Le pape Honorius
Vous me permettrez de vous donner ce nom : il m est plus doux a prononcer ; vous y etes accoutume^ et vous y tenez, puisquevous continued a vous donner comme pretre de COratoire, malgre votre separation de fait de cette Congregation, et malgre ce qu a public a cet egard le R. P, Petetot, votre ancien superieur. C est le P. Gratry que nous connaissons tous, c est au P. Gratry que nous devons tant de beaux livres dont la lecture
deroute parfois I lntelligence , mais charme toujours [ imagination , et ou
Ton se plait a entendre com me 1 echo d une ame tendre et poetique , d un cceur epris de F amour de 1 humanite, d un esprit qui cherche a saisir la verite dans sa bcaute eternelle et di vine.
Je veux le croire encore, mon Pere, c est cet amour pour la verite, c est ce zele pour son triomphe, c est la crainte de lui voir subirune desastreuse defaite, qui vous a poussea ecrire votre premiere leltrea M 9 * Deckamps. Attentifa ces magnifiques luttes de 1 intelligence qu a suscitees le Concile oecumenique, apres avoir lu M sr Manning, 1 illustre archeveque de Westminster, M gr Dechamps , 1 illustre archeveque de Malines et primat de la Belgique, M gr Dupanloup, le non moins illustre eveque d Orleans, vousavez pris votre parti, et, vo) 7 ant la tres-graude majo-
rite cles Peres du Concile marcher a la suite des deux premiers prelats, vous vous etes dit qu un grand malheur menacait 1 Eglise. Alors vous etes rentre en vous-meme, vous avez prie, et tout a coup, illumine d en haul, vous avez ecrit, et vous nous dites :
Pour moi,jecrois tres-fermement ecrire ceci par 1 ordre de Dieu et de [\otre-Seigneur Jesus-Christ, et par amour pour son Eglise. Les derniers des hommes peuvent recevoir et recoivent des ordres de Dieu. J en ai recu, et, pour obeir, je souffrirai ce qu ii faudra souffrir.
Certes, ces lignes sont graves, et elles annoncentune mission extraordi naire, dont rimmilite chretienne doit etre confondue. Vous avez entendu, mon Pere, le temoignage des siecles, le temoignage des Papes,des Conciles, des Saints, des Theologiens; vous avez hi et relu ces paroles du Sauveur :
Tu es Pierre et sur cette pier re...
Pierre, j ai prie pour toi, afin que ta foi ne de faille pas... Pierre, cortfirrne tes frcres ; vous savez que les Peres du Goncile du Vatican sont en tres-grande majorite favorables a la definition de 1 infaillibilite pontificale, que tous ou presque tous croient a cette infaillibilite ; vous avez vu votre illustre ami, Monseigneur 1 eveque d Orleans, s attacher a ne parler que centre Topportunite, et c est alors que vous elevez la voix et que vous jetez, non pas au sein du Concile, non pas en vous adressant seulement aux Peres du Va tican, mais a tous les vents dumonde, devant les incredules que vous rejouissez comme devant les fideles que vous attristez et que vous troubles, ces cris de colere et d indignation :
Cetix qui veulent la definition de Finfaillibilite s appuient sur des re cils mensongers et intole.rables , sur
dacieu&es fourberies > sur line insoiente suppression des fails les plus conside rables ; le breviaire romain resume line longue suite de fraudes dans un dernier et solenneljnensonge et a trompe les Peres ; ce sont des infamies qui doivent exiter \ indignation de tons les nobles cceurs ; il y a eu des falsi fications systtmatiques du breviaire ro main dans le sens de Finfailtibilile separee, ET TOUS CEUX QUI, MALGR^: CES
RAISONS ET CES FAITS, OSERAIENT PASSER OUTRE ET PRONOtfCER DANS LES TENEBRES, CEUX-LA EN RENDRONT COMPTE AU TRIBU NAL DE DlEU.
II est clair que, pour parler ainsi, pour denoncer ainsi un systeme de fraude qui aurait ete suivi pendant des siecles, qui aurait trompe toute 1 Eglise, les plus savants theologiens, les plus grands saints, pour craindre que les Peres d un Concile cecumenique puissent definir un dogme qui ne s ap-
puie que sur des falsifications, d andacieuses fourberies, des recits mensongers et intolerables, vous avez du, mon Pere , entendre tres-clairement une voix du ciel et recevoir des ordres de Dieu bien pressants. Car, vous me permettrez de vous le dire, si les faits que vous avaucez etaient vrais, ce ne serait plus seulement le Pape qui ne serait pas infaillible, ce serait 1 Eglise elle-meme, qui est ainsi trompee depuis des siecles ; si vos craintes etaient serieuses, ce serait de 1 infaillibilite du Concile oecumenique que vous douteriez, c est-a-dire que tout serait remis en question, qu il n y aurait plus rien cle fixe sur la terre, que TEglise catholique cesserait d etre batie sur la pierre inebranlable, et que la parole de Je sus-Christ serait vaine.
Est-il possible que vous ayez cru ecrire par 1 ordre de Dieu et de Notre- Seigneur Jesus-Christ et par amour
pour son Eglise .>, une lettre qui deshonore 1 Eglise, qui aneantit la parole de Jesus-Christ et qui tend a nous faire croire que Dieu a permis, pendant des siecles, que les hommesles plus saints, les personnages les plus venerables, les theologiens les plus savants, les Conciles provinciaux, les Conciles generaux eux-memes, aient ete trompes, invinciblement trompes par des falsi fications systematiques et d audacieuses fourberies , sur un point aussi capital que Test I infaillibilite du Saint- Siege?
Autrefois les homines envoyes de Dieu pour une mission extraordinaire demandaient a Dieu des signes, afin d etre bien surs de cette mission :
Mo ise, Gedeon, les prophetes, n agirent qu apres avoir recu ces temoignagnes divins, et, a leur tour, ils en don n aient aux hommes des preuves par les miracles qu ils operaient. No-
tre-Seigneur lui-meme rappelait ses miracles comme les preuves les plus convaincantes de sa mission : Les boiteux marchent, les aveugles voient, et ses apotres, apres lui, avaient soin de conflrmer leurs paroles par des signes, sequentibus signls. J ai recu des ordres de Dieu. dites-vous, et j aime a croire a la sincerite de votre parole. Yous, pretre de Dieu, accoutume a lire dans les ames, et qui savez a combien d illusions elles peuvent etre sujettes, vous vous etes eprouve vous-meme, vous avez demande a Dieu des signes de son appel , et vous les avez obtenus, et c est pourquoi, pour obeir , vous etes dispose a souffrir ce qu il faudra souffrir .
Mais sommes-nous obliges de vous croire sur parole ? N avez-vous pas, a votre tour, a nous donner quelques signes de votre extraordinaire mis sion ?
Helas ! mon Pere, permettez-moi de le dire avec une franchise que vous devez aimer, puisque le soupcon seul d une alteration de la verite excite en vous tant d indignation , permettezmoi de le dire , le ton meme de votre Premiere lettre a M sf DecJiamps me parait de nature a faire voir dans cet acte plus de passion humaine que d inspiration surnaturelle, plus de colere que d amour pour vos freres, et, faut-il Fajouter?
les erreurs palpables dans lesquelles vous etes tombe, les reticences trop calculees qui vous ont fait omettre les pieces capitales du proces que vous poursuivez, tout contribue a empecher ceux qui n ont pas ete, comme vous, illumines d en-haut, de croire que vous ayez reellement recu les ordres qui vous ont mis la plume a la main.
Vous avez ete le jouet d une illu-
sion, morT Pere, et vous deviez d autant plus vous en defier, que vous connaissiez mieux votre penchant a vous laisser ainsi seduire. Avant votre con version , qui a tant rejoui I Eglise , vous vous etiez laisse aller a certaines erreurs centre lesquelles vous avez tort de no pas tenir assez en garde votre belle et poetique intelligence ; c etait une raison de plus pour vous de vous defier, et, vraiment, sachant que vous ne faisiez guere que repeter, en 1 habillant a lamoderne et en le rechauffant a la chaleur de votre style, ce qu ont ecrit Dupin, Bossuet, Richer, Lannoy, Noel Alexandre et tous les anciens gallirans, et ce qu ont red it dans ces derniers temps Dcellinger et Janus, en Allemagne, M. Renouf, en Angleterre, et M gr Maret, en France, sachant que tout cela avait ete cent fois refute, et avec une force admira ble, des le dix-septieme siecle et an
dix-huitieme, et tout recemment, hier, presque aujourd hni, par 3V! ^Manning, par M gr Dechamps, par le P. Bottalla et par tant d autres, ne deviez-vous pas au moins faire soupronner a vos lecteurs que votre these n etait pas neuve, que vous n aviez pas le merite de Finvention, et que vous aviez devant vous des adversaires qui meritaient d etre serieusement etudies?
II m est penible, mon Pere, d insister la-dessus; mais, comme vous pretendez avoir recu une mission, il faut bien que les catholiques sachent a quoi s en tenir a cet egard. G est pourquoi, avant d entrer dans le fond de la question que vous avez soulevee, celle du pape Honorius, je vous demande la permission d examiner rapidement avec vous si, laissant de cote les grands theologieus , les illustres eveques, les saints qui tiennent pour I infaillibilite pontificale, nous devons
nous soumettre a 1 autorite de votre parole ardente et accepter vos con clusions,
QUESTIONS PRELJM1NAIRES.
Saint Paul , ecrivant aux Galates , leur disait (chap. I, v. 8) : Si Jiousrnerne ou un ange vena du del vous apportait un autre evangile que celui que nous vous avons annonce, quit soil anatheme.
M. 1 abbe Gratry ne parle pas comme saint Paul ; il veut que nous ecoutions sa voix plutot que celle de 1 Eglise, plutot que celle du Concile.
Helas ! c est ainsi que parlait le P. Hyacinthe, c est ainsi que parlait Pascal, et n est-ce pas ainsi que parlent tous les protestants ? Parler comme le fait le P. Gratry, n est-ce
pas s en remettre a son jugement prive, interpreter TEcriture comme on 1 entend, au lieu de se soumettre an jugement de 1 Eglise et d accepter ses definitions ?
