‹ Le panthéon canadien [microforme]Chapitre 153 sur 186 · SAG · texte numérisé non relu

SAG

mourut en 1819, en dépit des soins des premiers hommes de la profession médicale. “Son sort rappelle celui de Xéraboa,

“que mentionnent les Beautés de l'histoire d'Amérique. “ En

1796,” y est-il dit, ‘un gentilhomme canadien pénétra dans le Labrador, et dans ces régions incultes arrosées par la baie à laquelle le pilote Hudson donna son nom. Il visita les huttes de quelques cantons peuplés d’Esquimaux, demeura quelques jours au milieu d'eux, et s’en fit aimer par sa douceur et sa complaisance. Il fit à ces sauvages une telle peinture du bonheur que l’on goûte chez les peuples civilisés, qu'il parvint à émouvoir l'imagination froide d’un jeune homme. Kéraboa abandonna sa hutte, ses filets, son canot d’écorce et la Kéralite qui partageait ses travaux, pour suivre l'étranger à Québec. A la vue d’une cité régulièrement bâtie, de grands édifices, et de tous les prodiges de l’art européen, l'enfant de la nature est d’abord frappé d’étonnement et d’admiration. . Le luxe des maisons et de la table, une foule d'objets dont il ne soupçonnait pas même l'existence, ravissent son esprit et entretiennent sa surprise. Mais bientôt il s’accoutume : la vie molle des riches, l'esclavage des pauvres, cette bassesse et cette corruption de tous, viennent maintenant frapper ses regards. Il redemande ses rivières poissonneuses, ses monts glacés, l’indépendance de sa vie errante. Il court, il s’agite, il gravit les montagnes les plus escarpées : là, durant tout le jour, ses regards cherchent le pays où il à laissé ses frères, la

‘compagne qu’il ne reverra plus, ses lacs, son Océan, sur les-

quels il s’élançait dans un frêle canot, malgré les tempêtes. La nuit, il va s'étendre tristement au bord d’une rivière gla-

cée, qui lui offre du moins une image de la patrie. Il verse

d'amères larmes ; ses plaintes et ses soupirs troublent le s‘lence des ténèbres, et le sommeil fuit loin de ses yeux creusés par la douleur, Enfin il devient la victime de son désespoir ; une funeste langueur dessèche ses viscères, et va tarir dans son cœur les sources de la vie. Sa poitrine ne peut être arrosée des larmes de ceux qu’il a quittés, ni le sol natal recevoir ses os. Kéraboa meurt sans songer à cette

dernière consolation ; mais la cruelle pensée qu'il va s’endormir sous un ciel étranger empoisonne ses derniers spu-

jrs.”

Sagard Théodat (le frère Gabriel), de l’ordre des Fran-

ciscains réformés, qui aida les missionnaires Récollets. et Jésuites chez les Hurons, et dont on a : Æistoire du Canada et Voyages que les frères Récollets y ont faits pour la conversion des infidèles, où est amplement traité des choses. principales arrivées dans ce pays depuis l'an 1615 jusqu’à la prise qui en a été faite par les Anglais ; des biens et commodités qu'on en peut espérer ; des mœurs, cérémonies, créances, lois et coutumes merveilleuses de. ses habitants. Le frère. ba shoes intéressant dans ses détails et écrit avec soin. y illustre maison canadienne issue des Salaberry,. ’Irumberry, en Navarre, dès le XVe siècle, et alliés à la famille espagnole castillane de Sans-Per, dont un membre reç"t l’épée de Français Ier à Pavie, En France elle est alliée aux maisons de Charost et de Lavaux. Un Salaberry figure sur les bancs de la noblesse dans un lit de justice tenu par Louis XV, comme on le voit dans les Zdits et ordonnances royaux, et un autre a écrit l'Histoire de: l'empire ottoman, Paris, 1817, 4 vol. in-8.

