LBTIBE DU CARDINAL SECIUÊTAIBB D'ÉTAT 1 S. M. LE ROI
d'angleterrb Majesté,
Le Saint-Père, désireux de faire tout ce qui dépend de lui afin^u'il soit mis im terme au conflit qui, depuis plus de trois ans, ravage le monde civilisé, en est venu à la décision de soumettre aux chefs des peuples belligérants des propositions concrètes de paix exposées dans un document que j'ai l'honneur de joindre à cette lettre.
Dieu veuille que la parole de Sa Sainteté produise cette fois l'effet désiré pour le bien de l'humanité tout entière!
Le Saint-Siège n'ayant pas de relations diplomatiques avec le gouvernement français, ni avec le gouvernement italien et le gouvernement des États-Unis, prie très respectueusement Votre Majesté de vouloir bien faire parvenir un exemplaire de l'appel de Sa Sainteté à M. le président de la République française ainsi qu'à Sa Majesté le roi d'Italie et à M. le président des États-Unis. Je me permets aussi d'ajouter douze autres exemplaires que je prie Votre Majesté de daigner faire parvenir aux chefs des nations amies des alliés, en exceptant la Russie, la Belgique et le Brésil, auxquels ce document a été envoyé directement.
En exprimant à Votre Majesté mes remerciements les plus vifs pour son extrême obligeance, je suis heureux de saisir l'opportimité de lui offrir l'hommage des sentiments de très profond respect avec lesquels j'ai l'honneur de me dire, de Votre Majesté, le très humble et très dévoué serviteur.
Cardinal Gasparri
^ Texte emprunté au QauUds du 17 août 1917 et reproduit dans le Devoir du 1er septembre 1917. Quelques légères modifications ont été faites ici, d'après le texte publié par la Croix (de Paris).
NOTE DU PAFI
Aux chefs deB peuples belligérants,
Dès le début de Notre pontificat, au milieu des horreurs de k terrible guerre déchaînée sur l'Europe, Nous Nous sommes ptx>posé trms dioses entre toutes: garder une parfaite impartialité à Tégaid de tous les belligérants, comme il convient à celui qui est le père ccmunun et qui aime tous ses enfants d'une égale affection; Nous effcwcer oontinudlement de faire & tous le plus de bien possil^, et cela satis acception de personnes, sans distinction de nationalité ou de religion, ainsi que le dictent auan bfi«i la loi universelle de charité que la suprême charge qurituelle à Nous confiée par le Christ; enfin, comme le requiert également Notre mission pacificatrice, ne rien omettre, autant qu'il était en Notre pouvoir, de ce qui pourrait contribuer à hâter la fin de cette calamité en essayant d'amener les peuples et les chefs à des résolutions plus modérées, aux délibérations sereines de la paix, paix juste et durable.
Ce fut Notre œuvre pendant les trois douloureuses années qui viennent de s'écouler. On a pu facilement resonnattre que, si Nous sommes toujours resté fidèle aune résolution absolue d'impartialité et à Notre actioii de bienfaisance. Nous n'avons pas cessé non plus d'exhorter les peuples et les gouvernants belligérants à redevenir frères, bien que la publicité n'ait pas été donnée à tout ce que Nous avons fait pour atteindre ce très noble but.
Vers la fin de la première année de guerre. Nous adressions aux nations en lutte les plus vives exhortations ; de plus, Nous indiquions la voie à suivre pour arriver à une paix stable et honcnraMe pour tous.
Malheureittement, Notre appel ne fut pas entendu; et la guerre fut poursuivie, acharnée, pendant deux années encore, avec toutes ses horreurs; elle devint même cruelle et s'étendit sur la terre, sur la mer et jusque dans les airs; et l'on vit s'abattre sur des cités sans d^ense, sur des villages tranquilles, sur des populations innocentes, la désolation et la mort. Et maintenant, personne ne peut imaginer combien se multiplieraient, s'aggraveraient les souffrances de tous si d'autres mois, ou, pis encore, d'autres années venaient s'ajouter au sanglant triennat. Le monde civilisé devra* t-il donc n'être plus qu'un champ de mort ? Et l'Europe, si ^orieuse et si florissante, va-t^e donc, comme entraînée par une folie universeUe, courir à l'abtme et prêter la main à son propre suicide ?
Dans cette situation si angoissante, en présence d'une menace aussi grave. Nous, qui n'avons aucune visée politique particulière^ qui n'écoutons les suggestions ou les intérêts d'aucune des parties belligérantes, mais uniquement poussé par le sentiment du devoir suprême de père ccMnmun des fidtfes, par les sollicitations de nos enfants qui implorent NoU« intervention et Notre parole pacificatrice, par la voix même de l'humanité et de ia raison. Nous jetons un nouveau cri de paix et renouvelons Notre pressant appel à ceux qui tiennent entre leurs mains les destinées des nations.