Mais, mon Pere, en vous suivant ainsi, que devons-nous croire?
En iBSg, vous ecriviez dans la xxxiii 6 meditation de votre Mot s de Marie (pages 187 et 1 38) : Oh ! si Ton avait plus d amourpour le representant visible de Notre-Seigneur Je sus-Christ, si Ton croyait plus fermement a 1 Evangile, si Ton croyait a ces paroles du Maitre : Tit c.s Pierre , ct si.tr cette pierre je bdtirai mon Eglise, et je te donnerai les clefs du royaume du del ; si Ton avait ces sentiments et cette lumiere, pourrait-on ne pas regarder davantage cet homme quc Je sus-Christ a place au centre du monde, au centre de I humanite nouvelle ?
Pourrait-on ne pas mediter ses de-
marches et les paroles qu il adresse a 1 Efiflise comme son chef et son doc-
teur? N y pourrait-on pas enfin decouvrir la volonte actuelle cle Dieu, le sens du mouvement que Dieu veut imprimer au monde ?
Relisez votre Premiere lettre, mon Pere, et repondez si la lecture de cette lettre pent prod ui re clans le ccetir des fideles les sentiments de soumission et de devotion que vous demandez pour le Pape.
,Vouvre maintenant votre second volume de la Councils sance de Dieu, et je lis a la fin (p. /jiS de la sixieme edition 111-12) : Presque tons les catholiques croient, et tons admettpnt en pratique, que le Souverain-Pontife, jugeant solennellement (ex cathedra), en matiere de foi ou de moeurs, est infaillible. L Eglise neanmoins n a pas defini ce point comme article de foi.
K tons croie.nt, tons admeltent
en pratique : d apres votre lettre, mon Reverend Pere, presque tous les catholiques ont ete mis dans 1 erreur par la falsification et les fourberies que vous denoncez, tous admettent en pratique une doctrine qni a pour allie le mensonge , comme vous le dites dans votre lettre. Comment conciliez-vous cela avec 1 iDfaillibilite de 1 Eglise que vous ne rejetez point, puisque vous etes catholique? Et comment voulezvous que ? desormais, Ton rejette Fiufaillibilite du Pwpejtigeant solennellement en matiere de foi on de mceurs, sans rejeter en meme temps 1 infailli-
bilite de 1 Eglise ? centre laquelle, cependant, d apres les paroles de Je sus-Christ, les portes de 1 enfer ne peuvent prevaloir?
On allez-vous ? ou nous menez-vous?
Comment vous accordez-vous avec vous-meme ?
Et qui croire, du P. Gratry ecrivant
Ja Connaissance de Dieu, ou du
P. Gratrv ecrivant sa Premiere leltre a
M gr Dechamps?
D apres votre lettre, mon Pere, on pent croire que vous placez votre propre infaillibilite au-dessus de celle clu Pape, en vertu des ordres que vous avez recus de Dieu ; d apres vos ouvrages precedents, il est clair que vous placez celle du Pape au-dessus de la votre, comme presque tons les catholiques en theorie, et tous les catholiques en pratique ; mais comment nous debrouiller dans tout cela ?
Vous ecriviez, en i852, dans votre Preface de la Connaissance-de Dieu, au moment ou le Souverain-Pontife venait d auto riser le retablissement de TOratoire de France, ces paroles que je me permets encore de remettre sous vos yeux :
Sommes-nous precisement Tancien Oratoire de France ? Distinguons :
oui, nous avons sa regie et sa forme a pen cle chose pres, c est-a-dire en changeantcequechangeraitaujourd huiune assemblee generate de 1 ancienOratoire:
mais comme, d nn aulre cote, nous sommes tres-eloisnes de vouloir conti-
iiuer en rien la double aberration qui a donne a 1 ancien Oratoire sa mauvaise conleur; comme nous croyons au contraire que ces tendances out ete et sont encore le /lean de la religion , nous avons mis dans nos statuts fondamentaux des mesures decisives en ce sens, et nous les avons deposees aux pieds du Souverain-Pontife.
On salt quelle est la doable, aberra tion qui a donne a 1 ancien Oratoire sa mauvaise conleur : c est le jansenisme etle gallicanisme. LeP. Gratry de 1802 voyait dans le gallicanisme une aberration, il voyait dans les tendances gallicanes le fleau de la religion. Ou en est le P. Gralry de 1870?
Ce n est pas maintenant les tendances gallicanes qu il considere comme un fleau, ce sont les tendances contraires qui engagent, comme il le dit a M gr Dechamps, dans line voie de dan ger el $ incertitude .
Est-ce parce qu il a change d opinion que le P. Gratry a quitte 1 Oratoire? Vraiment, il aurait du le dire plus tot, il aurait di i le dire il y a dix ans, et ne pas laisser grandir le mal contre lequel il est oblige aujourd hui de s elever avec tant d energie.
Mais qui nous garantit qu il ne changera pas encore une fois d opinion ?
Pour moi, j espere en ce changement. Oui, mon Pere, vous changerez encore une fois, et ce sera pour revenir au beau temps de iSSs et de iSSg, ce sera pour faire resplendir de tout 1 eclat de votre belle parole cette verite, admise alors en theorie aussi bien qu en pratique par tous les catholiques, que
la chaire de Pierre est infaillihle, que
le successeur de Pierre est infaillible lorsqifil fuge tolennellement en matiere flv Joi on de mceurs.
Si cette lettre que j ai 1 honneur de vous adresser pouvait contribuer en quelque chose a cet heureux changemei]t, je me trouverais au centuple recomprme de la peine que j eprouve a combattre un pretre dont les premiers ecrits out. ouvf-rt de si beaux hori zons devant mon intelligence, et qui me charmait. meme quand j eprouvais quelque crainte a m engager a sa suite. Je n etais pas seul a eprouver ce charme ( t ces craintes : je remercie Dieu de m avoir donne des maitres dont les solides et severes enseignementsm ont garde de seduisantes illusions, mais jc gemis de voir tant de jeunes gens, dont Fame s ouvre a tout ce qui lui semble etre le beau et le vrai, se laisser prendre a des mirages
que votre plume et votre parole dissipeniient si facilement, si vous les consacriez tou jours, comme autrefois, a la
glorification de la verite, an lieu de
les faire servir a Jeter le trouble dans ces jeunes ames et dans 1 Eglise dc Jesus-Christ.
Mais enfin. mon Pere, vous crovez
etre dans la verite. et vous crovez
avoir recu une mission de Dieu.
Voyons done si vous ne vous trompez pas et si vous vous etes suf iisamment prepare a remplir convenablement vo tre mission.
Pourquoi ne le dirais-je pas ? 11 est dur, sans doute, de s exposer a contrister votre ame douce et charitable ; mais votre exemple nous a montre que toute consideration doit ceder devant la verite. Votre douceur et votre charite nevous empeclientpasdeparler ^falsifications systdmatiqueS) d amlacicuscs Jburberics , dc inensongc et
cfinfamie ; pourquoi ne pourrais-je pas vous dire respectueusement, mon Reverend Pere, que vous vous etes fortement trompe, et que votre tra vail temoigne, non pas d une trop grande precipitation, car je crois que vous ne 1 avez pas livre a la legere a 1 impression et que vous n avez pas travaille seal, mais d une telle nouveaute dans Fetude de la question principale traitee par vous, que vous presenters comme des arguments nouveaux des arguments bien anciens et que vous plaisantez agreablement de certaines ignorances qui retombent un peu sur vous.
Je vous fournirai les preuves dans la suite de la discussion ; je ne vous en presente tout d abord que quelquesunes qui embarrasseraient cette dis cussion, si je ne les placais pas ici.
Premiere erreur. Vous en voulez
particuiierement au pape Honorius , ct votre grand argument centre lui, argument auquel vous revenez continuellement, c est que ce pape a ete condamne comme heretique par le Vl e Concile cecumenique, qui s est tenu en 680. Et voici ce que vous dites au commencement de votre paragraphe V, page 3i : Que dire de la condamnation traditionnelle et solennelle que , pendant des siecles, les papes, dans leur profession de foi, faite avec serment le jour de leur election, repetaient au sujet de 1 heresie d Honorius? Tai sous IKS reux
ces professions de foi des SIXIEME , septieme, huitieme et neuvieme siecles, etfy Us ces paroles : Nous professons la doctrine des Peres du VT Concile oecumenique, etc.
De bonne foi, mon Pere, comment avez-vous pu lire dans les professions de foi du sixieme siecle une mention
du VI 8 Concile cecumenique, tenu en 680, a la fin du septieme siecle ? Ce pendant des siecles doit done etre reduit d au moins cent quatre-vingts ans } cent quatre-vingts ans sur quatre cents, c est beaucoup. Est-il possible que ces exagerations fassent partie de la mission que vous avez recue de Dieu ? Et remarquez que je me conten te d ecrire le mot exoneration.
Je reviendrai d ailleurs sur le texte de cette profession de foi des papes qui n est pas aussi favorable que vous le pensez a la these gallicane.
Deuxieme erreur. Le bibliothe* caire Anastase, contemporain du pape Agathon , defenseur obstine d Honorius, ecrit pourtant que le VI e Con cile prononca I anatbeme contre Honorius comme etant heretique. Voila ce que je lis a la page 44 ^ e votre let ire, et je vous avoue que, dans une
question d histoire ecclesiastique , cette inadvertance de votre part, mon Pere, me confond d etonnement.
Tous ceux qui se sont occupes du pape Honorius et du VI e Concile savent que le pape saint Agathon (j aime a mettre le nom de saint devant le nom de ces Peres des chretiens a qui 1 Eglise 1 a confere) est le pape dont les legats presiderent le VF Concile, et qu il mourut avant que les actes de cette sainte assemblee lui fussent portes. Le pape [saint Agathon vivait done en 680. D autre part, il suffit d etre un peu au courant de Fhistoire en general , pour savoir qu Anastase le Bibliothecaire vivait dans la derniere moitie du neuvieme siecle ; on peut savoir de plus qu il assista a Constantinople au VHP Con cile general, en 869, mille ans precisement avant le Concile du Vatican, et qu il traduisit du grec en latin les actes
du VII" et du VlIT concile. Ainsi cos deux homines out vecu a deux cents nns de distance Tun de 1 autre ! Le P. Gratry se croit-il done contemporain de Boss net?
