtems, que ce ne serait pas un médiocre embarras que de vouloir mesurer sa grandeur( # ) Quoique de tonte part elle jette unéclat qui l blouit, elle a un caractère de splendeur d'autant plus précieux, qu'il engage à la piété, et qui doit être respecté jusqu'à la fin des siècles, dans tous les lieux éclairés de la lumière de l'Evangile, c'est que le premier seigneur, le premier baron français qui ait embrassé le chntianisme a été un Montmorency. Il est de bon augure qu'un Montmorency ait été le premier évêque de la Nouvelle-France. Le premier des grands de l'ancienne France qni ait écouté la parole du salut et ouvert les yeux il la charité a été un Montmorency ; un Montmorency a été le premier des grands qui, dans la Nouvelle France, ait prêché cette

(•) Sismondi la fait sortir do l'heptarchie anglo-saxonne-

«rtme parole avec l'autor ité et la puissance épiscopale ; *l qui y a pratiqué d'une manière touchante et très exemplaire cette même vertu» la charité, qu'il commandait aux autres. Dans l'ancienne France, la maison de Montmorency a été une pépinière de géuéraux d'armée, de Grands Amiraux, de maréchaux, de connétables, de Grands-maîtres, et de tous le officiers de la couronne ; non seulement elle en a fourni à elle seule plus que bien des plus grandes maisons de France en particulier, mais encore que plusieurs -ensemble. Un seul Montmorency, dans la Nouvelle France, non seulement a élevé dans sa maison plus de clercs, de lévites, de prêtres et de digues ministres du Dieu des armées et du Roi des Rois, qui ont servi dans ses armées et qui serviront encore, que bien des prélats, non seulement des plus zélés en particulier, mais que plusieurs prélats, despius saints et des plus réguliers ensemble. Les exploits des héros de la maison de Montmorency sont une des plus belles parties des annales de l'Ancienne France ; une des plus belles parties des annales de la nouvelle, ce serait les actes héroïqme de charité, d'humilité, de religion d'un Montmorency. Les combats qu'ont livrés dans l'Europe les Montmorency, les victoires qu'ils y ont gagnées, les conquêtes qu'ils y ont fuites, fourniraient plusieurs volumes d'une histoire très belle et très remplie ; un ferait aussi un bel ouvrage et fort complet, des victoires qu'a remportées sur le péché, sur les passions et sur le démon un Montmorency dans l'Amérique, et comme les victoires spirituelles sont beaucoup audessus des temporelles, et qu'il n'y a que celles-là qui produisent des fruits véritablement immortels, et qui, sans figure soient d'une immortelles durée, il «'ensuit que le Montmorency du nouveau monde, en renonçant aux douceurs qu'il pouvait tirer de la grandaur <le ses illustres parents et de ses glorieux ancêtres, a pris une route qui l'élève audessus de tous ses ayeuls ont vaincu les ennemis de l'Etat, quelquefois même ceux de l'Eglise, en les faisant périr par la force de leurs armes ; celui-ci a vaincu les ennemis de Dieu, en les sauvant par la force de son zele, dans l'exercice duquel il ne s'est jamais relâché. Ses ayeuls ont surmonté des généraux d'armée qui était leurs inférieurs ou tout au plus qui les «égalaient en valeur et en habilité ; par leur magnificence,

ont effacé ce qu'il y avait de plus brillant en Europe ; lui-ci, en foulant au pied l'élévation, et en méprisant

ils

celui-ci,

la grandeur, a triomphé de tous les Montmorency : il triomphé de lui-même par une pauvreté digne des anachorètes des premiers siècles, dont il a fidèlement observé les lois jusqu'à )a fin de ses jours.

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