Le premier Salaberry du Canada est Michel de Salaberry, qui vint à Québec en 1735 sur la frégate l’Anglesea, commandée par le capitaine Gomain. Il y épousa dame Rouer de Villeray, et devint commandant d’une flûte du roi, puis: lieutenant de vaisseau, et est dénommé capitaine des vaisseaux du roi dans un acte subséquent. De son mariage avec dame Rouer de Villeray, il eut deux filles, et épousa en secondes noces demoiselle Juchereau Duchesnay, dont il eut celui dont nous parlerons dans l’article suivant. Il fut fait chevalier de l’ordre militaire de St-Louis en 1761, et mourut vers 1772. ï

Salaberry (Z’Aonorable Michel Ignace Louis Antoine de), seigneur de Beauport, commandant une division de milice, était fils du précédent et père du héros de Châteauguay, et naquit en 1752.' On a dit qu'il fut le premier élève admis au petit séminaire de Québec après la conquête ; mais il ne dut pas y rester bien longtemps, si l'on en croit sa notice nécrologique, qui dit qu’il fit d’excellentes études en Europe. De retour en Canada, il marcha. à la défense de la frontière, et fit à ses frais la campagne de 1775 et celle de 1776, puis le reste de la guerre comme. officier à pleine paye. En 1792, lors de l'octroi de la constitution, la cité de Québec et un comté l’élurent à

SAL 257 lenvi député au parlement provincial. Quatre ans plus tard, il fut fait major du bataillon bas-canadien des volontaires canadiens royaux, régiment de réguliers levé dans les deux provinces. $. A. R. le duc de Kent le fit nommer surintendant des Indiens, et sa notice nécrologique lui attribue aussi la charge de maître des eaux et forêts. En 1812, il fut utile, avec son fils, le colonel St-George, le lieutenant-colonel d’Eschambault et le major de Courcy, pour l'organisation de la milice. Il forma et organisa le premier bataillon de milice d'élite, et incorporé à la Pointe-aux- Trembles, il marcha à la frontière, menacée par le général Dearborn. (Ce vétéran avait été appelé au Conseil législatif en 1810, sur la recommandation de sir James Craig. Aucun gentilhomme ne fit jamais de plus grands sacrifices, pour le service de son prince. A part des sommes considérables qu’il dépensa à la guerre, i] eut quatre fils dans l’armée du roi, et celui dont nous allons donner la notice survécut Er aux dangers des batailles. Le père mourut en- 1826 à 6 ans. :

Salaberry (/’honorable Charles Michel d'Irumberry de), C. B., seigneur de Beaulieu, membre du Conseil legislatif, surnommé le Léonidas canadien, vit le jour au manoir de Beauport, le 19 novembre 1778. Il épousa mademoiselle Hertel de Rouville, et suivit, comme on l’a déjà dit, la profession des armes, ainsi que ses frères. Il servit d’abord durant onze anhées aux Indes occidentales sous sir Robert Prescott et sir Charles Grey. Au siège du fort Mathilda, sous Prescott, ce général le chargea, quoiqu'il n’eût que seize: ans, de surveiller l'évacuation de la forteresse par l’ennemi. En 1795, il servit, à la tête des grenadiers, à la conquête de la Martinique. Devenu aide de camp du général baron de Rottemburg, il l’accompagna à l’expédition d'Anvers, et servit avec les troupes légères au siège de Flessingue. Il allaensuiteacheverd'apprendrelaguerreàlameilleureécole, souslord Wellington, dans la Péninsule. Il servit au siège de Badajoz, que l’ingénieur canadien de Léry avait fortifiée, et y perdit un de ses frères ; il en perdit un autre à la famouse bataille de Salamanque ou des Arapiles, à laquelle il eut l’honneur de se trouver, ainsi qu’à la conquête de Madrid. Il était devenu major du fameux régiment de troupes légères à quatre bataillons, 604h Riflesou Royal American, organisé par