Convenez, mon Pere, que lorsqu on se charge de relever les erreurs des autres, et qu on le faitavec tant d indignation, il est desagreable de tomber dans de telles fautes.
Troisieme erreur. Dois-je dire que celle-ci est plus legere on plus grave que la precedente ? A la meme page, mon Pere, vous faites Hincmar, le celebre archeveque de Reims, contemporcdn d Anastase, et cela est fort bien ; mais mon etonnement redouble de voir qu en faisant, comme vous le deviez, vivre ces deux hommes dans le meme siecle, vous ne vous soyez pas apercu qu il fallait rcvenir sur la deuxieme erreur; car, cette fois, il
suffit d avoir lu un abrege quelconque d histoire de France, pour savoir qu Hincmar vivait au neuvieme sieclo.
Croiriez-vous done que saint Agathon vivait au neuvieme siecle? INon, sansdoute ; mais que ces inadvertances vous rendent done plus indulgent, mon Pere :
Non ignare mali, miseris ignoscere discas;
permettez-moi cette legere falsification de Yirgile.
Quatrieme erreur. A la page 43, vous dites : Le Liber pontificalia de Leon II (lisons saint Leon II)s accorde avec le Liber diurnus. et design e Ho-
norius comme condamne par le Yl e Concile, Qu est-ce que le Liber pontificalis de Leon II ? 11 existe, en effet, u n L\ber pontificalis, dont la redaction est attribute a Anastase le Bibliothecaire, et qui contient les Vies ties
Papes; mais il n y a pas plus de Liber pontificalis de Leon II qu il n y a, par example, d!Histoire de France de Clovis oude Charles X. Croyez-vous, mon Pere, que ces inadvertances puissent faire penser que vous avez etudie par vous-meme et dans les sources la question d Honorius ? et que vous vous etes mis ou que vous etiez deja par vos precedentes etudes en mesure de remplir la mission qui vous a fait ecrire?
Mais j ai hate d arriver a la question elle-meme.
Le but de votre lettre, mon Pere, est parfaitement indique : vous essayez d empecher la definition de Finfaillibilite pontificale en matiere de foi et de moeurs. La grande raison que vous donnez, c est que, pour une telle definition, il faut rabsolue certitude (page 79), et, ajoutez-vous, le plus leger doute exige, de droit divin, la
plus rigoureuse abstention ; or ce n est pas seulement un leger doutequi existe sur cette question, selon vous, c est une certitude contraire a Finfaillibilite pontificale.
D ou vient cette certitude contraire ?
Vous avez choisi, je le reconnais, le fait le plus grave, le plus epineux, le fait du pape Honorius anathematise comme heretique par un concile cecumenique, et anathematise comme tel par deux autres conciles cecumeniques et par plusieurs Papes.
Si Honorius a ete heretique , que devient I infaillibilite des Papes, puisque Fun d eux a failli ?
S il n a pas ete heretique, que de vient Finfaillibilite des Papes qui 1 ont anathematise comme tel, et celle des conciles confirmes par les Papes qui Font egalement condamne ?
Je n affaiblis pas votre dilemme,
moil Pere, vous me rendrez cette jus tice, et vous etes persuade qu il n y a pas moyen de sortir de cette terrible etreinte.
Je ne serais certes pas le premier qui en serait sorti, et depuis que votre let t re a paru, vous avez du reconnaitre que votre dilemme n est pas invincible ; mais pour la defense d une croyance chere a presque tons les catboliques, comme vous Tavez dit vous-meme, et qui sera bientot , je Tespere , plus qu une croyance, mais un dogme defini, j estime que les derniers des chretiens peuvent et doivent entrer dans la lice , et je le fais.
Si vous avez pense , mon Reverend Pere, que le coup porte par votre lettre etait le plus terrible qui put etre porte a la definition de rinfaillibilite pontificale, ne suis-je pas en droit de croire qu en voyaiit qu il suffit d un peu de bon sens et de bonne foi pour le parer,
meme en acceptant pour authentique tout ce que vous donnez comme au thentique, vous serez heureux cle revenir a votre croyance premiere, et d acclamer avec tous les fideles enfants deTEglise la definition destinee a met-
tre un terme a tant de divisions qui nous affaiblissent, a rendre le calme a tant d esprits troubles et incertains, a presenter 1 Eglise en face de ses ennemis comme une inebranlable armee rangee en bataille, animee d un seul sentiment, agissant comme un seul homme et gagnant ces victoires qui.
sont le triomphe de la verite et du bien, le vrai progres et la vraie prosperite des nations ?
Je le declare d avance : tout ce qu il est possible de conceder aux adversaires du pape Honorius, je suis dis pose a le conceder, et, je Tespere, le P. Gratiy reconnaitra que, dans cette voie, je suis alle jusqu aux extremes
limites de ce que la critique historique peut permettre.
Si , allant jusque-la, je montre que 1 infaillibilite du Rape enseignant ex cathedra n est pas atteinte, ma these sera prouvee;
Avec Taide de Dieu, elle le sera.
Examinons les faits froidement, de bonne foi, sans parti pris.
Le pape Honorius occupa le Siege apostolique de Tan 625 a 1 an 687.
Tous les historiens s accordent a dire que, mise a part la question du monothelisme, il gouverna FEglise avec autant de zele que de prudence. II eut le bonheur d eteindre le schisme des eveques d Istrie, qui etait une conse quence de la fameuse querelle des Trois-Chapitres, et, en Angleterre et en Ecosse, il poursuivit avec autant de succes que de zele 1 ceuvre de conver-
sion commencee sous son glorieux predecesseur saint Gregoire le Grand.
Jusqu a cetteepoque, trois grandes heresies avaient attaque le mystere de llncarnation , c est-a-dire le mystere fondamental du christianisme.
L arianisme , au quatrieme siecle , avait nie la divinite du Yerbe, et avait ete vaincu au concile de Nicee par la definition qui declarait le Yerbe consubstantiel au Perc.
Nestorius, patriarche de Constanti nople, au cinquieme siecle, admettant la divinite du Yerbe, nia que le Verbe, Fils de Dieu, se fut fait homme en prenant de la Yierge Marie la nature humaine , et ne reconnut en Jesus- Christ qu une union de cohabitation, non une union hypostatique constituant une seule personne. Ainsi, d apres Nestorius , il y avait deux per son nes en Jesus-Christ, et par conse quent deux fils, un fils deDieu, Dieu
comme son pere, et un fils de Marie, homme comme sa mere, de sorte que la sainte Vierge ne pouvait pas s appeler Mere de Dieu, mais seulement Mere du Christ. Le mot theotocos , Mere de Dieu, adopte par le concile d Ephese comme exprimant la foi catholique, fut la condamnation dunestorianisme.
Presque aussitot apres, le moine Eutyches, combattant son patriarche Nestorius, tomba dans 1 erreur en un sens oppose : pour etablir plus surement Funite de personne, il alia jusqu a soutenir 1 unite de nature en Je sus-Christ, ce qui etait encore detruire le mystere de 1 Incarnation, qui est le mystere d un Dieu fait homme, ou de 1 union hypostatique de la nature di vine et de la nature humaine. Ce fuc au concile de Chalcedoine, en 4^1, vingt ans apres le concile d Ephese, quele monophysisme fut definitivement condamne , conformement a la lettre
de saint* Leon le Grand , et tous les Peres confesserent Jesus-Christ Fils de Dieu et ISotre-Seigneur, par fait selon la dwinile ) par fail selon I liumanite, vrai Dieuet vrai homme avec une dme raisonnable etun corps y consul stantiel an Pere selon la divinite, consul stantiel a nous selon Khumanite.
Cela ne fut pas assez pour contenir
le genie subtil et ergoteur des Grecs,
qui trouverent moyen d emettre une
nouvelle erreur sur I Incarnation. Le
Yerbe est Dieu, le Verbe hypostatique-
ment uni au Christ ne forme qu une
seule personne, Jesus-Christ est vrai
Dieu et vrai homme tout ensemble,
ay ant les deux natures divine et hu-
maine; mais s il y a en Jesus-Christ
deux natures, dirent les monophysites
qui ne voulaient pas se rendre, il n y
a qu une operation, qu une volonte
theandrique ou deivirile qui doit etre
attribueeau Yerbe, parce que 1 huma-
nite lui est tellement unie qu elle n agit pas par elle-meme , mais par le Verbe qui lui donne son mouvement comme a un pur instrument. C etait la le monothelisme, qui detruisait encore 1 Incarnation, puisqu il ne voyait plus en Jesus- Christ rhomme parfait, qui a par lui-meme une action ? une ope ration, une volonte.
La doctrine du monothelisme etait une tentalive de conciliation entre le systeme nestorien et le systeme eutycheen. Les monothelites disaient aux nestoriens : non deux personnes, mais deux natures; ils disaient aux eutycheensou monophysites: non une seule nature, mais une seule volonte, et ils croyaient sans doute ainsi faire ceuvre de pacification. Mais la verite ne s arrange pas de ces conciliations : une seule volonte menait k une seule na ture, car nier la volonte ou 1 operation dans une nature intelligence, c estnier
cette nature, et, la nature humaine disparaissant en Jesus-Christ, il ne restait que la nature divine, il n y avait plus d Incarnation.
Cela se voit maintenant tres-clairement; ce n est pas ainsi que Sergius, patriarche de Constantinople, exposa la question au pape Honorius ; on doit regretter , mon Reverend Pere , que dans une question ou il s agit de 1 orthodoxie d un Pape, vous ayez entierement omis de met re sous les yeux de vos lecteurs les pieces capitales du proces, c est-a-dire les lettres memes d Honorius.
Voyons les fails.
Cyrus, pjitriarched Alexandrie, pre tend qu il n y a qu une seule volonte en Jesus-Christ. Saint Sophrone, evequede Jerusalem, combat cette erreur.
