Denkm. iv
étaient inscrites dans les tombes royaleS; sur les sarcophages et sur quelques papyrus. Dans cette phase nocturne, Tastre est représenté par un dieu à tête de bélier nommé Af,
Les figures du livre se terminent ordinairement, à droite du spectateur, par une représentation du passage du soleil et du mort pour lequel la composition était rédigée, d'une région dans l'autre, c'est-à-dire une image du lever de l'astre et de la nouvelle naissance ou résurrection de l'être. Ce dernier, avant sa résurrection, est figuré sous la forme d'une momie : c'est le Sahoii,
L'ensemble du livre est divisé en douze sections horaires. Durant chaque heure de nuit, le soleil, que le texte appelle « le dieu grand, » parcourt dans sa barque divine un espace déterminé des eaux célestes. A cet espace céleste répond un champ de l'Elysée égyptien cultivé par les mânes. Chacune de ces douze circonscriptions horaires a un nom spécial et des habitants particuliers. Des portes symboliques, par lesquelles passe le soleil dans sa course nocturne, en déterminent les hmites. Dans ces régions aussi se trouvent le royaume d'Osiris, et l'enfer ou purgatoire.
Les Égyptiens voyaient dans le jour l'image de la vie ; dans la miit^ celle de la mort ; en d'autres termes, chaque existence était composée de vie et de mort, comme la durée du jour l'est de la journée et de la nuit. Dans le coucher du soleil, ils trouvaient le prototype du terme de l'existence terrestre ; dans le lever de l'astre, enfin, l'emblème et le témoignage d'une nouvelle naissance.
Ayant donc divisé la nuit, comme le jour, en douze
heures, ils semblent avoir partagé la durée de la mort en autont de périodes correspondantes, mais d'une longueur indéterminée; c'est-à-dire que, dans les douze champs ou circonscriptions horaires de riiémisphôre inférieur, s'effectuaient graduellement les modifications successives par lesquelles tout être était ramené de la mort à la vie.
Ces modifications étaient opérées par des divinités qui, attachées à chacune de ces localités mythiques, personnifiaient les forces de la nature. Mais ces dieux avaient pour fonction principale de faire avancer le soleil dans sa course nocturne, jusqu'à son lever, image de toute naissance. Ils avaient aussi la mission de changer perpétuellement la condition des êtres, en faisant renaître toujours les mêmes âmes dans des corps d'espèces diflférentes ' .
Les scènes des sarcophages montrent :
Y Les justes divinisés, vivant dans l'adoration du soleil, ou constitués gardiens des bassins dans lesquels les corps s'épurent pour le renouvellement, ou participant au halage de la barque solaire, c'est-à-dire personnifiant ce qu'Hermès Trismégiste appelle les énergies qui produisent le changement, le devenir ;
2' La barque du Dieu /[/'naviguant dans la région souterraine en fécondant sur son passage la larve des hommes promis à la résurrection ;
3^ Les criminels, les morts enchaînés, renversés, torturés par Toum, Horus et les Génies qui les assistent, puis traînés à la « demeure de l'anéantissement. » Des
1. Th. Dcvéria, Catalogue des manuscrits égyptiens du Louvre, p. 16 et suiv.
âmes, des ombres sont plongées dnns des gouffres de feu où Ton voit aussi des têtes coupées. A ces gouffres président des bourreaux féminins, des déesses à tête de lionne qui, selon les énergiques expressions des rédacteurs égyptiens : « vivent des cris des impies, des rugissements des âmes et des ombres qui leur tendent les bras du fond de leurs gouffres. » On lit sur le sarcophage de Séti I" cette sentence lancée aux damnés, aux morts pour la seconde fois^ : «Vous ne verrez plus ceux qui vivent sur terre, jamais ! >
Dans les papyrus, comme sur les sarcophages, les scènes concernant les justes divinisés figurent ordinairement dans la partie supérieure ; celles concernant la marche de la barque solaire sont tracées dans la partie médiale, et celles concernant le châtiment des coupables dans la partie inférieure.
1. La seconde mort, c'est la fin de Tctre, Tanéantissement, châtiment suprême des mécliants ; les justes ne descendaient dans la tombe que pour s y préparer à de nouvoiles existences.