le duc de Cumberland, dans lequel plusieurs Canadiens ont servi comme lui, quand les événements le rappelèrent dans son pays, où le peu de temps qu’il lui fallut pour former les Voltigeurs, lui fit le plus grand honneur comme organisateur. Lieutenant-colonel, commandant et surintendant de ce beau corps, il fut aussi choisi pour être un des chefs de l’état-major de la milice. Attaqué à Lacolle, à la fin de 1812, avec la garde avancée de M. d'Eschambault par 1400 Américains de l’armée de Dearborn, il combattit jusqu’au soir : en voulant le cerner, ils tirèrent les uns sur les autres, ce qui détermina bientôt leur retraite. Telle fut la première victoire de Salaberry et des Voltigeurs. Une partie de ce corps participa à la défaite non moins humiliante de l’armée amé- .ricaine à Chrysler’s Farm. Dearborn et Wilkinson déjoués ainsi dans leurs projets d’invasion, il restait le général Hampton. Salaberry, qui alla le reconnaître, embarrassa devant lui les chemins d'Odeltown à l’Acadie, par des abattis. Après plusieurs escarmouches, l'Américain n’osant hasarder une action générale dans les bois, se retira à Four Corners. Son adversaire fit une irruption dans son camp à la tête de 200 Voltigeurs et de 150 guerriers des tribus sauvages du Bas-Canada, et y sema le désordre, sans éprouver lui-même aucune perte. Hampton, repoussé sur la route d’Odeltown, résolut sagement d'opérer sa jonction avec son général en chef en prenant la route de Châteauguay, qui l'en rapprochait et qu’il croyait ouverte ; mais on l’avait prévenu partout et les routes avaient été embarrassées et couvertes d’ouvrages de campagne. Salaberry était trop sagace pour ne pas deviner ce point stratégique, vrai chemin par lequel Hampton devait chercher à se réunir à Dearborn. Le premier balayuit cependant devant lui les piquets anglais, et le major Henry avait peine à le retarder, quand Salaberry opéra habilement un changement de position et se jeta sur la route pour faire face à ce général. Le héros canadien, qui avait eu l’avantage de reconnaître tout le pays au-dessus de Châteauguay dans une incursion sur la frontière américaine, quelques semaines auparavant, remonta donc la rive gauche de la rivière Châteauguay pour gagner l’autre extrémité d’un bois où il savaitqu’ilyavaituneexcellente position, surun terrain coupé de ravins profonds, sur quatre desquels il établit autant de lignes de défense l’une après l’autre ; la quatrième

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SAL 259 était à peu près à un demi mille en arrière et commandait sur la rive droite de la rivière un gué qu'il était très important de défendre afin de protéger la rive gauche, Il fit faire sur chacuno de ces lignes une € pèce de parapet qui s'étendait à quelque distance dans le bois, pour garantir sa droite. Le parapet sur lu première ligne formait un angle obtus à la droite du chemin. Toute lu journée fut employée à fortifier cette position, qui avait l'avantage de forcer l'ennemi, s’il était disposé à attaquer, de traverser une grande étendue de terrain inhabité et de #éloigner de ses ressources ; tandis que, au contraire, les Voltigeurs avaient tout à souhait et étaient bien soutenus, cm: en seconde ligne, après les Voltigeurs et les Indiens, venaient les Watteville. Sir George

‘Provost était en troisième ligne à Caughnawaga, pour s,0p-

poser à la jonction des armées américaines, avec quelques troupes et la milice du district de Montréal, qu’il avait entrainée avec lui en descendant de Kingston. Salaberry ne borna point son attention aux ouvrages ci-dessus. Il ordonna à un parti de30 bûcherons deladivision de Beauharnoïs dese porter en avant de la première ligne afin de détruire le ponts et de faire des abattis. Tous les ponts furent détruits sur l'espace d’une lieue et demie, et il fut fait un abattis formidable à environ un mille en avant de la première ligne, s'éteudant du bord de la rivière à trois ou quatre arpents dans les bois où il joignait, sur la droite, une terre marécageuse ou savane qu'il était presque impossible de passer. Les quatre lignes étaient ainsi complètement à couvert, et on ne pouvait pénétrer avec du canon. C’est à la force de la position choisie et fortifiée de la sorte, non moins qu’à l’héroïsme, que fut due la victoire qui devait suivre. Les talents et l’habileté d'un commandant ne se distinguent pas moins, sans doute, dans le choix et l'emploi de son terrain avant le combat, que dans la disposition et la conduite des troupes au fort = la mêlée, Aussi le général major de Watteville, qui vint voir le camp de Salaberry, approuva-t-il toutes ses dispositions, Il y eut d’abord quelques escar-mouches, à la suite desquelles les travailleurs et leur escorte retraitèrent au camp à environ deux lieues au-dessous du confluent de la petite rivière des Anglais et de celle de Chàteauguay, appuyé à gauche à la rivière de Châteauguay, en front et à droite par les abattis et des espèces de chevaux