Sergius de Constantinople, qui partage 1 erreur de Cyrus, et qui sait que So phrone veut en appeler au Siege apos-
tolique, previent 1 eveque de Jerusa lem en ecrivant au Pape que de nouvelles disputes s elevent en Orient, parce que, sans s en tenir aux decisions des conciles, on agite la question de savoir s il y a en Jesus-Christ deux energies, deux operations et deux volontes, ou s il n y en a qu une seule, et il invite le Pape a defendre de parler d une ou de deux operations, a imposer le silence sur cette question, ce qui sera le plus sur moyen de couper court a de nouvelles divisions.
Trompe par cet expose, ne sachant que trop les tristes consequences des discussions theologiques en Orient, ne voyant pas assez qu en imposant egalenient silence a ceux qui defendant la verite et a ceux qui sont dans 1 erreur , il favorise , au fond , les derniers au detriment des premiers, enfin croyant, d apres Texpose tres-captieux de Sergius, que ceux qui parlaient de
deux volontes en Jesus-Christ entendaient deux volontes contraircs, duo contraria voletites, duas voluntates , contrarietates circa imncem Jiabentes , comme celles qui existent dans Fhomme , ou la chair combat 1 esprit depuis la chute, il ecrivit successivement a Sergius deux lettres dans lesquelles il se rangeait a son avis, imposait silence aux deux parties et defendait d employer les termes d une ou de deux operations, d une ou de deux volontes.
Remarquons ici :
i Que le patriarche de Constanti nople, en s adressant a 1 eveque de Rome et en lui demandant un acte d autorite , reconnait formellement sa supreme juridiclion ;
2 Qu il ne lui demande pas une de finition de foi ;
3 Qu il n est pas du tout sur que le texte des deux lettres d Honorius
soit authentique dans toutes ses par ties.
Mais nous ne voulons pas nous arreter a cette derniere remarque. Nous acceptons le texte tel qu il est venu jusqu a nous , tel qu il semble avoir ete place sous les yeux des Peres de Constantinople en 680.
Voici les passages capitaux de la premiere lettre :
... Nous confessons que Notre- Seigneur Jesus-Christ, Mediateur de Dieu et des homines, opere les choses divines pur I intermediaire de I humanite qui lui est hypostatiquement unie, et les choses humaines par la chair qu il a prise d une maniere ineffable et unique, et qu il les opere sans divi sion 7 sans confusion et sans transmu tation, la divinite demeurant parfaite ; le meme qui brillaitpar 1 eclat des mi racles, possedant notre nature , vrai Dieu et vrai homme tout a la fois ; et
c est avec Fun et 1 autre que, Mediateur de Dieu et des hommes, il a souffert les opprobres de sa passion... La Verite, parlant d elle-meme, a dit : Nul ne monte au del que celui qui en esl descendu, le Fils de Ihomme qui esl au del, nous montrant ainsi qu en Jesus- Christ 1 humanite est unie a la divinite d une maniere ineffable et unique, sans separation, sans confusion, sans division ; chaque nature, malgre cette union, conservant d une maniere qui etonne notre esprit les differences qui lui sont propres... (i).
(1) Confitentes Dominum Jesum Christum Mediatorem Dei et r-ominum operatum divina media hurnanitate Yrrbo Deo naturaliter unita, Kumdemque operatum humana ineffabiliter atque singulariter assumpta carne discrete, inconfuse atque inconvertibiliter plena divinitate; et Qui coruscavit in carne plena divinis miniculis, Ipse est et carneus eft ectus plene Deus et homo, passiones et opprobria patitur Unus Mediator Dei et hominum in utrisque naturis... Per se Veritas in Kvangelio ita inquit : Nullus ascendit in ccelnmnixi Quide
La divinite n a pu aucunement souffrir les passions liumaines ; mais les deux natures s etant unies d une maniere ineffable, on a pu dire qu un Dieu avait souffert et que Fhumanite etaitdescendue du ciel avec la divinite.
Nous confessons done une volonte en Jesus-Christ , parce que la divinite a pris non pas notre peche, mais notre nature telle qu elle a ete creee avant que le peche 1 eut corrompue, et sous la livree du peche il a efface les peches, et nous avons tons recu de sa pleni tude... Notre Sauveur n a pas pris une nature pecheressequi se revoltat contre la loi de 1 esprit. // est venu chercher et saucer ce qui avait peri , c est-a-dire la nature corrompue du genre hu-
ccelo descendit, Films hominis qui est in ccelo; profecto nos instruens, quod divinitati unita est caro passibilis ineffabiliter atque singulariter, ut discrete atque inconfuse sic indivise videretur conjungi.
main. 11 rTy a point en lui une autre loi des membres, une volonte differente ; an contraire, attendu qu il est ne au-dessus de la nature humaine(i).
Et quand il ecrit : Je ne suis pas venu pour faire ma volonte , mais celle de mon Pere gui ma envoy e, et en core : Que votre volonte se fasse, mon Pcre, el non la mienne, ces paroles et
(1) Dura profecto divinitas nee crncifigi potuit, nee passiones humanas experiri vel perpeti, sed propter ineffabilem conjunctionem humanae divinseque naturae, idcirco et ubique Deus dicitur pati et huraanitas ex coelo cum divinitate descendisse. Unde et unam voluntatem fatemur Domini nostri Jesu Christi, quia profecto a divinitate assumpta est nostra natura, non culpa; ilia profecto quae ante peccatum creata est, non quae post praevaricatiorem vitiata. Christus eriim Dominus, in similitudine carnis peccati veniens, peccatum mundi abstulit, etde plenitudine ejus omnes accepimus... Non est assumpta a,Salvatore vitiata natura quae rcpugnaret legi mentis ejus, sed venit quxrere et salvare quod perierat, id est vitiatam human! generis naturam. Nam lex alia in membris aut voluntas diversa non fuit vel contraria Salvatori, quia super legem natus est humanae conditionis.
autres semblables ne sont pas d une volonte differente, mais de 1 humanite qu il a prise (i).
...Si quelques-uns, comme en begayant et comme ferait un maitre pour s accommoder a 1 intelligence de ses disciples, ont dit une oti deux ope rations, il ne faut pas en faire un dogme de 1 Eglise; car ni FEcriture ni les Conciles ne paraissent avoir exa mine cette question. Que personne n aille precher ce que 1 Eglise n a pas defini ; des manieres de parler em ployees uniquement dans 1 intention de se mettre a la portee des faibles et d exprimer plus clairement un senti ment particulier, ne doivent pas faire loi dans 1 Eglise (2).
(\) Et si quidem scriptum est : Non veni facer e voluntatem meam,sedejusqui misitme, Patris, et : Non quod ego volo, sed quod tu vis, Pater, et alia hujusmodi, non sunt hsec diversae voluntatis, sed dispensations humanitatis assumptae.
(2) Si forte quidam balbutientes, ut ita dicam ,
Que Jesus-Christ, Fils et Verbe de Dieu, par qui tout a ete fait, soit le meme qui opere les ctioses divines et les choses humaines, les Ecritures le montrent clairement. Mais de savoir si, a cause des ceuvres de la divinite et de 1 humanite, on doit dire on en tendre une operation ou deux, c est ce qui ne doit pas nous importer, et nous le laissons aux grammairiens qui ont coutume de vendre aux en-
nisi sunt proferentes exponere, formantes se in specimen nutritorum, ut possent mentes imbuere auditorum, non oportet ad dogmata h.xc ecclesiastica retorquere, qua3 neque synodales apices super hoc examinantes, neque auctoritates canonicse \isae sunt explanasse, ut unam vel duas energias aliquis praesumat Christi Dei prsedicare, quas neque evangel icas velapostolicaelitteraB, neque synodalis examinatio super his habita, visae sunt terminasse; nisi fortassis, sicut praefati sumus, quidam aliqua balbutiendo docuerunt, condescendentes ad informandas mentes atque intelligentias parvulorum, que ad ecclesiastica dogmata trahi non dcbent; quas unusquisque, in sensu suo abundans, videtur secundum propriam sententiam expi icare.
fants les mots qu ils ont inventes (i).
Honorius conclut ainsi :
Nous devons rejeter les mots nouveaux qui scandalisent les Eglises, de peur que les simples, cheques des termes de deux operations, ne nous croient nestoriens, et qu ils ne nous croient eutycheenssi nous ne reconnaissons en
Jesus-Christ qu une seule operation.
Pour ne pas ranimer le feu des dis putes a peine assoupies, confessons avec simplicite que le meme Jesus- Christ opere et dans la nature divine et dans la nature humaine. II vaut mieux laisser crier contre nous les vains eplucheurs de natures, les bour-
(1) Nam quia Dominus Jesus Christus, Filius ac verbum Dei, per quern facta sunt omnia, Ipse sit UDUS operator divinitatis atque humanitatis, plenae sunt sacraa litterse luculentius demonstranles. Utrum autem, propter opera divinitatis et humariitatis, una an geminx operationes debeant derivatse dici vel intelligi,, ad nos ista pertinere non debent; relinquentes ea grammaticis, qui solent parvulis exquisita derivando nomina venditare.