Mais pour ne plus Nous renfermer dans les termes généraux, comme les circonstances Nous l'avaient corneille par le paésé. Nous voulons maintenant
descendre k des propositions plus concrètes et pratiques et inviter les |;ouvemements et les peuples belligérants k se mettre d'accord sur les pointa suivants qui semblent devoir être les bases d'une paix juste et durable, en leur laissant le soin de les préciser et de les compléter.
Tout d'abord, le point fondamental doit être qu'à la force matériell e des armes soit substituée la force morale du droit, d'où résulte un juste aecord de tous pour la diminution simultanée et réciproque des armements selon des règles et des garanties à établir dans la mesure nécessaire et suffisante pour le maintien de l'ordre public en chaque État, et pour la substitution aux armées d'une institution d'arbitrage avec une haute fonction pacificatrice, sekm des règles à concerter et des sanctions à déterminer contre l'État qui se refuserait soit à soumettre les questions internationales à un arbitrage, soit à en accepter les décisions.
Une fois la suprématie du droit ainsi établie, on enlève tout obstacle aux voies de communication des peuples en assurant, par des règles à fixer également, la vraie liberté et la communauté des mers, ce qui d'une part éliminerait les multiples causes d'un conflit et d'autre part ouvrirait à toutes les nations de nouvelles sources de prospérité et de progrès.
Quant aux dommages à réparer et aux frais de la guerre, Nous ne voyons d'autre moyen de résoudre la question qu'en posant comme principe général ime remise des dettes entière et réciproque, justifiée du reste par les bienfaits immenses à retirer du désarmement, d'autant plus qu'on ne comprendrait pas la continuation d'un pareil carnage uniquement pour des raisons d'ordre économique. Si pour certains cas, il existe, à l'encontre, des raisons particulières, qu'on les pèse avec justice et équité.
Mais ces accords pacifiques, avec les immenses avantages q\ii en découlent, ne sont pas possibles sans la restitution réciproque des territoires actuellem^t occupés; par conséquent, du côté de l'Allemagne, l'évacuation totale de la Belgique avec garantie de sa pleine indépendance politique, militaire et économique vis-*-vis de n'importe quelle puissance; l'évacuation également des territoires français; du côté des autres parties belligérantes, semblables restitutions des colonies allemandes.
Poiu* ce qui regarde les questions territoriales, conune par exemple celles qui sont débattues entre l'Italie et l'Autriche, entre l'Allemagne et la France, il y a lieu d'espérer qu'en considération des avantages immenses d'une paix durable avec désarmement, les parties en conflit voudront les examiner avec des dispositions conciliantes, tenant compte dans une mesure juste et possible, ainsi que nous l'avons dit autrefois, des aspirations des peuples, et à l'occasion, en faisant coordonner les intérêts particuliers avec le bien général de la grande société humaine.
Le même esprit d'équité et de justice devra diriger l'examen des autres questions territoriales et politiques, notamment de celles relatives à l'Arménie, aux États balkaniques, aux territoires faisant partie de l'ancien royaume de Pologne, auquel en particulier ses nobles traditions historiques, les soufiriinces endurées spécialement pendant la guerre actuelle doivent justement concilier les sympathies des nations.
TeDes sont les principales bases sur lesquelles Nous croyons que doit s'appuyer la future réorganisation des peuples. Elles sont de nature à rendre impossible le retour de semblables conflits et à préparer la solution de la question économique si importante pour l'avenir et le bien-être matériel de tous les États belligérants.
Aussi, en vous les présentant à vous, qui dirigez à cette heure tragique les destinées des nations belligérantes, Nous sommes animé d'une douce espérance, celle de les voir acceptées et de voir ainsi terminer le plus tôt possible la lutte terrible qui apparaît de plus en plus comme un massacre inutile. Tout le monde reconnaît d'autre part que, d'un côté comme de l'autre, l'honneur des armes est sauf.
Prêtes donc l'oreille à notre prière; accueillez l'invitation paternelle que nous vous adressons au nom du divin Rédeïnpteur, prince de la Paix, réfléchisses à votre très grave responsabilité devant Dieu et les honunes. De vos résolutions dépendent le repos et la joie d'innombrables familles, la vie de milliers de jeunes gens, la félicité, en un mot, des peuples auxquels vous avez le devoir absolu d'en procurer le bienfait.
Que le Seigneiu* vous inspire des décisions conformes à sa très sainte volonté; fasse le ciel qu'en méritant les applaudissements de vos contemporains, vous vous assuriez aussi auprès des générations futures le beau nom de pacificateur. Pour Nous, étroitement uni dans la prière et la pénitence à toutes les âmes fidèles qui soupirent après la paix; nous implorons pour vous du divin Esprit lumière et conseil.