de frise, Le 24 octobre, ayant ouvert un large chemin à travers les bois et les marécages jusqu’à la distance de uatre à cinq milles du campement canadien, dans lequel Balaberry, à la tête de 300 Voltigeurs, Fencible et guerriers de race rouge, venait d’être renforcé par quelques compagnies de la milice sédentaire, le général américain, qui s'avençait à la tête de 7,000 fantassins, 400 chevaux et 12 canons, envoya durant la nuit le colonel Purdy pour s'emparer du gué et tourner la position ; mais cet officier s’égara dan: les bois. Le lendemain Hampton s'avença lui-même vers les abattis avec 3,500 hommes, et en donna 1,500 à Purdy pour tenter de nouveau de tourner les Canadiens, laissant en réserve le reste de ses troupes. Salaberry, averti de ce mouvement par le feu fait sur les piqnets avancés, : voyait maintenant devant lui un ennemi avec lequel il s'était deux fois efforcé d’en venir aux mains ; il marcha en avant et donna le signal du combat, se plaçant lui-même au centre de la première ligne, et confiant la seconde au lieutenant-colanel McDonell, le même qui avait pris Ogdensburg. Le feu fut vif de part et d'autre, mais mal dirigé d’abord par les Américains. Ils tirèrent mieux ensuite ; cependant, entendant sans cesse le son des cors placés à différents intervalles, ils crurent que les Canadiens s’avançaient sur eux en grande force, et leur ardeur se ralentit. La colonne du colonel Purdy, parvenue au gué pendant le combat, fut repoussée et mise en désordre par Salaberry, qui avait porté son attention de ce côté-là. Voyant son plan déconcerté par la défaite de cette division, Hampton prit le parti d’ordonner la retraite. Salaberry coucha sur le champ de bataille et, le lendemain au point du jour, il fut rejoint par la compagnie des Voltigeurs du capitaine de Rouville, son beau-frère, les grenadiers Watteville et quelques guerriers indigènes. Le 28, il envoya en reconnaissance le capitaine Ducharme, héros de Beaverdam, et 150 guerriers, qui s’assurèrent que l’armée américaine avait abandonné son camp de Piper’s Road pour retourner à Plattsburg. Wilkinson, qui était à Cornwall, ayant appris la défaite de son collègue, se retira à la rivière aux Saumons et s’y fortifia Châteauguay permit encore au baron de Rottemburg, puis à sir Gordon Drummond, son successeur, de reprendre l'offensive dans le Haut-Canada. La

SAN 261 Grande-Bretagne commémora la victoire par une médaille d’or, les Voltigeurs reçurent solennellement des drapeaux ornés de devises, et Salaberry, outre la médaille, eut l’ordre du Bain transmis avec une lettre autographe de 8. A. R. le prince régent. Les deux chambres du parlement cumr 1 lui votèrent les remerciements du pays. Les Voltigeurs eurent encore part à la seconde victoire de Lacolle, en mars 1814. De la carrière des armes, Salaberry passa à celle de sénateur : il-fut appelé au Conseil législatif en 1818, en même temps que Mgr Plessis. Il mourut à Chambly, le 26 février 1829, à 51 ans, et fut inhumé dans l’église neuve du lieu, qui a remplacé celle que le feu détruisit en 1806. On doit au commandeur Viger son portrait, peint en 1924

‘ par Dickinson et gravé par Durand. Salaberry est repré-

senté revêtu de l’uniforme des Voltigeurs, décoré de la médaille de Chateauguay et de la croix du Bain, le sabre sous le bras. On voit aussi les armes de sa famille. L’'écusson de notre compatriote porte la devise qui convient au purfait chevalier : Force à superbe ; Mercy à faible. Un médaillon représente un combat en plein bois. Sur un tronc d'arbre renversé est écrit : Chdteauguay, 26 octobre 1813. Un serpent se mordant la queue, symbole de l’immortalité, entoure le médaillon. Quant à la médaille anglaise de Châteauguay, on y voit la Grande-Bretagne tenant à la main une palme et couronnant un lion couché à ses pieds. Sur le revers est gravé, C'hdteauguay. Salaberry aurait été un merveilleux officier de troupes légères, même dans les armées de Bonaparte, et serait certainement parvenu aux premiers grades, On l’a admirablement peint en deux vers :

Au camp, Léonidas, au champ, Cincinnatus :

Thémistocle au conseil, à table Lucullus.

Son fils fut député adjutant général de la milice pour le Bas-Canada. On connaît encore l'honorable Melchior Alphonse, appelé au Conseil législatif en 1837, et Charles, qui a été employé dans l’expédition exploratrice organisée à la baie d'Hudson. On trouve sur le héros canadien, dans V Héroïne de Châteauguay par H. E. Chevalier, des détails

qui ne sont pas sans intérêt.

Sangster (Charles), poète ontarien distingué, naquit à

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