soufles philosophes a voix de grenouilles, que de laisser a jeun les chretiens simples et humbles d esprit. C est en vain que leurs disciples s efforceraient de seduire les fideles par cette fausse et trompeuse philosophic, leurs vaines disputes ne convaincront personne ; leurs arguments soiit captieux, mais se detruisent eux-memes. Nous vous exhortons en consequence a eviter 1 expression nouvelle d une ou de deux operations, et a precher avec nous, dans la foi orthodoxe et dans Funite catholique, que le Fils de Dieu, Jesus-Christ, vrai Dieu lui-meme, opere dans les deux natures et ce qui est de la divinite et ce qui est de 1 humanite (i). )>
(1)... Ilia refutantes, quae quidem novae voces noscuntur sanctis Dei Ecclesiis scandala generare : ne parvuli aut duarum operationum vocabulo offensi, sectantes Nestorianos nos vesana sapere arbitrentur; aut certe, si rursus unam operationem Domini nostri Jesus Christi fatendam esse censuerimus, stultam Eutychianistarum attoni-
si ll est facile de voir que cette lettre, d abord ecrite en latin, ne nous est parvenue que retraduite du grec en latin ; cela explique les obscurites de certains passages et les hellenismes qui s y rencontrent et permet meme de
tis auribus dementiam fateri putemur ; praecaventes, ne quorum inania arma combusta sunt, eorum cineres redivivos ignes flammivomarura denuo renovent quaestionum;simpliciter atque veraciter confitentes Dominum Jesum Christum Unum Operatorem divinae atque humanaa naturae, electius arbitrantes, ut \ani naturarum ponderatores, otiose negotiantes et turgidi adversus nos insonent vocibus ranarum philosophi, quam ut simplices et hu miles spiritu populi christiani possent remanere jejuni. Nuilus enim decipiat per philosophiam et inanem fallaciam discipulos piscatorum, eorum doctrinam sequentes; omnia enim argumentis scopulosa disputalionis calliilae atque fluctivaga in eorum retia sunt coliisa. Haec nobiscum fraternitas vestra prasdicet, sieut et nos ea vobiscum unanimiter praedieamus; hortantes vos, ut unius vel geminx novae vocis inductum optrationis vocabulum aufugientes, Unum nobiscum Dominum Jesum Christum Filium Dei vivi, Deum verissimum, in duabus naturis operatum divinitus atque humanitus, fide orthodoxa et unitate catholica prdicetis.
soupconner que la pensee d Honorius n a pas toujoursete bien rendue. Mais, quoi qu on en pense, il est mpossible d y voir Honorius enseigner le monothelisme : il recommande le silence, il ne veut pas qu on parle d une ou de deux operations, ne se prononcant pas plus pour Tune que pour 1 autre maniere de parler, et declare bien positivement qu il ne songe pas a imposer un dogme. D ailleurs il se con ten te & exhorler, il ne donne pas d ordre.
La seconde lettre a Sergius, dont nous n avons que deux fragments , montre les memes preoccupations dans Honorius : pas de nouvelles expres sions, qui pourraieiit amener des dis cussions funestes ; pas de definition de dogme.
Voici les principaux passages des deux fragments :
Nous avons aussi ecrit a notre frere Cyrus d Alexandrie, qu il fallait
rejeter la nouvelle invention de ce terme d une ou de deux operations, et ne point obscurcir la doctrine de 1 Eglise par les nuages de ces disputes, mais bannir de I explication de la foi ces mots nouvellement introduits ; car ceux qui parlent de la sorte ne s imaginent-ils pas que, suivant que Ton attribue a Jesus-Christ deux natures, on reconnait aussi une ou deux opera tions? Sur quoi les temoignages de 1 ficriture sont clairs ; mais que le Mediateur soit d une ou de deux opera tions, c est ce qu il est fort inepte de penser ou de dire (i).
(i) Nee non et Gyro fratri nostro Alexandria civitatis prsesuli, quatenus novaa adinventionis unius vel d u arum operatw?iumvocabu\o refutato, claro Dei Ecclcsiarum praeconio nebulosarum concertationum caligines offnndi non debeant vel aspergi; ut [trofecto unius vel geminse operationis vocabulum noviter introductum ex praedicatione fidei eximatur. Num qui haec dicunt, quid aliud nisi juxla unius vel geminse naturaa Christi Dei vocabulum, ita et operationem unam vel geminam suspican-
% Quant au dogme ecclesiastique que nous devons tenir et precher a cause de la simplicite des hommes, et pour couper court a d inextricables disputes, IL NE FAUX POINT DEFINIR qu il y ait en Jesus-Christ une ou deux ope rations, maisconfesse/ gue lesdeux na tures ope rent et agissent chacune avec la participation de Fautre, la nature divine OPERANT ce qui est de Dieu, la nature hwnaine EXECUTANT ce qui est de la chair, sans division, sans confu sion, sans que la nature divine soil changee en rhomme ni la nature hu-
o maine en Dieu, mais les differences
de nature demeurant entieres (i)...
tur? Super quod clara sunt divina testimonia. Unius autera operationis vel duarum esse vel fuisse Mediatorem Dei et hominum Dominum Jesim> Christum, sentire et promere satis ineptum est.
(1) Quantum ad dogma ecclesiasticum pertinet quod tenere vel prredicare debemus, propter simplicitatem hominum et amputandas inextricablies quaestionumambages^nonunamvelduasoperationes in Mediatore Dei et hominum DEFIMRE,, sedutrasque
Ecartant done le scandale de 1 invention nouvelle, il ne faut NI DEFINIR ni precher une operation ou deux, mais, au lieu d une operation, comme disent quelques-uns, confesser sincerement un seul Seigneur operant dans Tune et 1 autre nature ; et, au lieu de deux operations, il faut plutot precher avec nous que les deux natures, la divinite et Ihumanite, clans la seule et meme personne da Fits unique operent, sans confusion , sans division et sans transmutation, CHACUNE CE QUI LTJI EST PROPRE (i).
naturas in uno Christo unitate naturali copulatas cum alterius communions operantcs atque operatrices conftferi debemus, et dicinam quidem, quse Dei sunt OPERANTEM, et humanam, qux carnis sunt EXEQUENTEM, non divise, neque con fuse, aut inconvertibiliter Dei naturam in homhiem et humanam in Deum conversam edocentes , sed naturarum differentias integras confitentes.
(1) Auferentes ergo scandalum novellae adinventionis, non nos oportet unam vel duas operationes
Je* vous demande, mon Reverend Pere, si, apres ces citations, il n est pas permis d etablir ainsi le sentiment d Honorius sur la question du monothelisme ? Deux natures en Jesus-Christ, operant chacune, sans confusion, sans division, sans transmutation, ce qui lui est propre ; une seule operation ou volonte de la nature humaine, telle qu elle etait avant que le peche 1 eut corrompue, et non tiraillee en deux sens contraires; enfin, rejet de 1 emploi de nouvelles expressions et recommandation du silence.
On peut blamer cette recommanda-
DEFINIENTES prsedicare ; seel pro una, quam quidam dicunt, operatione, oportet nos unum opera torem Christum Dominum in utrisque naturis veridice confiteri, et pro duabus operationibus. ablato geminse operationis vocabulo, ipsas potius duas naturas, id est divinitatis et carnis assumptx, in una Persona Unigeniti Dei Patris, inconfuse, indirise atque inconvertibiliter nobiscum pr me dicare PROPRIA OPERANTES.
tion du silence et ce rejet d une nouvelle expression qui pouvait couper Theresie dans sa racine, comme le fit le sixieme concile general en adoptant 1 expression des deux volontes, mais c est la une faute de conduite, une fausse appreciation de Fopportunite, un defaut de zele si Ton veut; ce n est ni 1 enseignement, ni la profes sion, ni 1 acceptation du monothelisme.
En lisant les lettres d Honorius sans idee preconcue 5 on ne peut y voir autre chose, et, quand on lit dans la profession de foi du sixieme concile paroles : Duas voluntates in eo Christo) et duas nalurales opetationes indivise, inconvertibiliter , inlonfuse prsedicamus, et duas naturales voluntates non contr arias , absit^ sed ejus humanarn voluntatem, el resislentem vel reluctantem^ sed )otius et subjectam divines ejus atque
ornnipolentivoluntati ; nous professons que Jesus-Christ a deux volontes naturellesetdeuxoperalions n^turelles, in divisibles, inconversibles, distinctes; que ces deux volontes naturelles ne sont point en opposition, la volonte humaine, loin de resister et de lutter contre la volonte divine, la suivant et obeissant a sa toute-puissante volon te ; quand on lit, dis-je, cette pro fession de foi, on trouve que, sauf I expression des deux operations et des deux volontes, la doctrine d Honorius est celle du Concile.
Alors , me direz-vous, mon Pere , comment se fait-il que le Concile a condamno Honorius ?
Je vous repondrai tout de suite que cette contradiction apparente donne quelque poids au sentiment de ceux qui pensent qu* Honorius n a pas ete condamne pour heresie au sens ou Ton entend aujourd hui ce mot ; mais,
en attendant que nous revenions ladessus , ne trouvez-vous pas , mon Pere, qu il etait bon de mettre sous les yeux du lecteur les lettres d Honorius, et que la production de ces pie ces capitales etait necessaire pour qu on put juger impartialement la question ?
Pourquoi ne les avez-vous pas produites ?
Si les mensonges ne peuvent servir DieUyComme vous le dites (page 61), pensez-vous que les omissions le servent davantage ?
Votre conscience repondra.
LES TEMOJNS D HONORIUS.
Mais peut-etre me trompe-je sur 1 interpretation orthodoxe des lettres d Honorius. Ecoulons les temoins; en
voici encore plusieurs que vous avez oublie de citer, mon Reverend Pere, et, pourtant, ils paraitront a tout le monde des temoins importants.
Premier temoin, le pape Jean IV, deuxieme successeur d Honorius, qui monta sur le trone pontifical en 84o.
