Le pape et la guerre
TT|epuis l'ouverture des hostilités qui ont mis ^ aux prises et jeté les unes contre les autres la plupart des nations de l'Europe, et dont l'immense et formidable répercussion ébranle le monde entier, beaucoup d'études intéressantes sur la guerre ont paru.
Nous n'avons certes pas la prétention de répandre sur ce sujet si grave, et d'une trop sanglante actualité, des clartés nouvelles. La plus haute autorité ecclésiastique et doctrinale a parlé. Des écrivains éclairés et impartiaux ont commenté cette parole sainte, et ont fait entendre la voix de la religion, de l'humanité et du bon sens.
Nous voudrions réunir et condenser comme en une synthèse les enseignements émanés de ces sources très sûres. Nous voudrions dire, à la lumière d'une saine philosophie, comment d'abord il faut concevoir la guerre en général, puis ce qu'il faut penser de cette guerre terrible à laquelle nous assistons et qui dépasse en violences et en horreurs tout ce que l'imagination avait pu jus-
LE PAPE ET LA GUiERRE
qu'ici se représenter, puis surtout combien le Pape Benoît XV, si parfaitement situé pour juger un tel désastre, a eu raison de le définir " le suicide de l'Europe 1 ", et d'en réclamer avec instances la fin immédiate.
Ni la morale chrétienne ni la morale naturelle ne condamnent la guerre en soi comme un mal moral. Il y a des guerres justes, il y a des guerres opportunes : tous les esprits sensés en conviennent ; la philosophie le démontre, l'Evangile le suppose. Mais l'effort d'un peuple armé contre un autre peuple entraîne de tels sacrifices de temps, d'argent, de ressources matérielles et surtout d'existences humaines, que la guerre doit être rangée parmi les maux physiques les plus redoutables, et que l'Eglise en effet la met au nombre des pires calamités. " A peste, famé et bello, libéra nos, Domine. "
Pour déchaîner sur le monde un pareil fléau, il faut donc des raisons très graves.
Saint Thomas, dans une brève et lumineuse question intitulée de bello, trace d'une main magistrale les lois qui régissent cet état violent, mais