‹ Le pape et la guerreChapitre 13 sur 16 · Quest. act., t. l, pp · texte numérisé non relu

Quest. act., t. l, pp

l'autre en 1907, les puissances " ont jugé utile et désirable qu'une ou plusieurs puissances étrangères au conflit offrent de leur propre initiative, en tant que les circonstances s'y prêtent, leurs bons offices ou leur médiation aux Etats en conflit. " Les puissances contractantes ont même convenu, en cas de dissentiment grave, d'avoir recours elles-mêmes aux bons offices d'une ou de plusieurs puissances amies, et elles ont formulé un mode spécial de médiation. Elles ont, de plus, établi l'arbitrage international en s'appuyant sur ce principe que " dans les questions d'ordre juridique l'arbitrage est reconnu comme le moyen le plus efficace et en même temps le plus équitable de régler les litiges qui n'ont pas été résolus par les voies diplomatiques. " Une Cour permanente d'arbitrage siège, en vertu de cet acte, à La Haye1. Benoît XV n'a-t-il pas eu

1. Cf. Quest. act., t. h, pp. 55-58, et t. xciv, pp. 76-84, 125- 128. — H y a plus d'un demi-siècle, l'illustre publiciste Taparelli, parlant de la future organisation de la société internationale, écrivait (Essai th. de Dr. nat., trad. 1857, n. 1366) : " Nous croyons que peu à peu l'on verra s'élever dans le monde une sorte de tribunal fédéral universel, qui remplacera les alliances, les congrès, les traités, comme ceux-ci remplacent provisoirement aujourd'hui l'autorité suprême des Empereurs et le gouvernement patriarcal des Pontifes. " Toutefois, aucune organisation internationale destinée à maintenir la paix parmi les nations ne sera complète ni vraiment efficace sans le Pape ou sans quelque représentant du Pape.

raison de déclarer qu'il existe d'autres moyens que la force des armes de terminer l'abominable guerre actuelle ?

Cette guerre, reprend-on, c'est la lutte de la civilisation contre la barbarie, et les intérêts sacrés qui sont en jeu exigent qu'on la poursuive jusqu'à l'écrasement final des peuples barbares et jusqu'au triomphe définitif des peuples civilisés.

Il s'agit sans doute ici de la seule civilisation digne de ce nom, de la civilisation chrétienne basée sur la morale et l'Evangile, et dont le Vicaire du Christ est le gardien courageux et autorisé . S'il en est ainsi, et si vraiment la civilisation s'identifie de toutes manières avec le sort de l'une des parties en litige, comment expliquer que le Pape persiste à se tenir dans les bornes d'une stricte neutralité et qu'il se contente de réprouver les violations du droit, quelles qu'elles soient, et de quelque côté qu'elles se produisent1 ? Benoît XV manquerait-il par hasard à son devoir, et ne serait-il que le successeur indigne des grands pontifes qui, pour sauver l'œuvre du Christ, n'ont pas craint de dénoncer et même d'excom-

1. Alloc. du 22 janvier 1915 ; puis (alloc. du 4 déc. 1916) : " Nous frappons de nouveau de Notre réprobation toutes les iniquités commises en cette guerre, partout où elles se font, et quels que soient leurs auteurs. "

munier les plus redoutables potentats ? Nous savons que de faux catholiques ne sont pas éloignés de le croire.

Loin de nous pareille pensée. La vérité est que la civilisation ne va pas sans la vraie religion, et que celle-ci compte, dans Pun et l'autre camp des peuples belligérants, des ennemis déclarés et aussi des partisans dévoués dont les chefs sont en communion avec le Siège apostolique. L'on peut très légitimement souhaiter que telle nation dont le passé catholique fut plein de gloire, et qui aujourd'hui encore, malgré l'athéisme de ses gouvernants, joue un rôle religieux et civilisateur admirable1, ne sorte de cette guerre ni mutilée dans son territoire ni amoindrie dans son prestige, et se retrouve au contraire plus grande, plus forte, plus unie. Mais rien ne saurait autoriser le dénigrement ni l'injustice vis-à-vis d'autres nations où, à côté de barbares instincts et d'une culture trop souvent viciée,2 tout esprit non prévenu doit reconnaître de solidès qualités intellectuelles et morales, et qui, grâce à l'action

1. Cf. Lecanuet, L'Eglise de France sous la II le République, t. I, ch. vu-xi ; t. ii, ch. vi etc. ; Le rôle catholique de la France dans le monde par un Missionnaire (La guerre allemande et le Catholicisme, 1915) ; L'Eglise de France durant la guerre par G. Goyau (Revue des deux Mondes, 1 déc. 1916).

Page 1