Le patriarche Sergius , qui avait redige V Ecthese ou Exposition de foi connue sous le nom d Ecthese d Heraclius, n avait pas ose faire publier du vivant d Honorius ce document favo-
rable au monothelisme, ce qui ne prouve pas qu Honorius fat favorable a cette heresie ; il n avait pas davantage public les lettres d Honorius, dont il aurait du pourtant se prevaloir, si elles etaient entrees dans ses vues autant qu il le desirait. Le patriarche heretique mourut ; Pyrrhus, son successeur, ne valait pas mieux, mais Favenement de Constantin , fils aine d Heraclius, a Tempire, pouvait faire esperer que le pouvoir redeviendrait favorable a 1 orthodoxie; aussitot le pape Jean IV ecrit a Fempereur :
Le patriarche Sergius rapporta a Honorius, pontife de sainte memoire de la ville de Rome, que quelques-uns admettaient en Jesus-Christ deux volontes contraires. A quoi ledit pape repondit que notre Sauveur, de meme qu il estune seule personne, de meme il a ete concu et il est ne d une maniere qui surpasse rhnmanite : tou L
ensemble Dieu parfait et homme parfait, afin que, ne sans peche, il renouvelat la noble origine de la premiere image que le premier homme a perdue par sa prevarication. Le second Adam, ne sans peche, a pris du premier, suivant la creation primitive, la volonte une et naturelle de son humanite, mais non les deux volontes contraires que Ton sait que nous avons, nous qui sommes engendres du peche d Adam, en sorte qu en nous la chair convoite contre 1 esprit et 1 esprit contre la chair, tandis qu en lui la volonte de sa chair n a jamais resiste a la volonte de son esprit. Nous disons done et nous confessons en Jesus- Christ une seulc volonte de son humanile sainte, et non les deux volontes con traires de F esprit el de la chair \ comme le disent insensement quelques heretiques. G est done ainsi que notre predecesseur a re pond u a la question
du patriarche Sergius : Qu il n y a pas dans notre Sauveur deux volontes contraires, parce qu ii n a rien pris de vicieux de la prevarication du premier homme. Et si quelqu un, peu instruit, voulait lui faire un reproche de n avoir parle que de la nature humaine, et non pas aussi de la nature divine, il doit savoir qu on a fait la reponse selon la demande... Mon predecesseur a done enseigne, au sujet de Flncarnation, qu il n y a point en Jesus- Christ deux volontes contraires, comme en nous autres pecheurs, ce que quelques-uns tournant en leur sens propre, 1 ont soupconne d avoir ensei gne une seule volonte de sa divinite et de son humanite : ce qtii est entierement contraire a la verite (i).
(i) Prsedictus ergodecessor meus docens de mysterioiucarnationisChristidicebat, non fuisse in eo, sicut in nobis peccatoribus, mentis et earnis contrarias voluntates. Quod quidam ad proprium
Voila un grave temoignage, vous en conviendrez, mon Pere : vous auriez du le faire connaitre. II n est pas le seul.
Deuxieme ternoin , le secretaire du pape Honorius. L abbe Jean Sympon, secretaire d Honorius , le meme qni avaitecrit les lettres citees plus haut, etaitaussi secretaire du pape Jean IV, et ce fut encore lui qui ecrivit la lettre de ce Pape que je viens de rapporter. On ne pent avoir un temoin plus autorise a parler dans la question. Vous venez de voir, mon Pere, dans quel sens, se- Ion lui, etaient ecrites les lettres d Ho norius. Direz-vous qu il etait interesse a cacher la verite ? Mais les lettres d Honorius etaient conservees dans les archives de 1 Eglise de Constantinople aussi bien que dans les archives de
sensum convertentes, divinitatis ejus et hiimanitatis imam cum voluntatem docuisse suspicati sunt : quod veritati onmimodis est contrarium.
(55 romaine : Jean IV et 1 abbe
c>
Jean auraient done commis une maladresse extreme en soutenant une faussete qui aurait ete mise a jour par la production des lettres conservees a Constantinople. Rien de pareil n est arrive.
Mais voici un troisieme temoin non suspect, qui rend lui-meme temoignage a 1 abbe Jean, et qui confirme les temoignages precedents. Vous savez, mon Pere, avec quel courage saint Maxime a combattu le monothelisme; ce n est pas lui qui aurait ex cuse Honorius s il 1 avait cm coupable d heresie, ni 1 abbe Jean, s il 1 avait soupconne de mensonge; ecoutons-le.
Troisieme temoin, saint Maxime.
Saint Maxime etait contemporain d Ho norius, il ecrivaitquelques annees seulement apres la mortdece Pape. Nous lisons dans sa lettre adressee au pretre
Je suis persuade que le Pape Honorius, en parlant dans sa lettre a Sergius d une volonte , n a pas me les deux volontes naturelles, mais qu au contraire il les a etablies, car il a exclu settlement la volonte charnelle et vicieuse. La raison qu il en donne le prouve, savoir : que la divinite a pris notre nature et non pas notre peche.
HoJioriumetiam RomanurnPapam non diffiteri reor naturaliter in Chris to volunlatum dualitatem^ in epistola quam scrip sit ad Sergium, eo quod unam dixerit voluntalem, sed potius confiteri , et hancfortassis etiatn stabilire, Nam . . .
subuifert : Unde et unam voluntatem fatemur Domini Christi, quia profecto a die inflate assumpta est natura nostra, non cut pa.
Et plus loin :
L abbe Anastase etant alle a Rome et s informant pourquoi et comment il se Irouvait dans la lettre a Sergiusl ex-
pression dune volonte, les principaux personnages le deploraient et 1 excusaient. Mais le saint abbe Jean, qui avait dicte lalettre en latin, assuraqu il n avait aucunement fait mention d une volonte numeriquement une , quoique la chose ait e te imaginee par ceux qui out rendula lettre en grec, et qu enfin on n avait aucunement pense a exclure la volonte nattirelle du Sauveur en tant qu homme, mais seulement la
volonte vicieuse qui est en nous
Qui asserens (Anastasius) quod mullum sermonem moverit ad sacralissimos nwgnaz ill ins Ecclesite viros, p ropier epistolam quse ab eo Honorio fuerat ad Sergium scripta ; percontans citjus rei gratia vel qaaliter in e.a insert a /her it ana voluntas, et invenil hsesitantes in hoc et rationein reddentes ; in super et rum qui per luinc jussionern ejus lati nix di clave rit dictionibus , donrinum videlicet abbalem Joannem sanctissi-
mum Symponuni, ajjirmanlem, quod nullo rnodo menlionem in ea per nurnerum fecerit unius ornnimodis voluntatis, licet hoc nunc sit fictum ab his qui hanc in graecam vocem interpretati sunt; verum nee quamlibet exirmnitionem vel aholitionem naturalis secunduni liunianilateni Sahatoris votuntatis, sed ejus, qnte noslra est, el reproba facta, perfectarn dejectionem et inieremptionetn. >
Vous avez hi et admire comme moi, mon Pere, cette celebre disputation de saint Maxirne avec Pyrrhus^ qui eutlieu en presence du gouverneur d Afrique, de plusieurs eveques et d un grand nombre de temoins, et dans iaquelle le saint abbe refuta si peremptoirement le monothelisnie et etablit si clairement la doctrine catholique desdeux volontes. Pyrrhus, pousse dans ses derniers
retranchements. se reiette sur Hono-
J nus :
Que pouvez-vous dire d Honorius, s ecrie-t-il, qui dans sa lettre a mon predecesseur Sergius a enseigne clairement ime volonte en Jesus-Christ?
Qui done, repliquesaintMaxime, est plus digne de foi quand il s agit d expliquer cette lettre, celui qui 1 a ecrite, qui vit encore et eclaire tout 1 Occident par sa doctrine et sa vertu, hoc etiam conspicuus quod pietatis dog" mati bus universum il lustra vit Occidentem, ou ceux de Constantinople qni parlent des cboses comme il leur plait ?
Celui , sans contredit, qui a ecrit la lettre.
Eh bien ! dit saint Maxime, le meme secretaire qui avait ecrit la lettre d Honorius a ecrit a 1 empereur Constantin au nom du pape Jean : Quand nous avons dit une volonte en Jesus- Christ, nous parl ions non de sa divinite et de son humanite tout a la fois.
maia de son humanite seulement ; car Sergius nous ayant ecrit que quelquesuns admettaient dans le Christ deux volontes contraires, nous avons repondu que Jesus-Christ n avait pascomme nous , depuis notre peche, deux vo lontes contraires, celle de la chair et celle de 1 esprit, maisune seule qui caracterisait son humanite (r).
Est-ce tout le temoignage de saint Maxime? Non. Dans une lettre ecrite vers 643 a Pierre 1 Illustre, parlant du zele qu ont montre les Pontifes romains contre le monothelisme , il
s ecrie
Que n a pas fait le divin Honorius, et apres lui le venerable vieillard Severin , puis son successeur le
(1) Voici le texte grec de cette derniere phrase :
cri 6 Xptaib; Suo OaXr aaT* cOv. sr/j , oapy.b; yr,^ . x.al KVCUpCTCf, w; rasl; fy-y*** \J- e -~y- TW iv u.o vcv, TO ^u<jty.wq gpaX n)ptov T/.V
venerable Jean ? Et le bienheureux pape (Theodore) aujourd hui vivant a-t-il rien omis pour le ramener? Quid autem et divinus Honor ius, etc.
Est - ce assez , mon Pere ? Saint Maxime temoigne en son nom, il rend temoignage a 1 abbe Jean, il parle devant une multitude de temoins qui pourraient le contredire, et il n est pas contredit!
Pourquoi n avoir rien dit de tout eel a dans votre Premiere ietlre a M^ Dechamps?
Cinquieme ternoin , le pape saint Martin l er . Vous savez que ce saint )ape, mort en exil pour la foi, s est issis dans la chaire de saint Pierre enriron douze ans apres la mort d ? Holorius , dont il est separe par les Dapes Severin , Jean IV et Theoiore l er . Or, saint Martin parle absoument comme saint Maxime. Ecrivant lux Eglises d Antioche et de Jerusalem,
efc nommant les chefs de 1 heresie monothelite, non-seulement il ne cite pas Honorius, mais il dit que les pontif es remains ont toujours ete attentifs a conserver le depot de la foi : Scire vos voioy Jrati es, de rebus praesentibus, id est de J uribus, qui temporibus nostris insurrexerunt contra orthodoxani fidetn, nempe Theodora , qui fait e pis co pus Pharan, et Cyro, qui Alexandrian, et Sergio, qui Constanlino polis , el ejus successoribus Pyrrho et Paulo, quod hi per propriam hseresim valde moliti sunt perfodere et t/iesauros sive dogmata Ecclesise catholicae ex pi tare. Nos vero, id est hujus Apostolicae, Sedis Poutijices ad cuslodiarn dornus pervigiles , juxta prseceptwn Domini non permisimus eos effodere vel sum per e Jidei thesaururn. Je veux que vous sachiez, mes Freres, que les voleurs qui se sont eleves de nos jours contre la foi orthodoxe ,
savoir Theodore de Pharan 5 Cyrus d Alexandrie, Sergius de Constantinople ,et ses deux successeurs Pyrrhus et Paul, se sont efforces, par leur heresie, de piller les tresors, c est-a-dire les dogmes de FEglise. Pour nous, Pontifes de ce Siege apostolique, veillant a la garde de la maisqn selon 1 ordre du Seigneur, nous n avons pas permis qu ils enlevassent le tresor de la foi.
Pas un mot d Honorius, et 1 affirmation solennelle que les pontifes romains ont toujours veille a la garde de la foi ! Et c est saint Martin l er qui ecrit cela quelques annees apres la mort d Honorius , a des eveques d Orient qui n auraient pas manque de parler de la chute d Honorius !
Reconnaissez , mon Pere , que le temoignage de saint Martin a aussi sa force. Veuillez m ecouter encore :
En 649, un Concile s assemble au palais de Latran, sous la presidence
du pape ; il s y trouve cent cinq eveques et saint Martin ouvre les con ferences en clisant : Apostolicap memorias nostri Decessores noti desislerunt predict is viris (rnonothelitis] dwersis ternporibus consultissime scribentes, et tarn rogantes quam regulariter increpantes, necnon per Apocrisiarios suos...pro lioc rnaxiine destinatos, quatenus proprium emendarent novi tails commenturn. Nos predecessenrs cl apostolique memoire n ont pas cesse d ecrire a ces hommes (les monothelites), en divers temps et avec beaucoup de sagesse, tantot les priant , tantot les reprimandant selon la regie ,. et les exhortant vivement par leurs legats , specialement charges de cette mission , a revenir de leur invention de nouveaute.
N etes-vous pas heureux, mon Pere ?
de tons ces temoignages que je m e-
tonne de ne pas voir dans votre let/ re, et dont vous n avez pas Fair d avoir meme soupconne Fexistence ? Je n ai pourtant pas le merite de Tinvention ; ils se trouvent partout, il n est pas un auteur qui se soil occupe serieusement du monothelisme et de la question d Honorius, qui ne les rapporte ; vous avez ete bien mal servi par vos secre taires, s ils ne vous les ont pas mis sous les yeux.
Mais j arrive enfin a des temoins que vous avez cites ; pourquoi n avez-vous pas donne toutes leurs depositions?
Sixieme temoin, le pape saint Agathon. Le monothelisme continue ses ravages en Orient ; Fempereur Constantin Pogonat, cl accord avec le pape, songe a y apporter le plus grand remede que 1 Eglise puisse employer ; un Concile oecumenique est convoque a Constantinople en 680.
Or, dans 1 Action IV du Concile, on
lit uner lettre du pape saint Agathon a 1 empereur Pogonat, et dans cette lettre , saint Agathon declare , sans qu aucune reclamation s eleve , que FEglise romaine n est jamais tombee dans aucune erreur , Apostolicam Romanam Ecclesiarn tiunquam a via veritatis in qualibet erroris parte deflexisse. Saint Agathon insiste, et il dit encore , en parlant de PEglise romaine : Cujus aucloritatem , utpote apostolorum omnium Principis , semper omnis catholica Chris ti Ecclesia, et universities synodi ampiectentes in cunctis secnti sunt. Son autorite (celle de I Eglise romaine), comme etant celle du Prince de tous les apotres , a toujours ete acceptee et suivie par toute FEglise catholique du Christ et par tous les Conciles generaux.
Quel temoignage, mon Pere! et le VI e Concile, ce Concile sur lequel vous
vous appuyez pour renverser 1 infaillibilite du Siege apostolique, le VleConcile ne fait entendre aucune protesta tion !
Saint Agathon poursuit :
Voila la regie de foi qu a tenue et defendue cette mere spirituelle de votre empire, 1 Eglise apostolique du Christ, qui, par la grace de Dieu tout-puis sant, sera reconnue comme ne s etant jamais ecartee du sender de la tradition apostolique, et qui n a jamais ete alteree par les nouveautes heretiques, qui n y a jamais succombe, mais qui, des le commencement de la foi chretienne recue de ses auteurs les princes des apotres, demeure toujours pure, selon cette divine promesse du Sauveur : Pierre, Pierre , j ai prie pour que ta foi ne de, faille pas... ^ con fir me tesfreres. Que votre clemence imperiale considere done que c est le Sauveur qui a promis a Pierre que sa foi
ne failliraitpas etquil a chargedeconfirmer ses freres. Or il est connu de tousque les Pontifes apostoliques, predecesseurs demon humilite, Font toujours fait avec courage. Quod apostolicos Pontifices, mem exiguitatis prsedecessorcs, confidenter fecisse semper,
cunctis est cogmtum.
Et aucune protestation ne s eleve dans le Concile! Et il n ? y a que quarante ans qu Honorius est mort! Et, tout a rheure, on va lire les lettres d Honorius, on va les condamner !
Avouez, mon Pere, que } pour juger le proces d Honorius, il etait impor tant de connaitre ces temoigna^es.
Pourquoi done n en parlez-vous pas? Pourquoi, vous qui accusezl ecole romaine de tant de falsifications, de fourberies, de mensonges, ne faitesvous entendre que les temoins a charge ?
Ne suis-je pas en droit de vous dire
quo vous avezfait F office d accusateur public, non celui de juge? Etait-ce la 1 office qui convenait a votre caractere ?
Je vous laisse le soin de repondre.
LES TK1IOINS A CHARGE.
Jo crois, mon Reverend Pere, qu il vous est impossible de recuser les temoins que je viens d invoquer pour la defense d Honorius : leurs depositions se trouvent dans les memes collections que celles qui sont citees par vous, dans Labbe, dans Mansi, etc. ; Fecole gallicane, d ailleurs, ne les recuse pas ; ou elle les passe sous silence, ou elle rejette leur autorite, mais elle ne conteste pas qu ils soient authentiques, elle ne conteste pas la veracite des temoins.
Lesvotresse presentent-ils dans une
situation aussi favorable? De graves autorites en doutent : elles parlent d actes falsifies, de noms propres mis a la place d autres noms, et il n est vraiment pas etonnant qu elles emettent ces doutes, puisque c est dans le VP Concile meme qu il a ete question de falsifications a propos d actes du V e Concile.
Mais , mon Pere , tout en reservant mon opinion particuliere a cet egard , tout en pensant qu on peut soutenir la falsification de quelques passages des actes du VI s Con cile, peut-etre celle de quelques pas sages des lettres d Honorius, celle aussi de plusieurs des lettres pontificales emises apres le Concile, j abandonne cette question, et je dis :
J admets comme authentiques les lettres d Honorius telles qu elles sont venues jusqu a nous;
J admets les actes du VI 6 Concile tels
que nous les avons et telsque vous les citez ;
J admets les anathemes du Concile et des Papes centre Honorius ;
J admets les memes anathemes repetes par les Peres du VIP et du VHP Concile ;
J admets le texte de la profession de foi du Liber diurnus;
J admets le breviaire de 1020, 011 vous avez lu la condamnation d Honorius ;
En un mot, mon Reverend Pere, je ne recuse aucun de vos temoins ;
Mais, comparant et etudiant leurs temoignages, je me permets de ne pas tirer la meme conclusion que vous, et je vais vous dire pourquoi.
Voici la deposition du VP Concile, d apres vous, mon Pere, car je n ai plus besoin de puiser a d autres sources qu a votre Premiere letlre et je prends votre tradaction ;
A Honorius heretique, anatheme !
Honorio hxretico anathema!..: Nous avons, en outre, rejete de la sainte Edise, et nous avons anathematise
Honorius, qui fut pape de la vieille Rome, parce que nous avons reconnu dans ses lettres a Sergius qu il a suivi en toute chose la meme doctrine et qu il confirme tousses dogmes impies.
Cum his vero simulprojicia sancta Dei catholica Ecclesia, simulqae anathematizari prsevidimus, et Honoriiim, qui fue rat papa antiques Romde,eo quod invenimus per script a, quse ab eo facta sunt ad Sergiu/n, quia in omnibus ejus mentern secutus est et irnpia dogmata
confirmavit Nous nous sommes fait
lire la lettre d Honorius a Sergius, et nous r avons trouvee absolument contraire aux dogmes apostoliques, aux definitions des Conciles, a la doctrine des Peres faisant autorite, mais, an contraire, conforme aux fausses doc-
trines desheretiques. INous les rejetons sous toiis les rapports, et nous lesexe-
crons comme funestes aux ames
Et ces ecrits profanes, pernicieux pour les ames, afin de les abolir entierement, nous les avons fait bruler sous nos yeux. Similiter autem (retracfantes) et epistolam ab illo, id est Honorio, rescriptam ad eumdemSergiunijhasque invenientes omnino alien as exislere ab apos toll cis dogmatibus, et a definitionibns sanctorum conciliorum, et cunctorum probabilium Patnim, sequi vero falsas doctrinas hsereliconim, eas omnimodo abjicimus, et tanquam animse noxias exsecramur. ... Et prsevidimus prof ana et animse perniciosa cont/ nuo ob perfectum exterminium igne concremari.
Je ne supprime rien, vous le voyez, mon Pere : je cherche la verite, je n ecarte pas les lumieres qui blesseraient mes yeux.
Vous citez en suite le VII e et le VHP Concile oecumenique ; ces deux Conciles professent les deux volontes et les deux operations et anathematisent Honorius, a 1 exemple du VP Con cile : quemadmodum ConslantinopoU sexla Sy nodus exclamavit.
Le VIP Concile dit, en particulier :
Nous anathematisons la folie d Arius, celle de Macedonius... et 1 unite de volonte en Jesus-Christ de Sergius, d Honorius, de Cyrus, de Pyrrhus et de tous ceux qui pensent comme eux ; anathematizantes Arii vesaniam, Macedonii rabiem... Sergii, Honorii, et Cyri, et PyrrJii, et asseclatorum eorum unius^ immo nequam moris, -voluntatern.
Le VHP Concile dit a son tour :
Nous recevons le VP Concile oecu menique, qui proclame deux volontes, deux operations en Jesus-Christ ; et, comme lui, nous anathematisons Theo-
dore n et Sergius, et Pyrrhus, et Paul, et Pierre, patriarches impies de Cons tantinople, et avec eux Honorius de Rome, Cyrus d Alexandrie et Macaire d Antioche , sectateurs des doctrines impies de ces heresiarques Apollinaire et Eutyches. Sanctam et universalem synodum suscipientes, quse in unius Christi duabus naturis consequenter etiarn duas operationes ac tot idem voluntates sapienter asseruit. Anathematizarnus autem T/ieodorum^ cjui fait episcopus Pharan, et Sergium, el Pyrrlium, et Paulutn, et Petrurn, irnpios prsesules Constautinopolitanoram ECclesise, atque cum, els Honor iam Roniae, una cum Cyro Alexandria, necnon et Macarium Anliochide... qui malte ooinionis Apollinarii^ et Eutychetis, irnpiorum ha&resiarcharum dogmata sectantes.
Done, mon Pere, vous avez trois Conciles oecumeniques centre Hono-
rius ; certes, c est beaucoup ; mais me permettrez-vous de vous faire remarquer que le VIP et le VHP Conciles ne font que repeter le sixieme ? C est toujours le temoignage unique du sixieme Concile. 11 n en est pas moins grave, je le reconnais, nous y reviendrons.
Apres les Conciles, vous citez les Papes, mon Reverend Pere.
Adrien II declare que le pape Honorius a ete mis en jugement pour heresie, quia super hseresi fuerat accusatus.
Cela ne dit rien sur ce que pense Adrien II : passons.
Saint Leon II, qui a recu les actes du Vl e Concile, est un temoin plus con siderable dans la cause. Or saint Leon II ecrital empereur Constantin Pogonat :
Nous anathematisons encore ces inventeurs d un nouveau dogme,, Theo dore de Pharan. Cyrus d Alexandrie,
Sergius, Pyrrhus, Paulus, Petrus, intrus plutot qu eveques de 1 Egiise de
Constantinople, et aussiHonorius, qui, loin de purifier cette Eglise apostolique, s est efforce, par une trahison sacrilege, de renverser la foi immaculee. Pariter anathematizamus novi error is invcntores, id est, Theodorum, Pharanitanum episcopum , Cyriirn Alexandrinum , Sergium. , Pyrrlmm , Paulum, Pet rum , Constantinopolitanse Ecclesise subsessores magis quam pre sides, necnon Honorium, quihancapostolicam Ecdcsiam non apostolicas iraditionis doctrinci luslravil, sed prof ana proditione immaculatam fidem subvertere conatus est.
Ici, mon Reverend Pere, vous ajoutez une remarque qui fait honneur a votre bonne foi : Je me hate d aj ou ter, dites-vous, que ce texte latin parait ici traduit du grec, lequel differe du latin par un mot ; au lieu du mot conatus est, le grec dit 7rape^(6pvi<js, qui veut dire a permis, a donne lieu.
Excellente remarque, mon Pere, qui avait deja ete faite, et j ajoute que la lettre de saint Leon II , que vous avez parfaitement eu raison de citer, doit commencer a faire entrevoir comment il est possible d arriver a la solution du probleme.
Remarquons done en passant que, si le Concile a dit anatheme a \heretique Honorius, le Pape ne dit anathe me qu au negligent ; la conduite est reprouvee, non la foi, et n oublions pas que c est au Pape qu il appartient de con firmer les actes des Conciles.
Il est si vrai que la negligence a ete la faute d Honorius dans la question du monothelisme, que saint Leon le dit en propres termes dans une autre lettre aux eveques d Espagne : Honorius qui,manquant au devoir de son autorite apostolique , au lieu d eteindre la flamme de 1 heresie, la fomenta en la negligeant, cum Honorio, qui flammam
haeretici dogmatis non, ut decuit apostolicam aucloritaterii, incipientem ex stinxit; sed negllgendo confovit.
Quoique vous trouviez la negli gence bien forte, mon Pere, il n est pas possible de voir autre chose dans ce que dit saint Leon II. Et c est tellement la pensee de ce Pape, qu ii ecrit encore dans le meme sens au roi Erwige : Ont ete rejetes de 1 unite catbolique, et avec eux Honorius de Rome, qui consentit a laisser maculer la foi immaculee qui lui avait ete tran smise par ses predecesseurs ; una cum els Honorius Romanics , qui inunaculatam apostollcas traditionis regulam quarn a prsedecessoribus suis suscepil, rnaculari consentit.
Ainsi, ou le VF Concile dit heretique, saint Leon II dit negligent, tresnegligent, si negligent et si coupable, qu il a merite une condamnation eternelle ; mais le Pape ne dit pas hereti-
que, il ne dit pas qu Honorius ait enseigne 1 heresie : quoi qu on pense, c cst un devoir de le remarquer.
Le Liber diurnus, ou Ton trouve cette profession de foi faite avec serment par les Papes le jour de leur election , sera-t-il plus accablant ? Je copie dans votre brochure, mon Pere :
Nous professons, auraient jure les Papes des huitieme et neuvieme siecles (non des sixieme et septieme, comme vous Tavez dit, page 3 1 ) , nous professons la doctrine des Peres du VFConcile cecumenique... qui enchainerent sous les liens d un perpetuel anatheme... les auteurs de ce nouveau dogme heretique, Sergius, Pyrrhus, Paulus et Petrus de Constantinople, en meme temps qu Honorius qui fomenta leur detestable enseignement.
Etiam sanctum sextum Concilium universale prasdicamus... qui auctores novi hssretici dogmatis Sergium^ Pyrrhurn,
Paul urn el Pet runt, Constantinopolitanos, una cum Honorio qui pravis eorum assertionibus fomentum impendit, . .
nexu pcrpetid anathe mails devinxerunl.
Le temoignage du Liber diurnus s appuie sur celui du Vl e Concile, qui reste toujours le seul veritable temoin a charge ; et, mon Pere, .vous devez convenir qu Honorius n est pas place sur le meme rang que les heretiques monothelites ; les Papes le reconnaissent comme coupable, non comme heretique (i).
Enfin, vous apportez en temoignage un breviaire romain de 1620, ou vous lisez, a la fete de saint Leon, le 26 juin, cette con damnation d Honorius :
(l) Je sais qu il y a des doutes sur Tauthenticite de plusieurs passages du Liber diurnus, exhume par le P. Gamier en 1680, et sur leserment dontil est ici question; mais je veux accepter comme authentiques les documents cites par M. 1 abbe Gratry.
En ce synode furent condamnes Sergius, Cyrus, Honorius , Pyrrhus, Paulus, Petrus et Macarius, et son dis ciple Etienne, et Polichronius et Si mon , lesquels avaient dit et professe une seule operation et volonte en Notre-Seigneur Jesus-Christ. In qua synodo condemnati sunt Sergius, Cy rus, Honorius, Pyrrhus, Paulus et Pe trus necnon et Macarius, cum discipulo suo Stephana, sed et Polichronius et Simon, qui unam voluntatem et operationern in Domino Jesu Christo dixerunt vel prsedicaverunt.
Voila le texte le plus fort, apres celui du VI e Concile, et vous en triomphez, mon Pere, en faisant remarquer que les falsificateurs romains 1 ont fait disparaitre du breviaire. Vous savez que les legendes du breviaire romain, quoique fort respectables et jouissant d une grande autorite comme temoignages de la tradition, ne sont pas
cepeqdant inattaquables en tout : 1 ecole que vous defendez aujourd hui ne s est pas fait faute de les attaquer, et de provoquer des corrections tout a fait necessaires, suivant elle ; est-ce a vous , mon Pere , de vous plaindre qu on ait fait disparaitre de Tune de ces legendes uneerreur evidente, apres Fetude des lettres d Honorius, apres les lettres de saint Leon II, ou, au moins, une erreur douteuse, puisqu il est certainement tres-douteux qu Honorius ait enseigne qu il n y a en Jesus-Christ qu une volonte ? II ne faut pas s echaulfer ainsi, mon Pere, et voir des falsifi cations dans tout ce qui contrarie votre these ; une correction n est pas une falsification.
Mais il est temps de conclure.
SOLUTION DU PROBLEMS.
La cause est enleridue ; nous avons toutes les pieces du proces sous les yeux , quel jugement pouvons-nous rend re ?
Les temoins entierement favorables a Honorius sont :
Les lettres memes d Honorius,
Le pape Jean IV ,
L abbe Jean Sympon, secretaire de Jean IV et d Honorius ,
L abbe saint Maxim e ,
Le pape saint Martin,
Le pape saint Agathon et le VI e Concile lui-meme.
Sont tout a fait defavorables a Honorius ou paraissent 1 etre :
Le Vl e Concile, suivi sur ce point par le VIP et le V11I,
Un breviaire romain du seizieme siecle.
Justifient et accusent en partie Honorius :
Le pape saint Leon II,
Le Liber diurnus.
Tout ce qui est en dehors de ces temoignages ou ne prouve rien , ou n en est qu une consequence ; je ne crains pas, mon Pere, que vous puissiez me reprocher d avoir omis un temoignage defavorable ; vous savez , helas! que vous n avez pas procede avec la meme impartialite.
Ehbien, qiie resulte-t-ildetoutcela?
En lisant attentivement les lettres d Honorius, on ne peut y decouvrir Theresie monothelite, et, jusqu auConcile de 680, aucune voix ne s eleve
pour accuser Honorius de monothelisme. Apres le Concile , aucun Pape n accole cette epithete au nom d Ho norius; mais trois Conciles cecumemques disent anatheme a 1 heretique Honorius.
Tout cela repose sur des documents dont ni vous, mon Pere, ni moi ne contestons en ce moment 1 authenticite.
Comment les coneilier ?
Je suis bien oblige de vous dire ici, mon Pere, que vous avez eu tort de plaisanter sur la signification du mot heretique au temps d Honorius. II est certain qu a cette epoque, et depuis encore, il s est applique rion-seulement aux heretiques, mais encore aux fauteurs d heresie, a ceux qui laissaient 1 heresie grandir librement et qui ne s opposaient pas a ses progres.
S il en est ainsi, la solution de la premiere difficulte n est-elle pas trouvee ?
Honorius n a pas montre assez de zele centre le monothelisme, il a tem porise, il ne s est pas prononce avec assez de vigueur , il a ainsi fomente 1 heresie , et les Conciles lui disent anatheme, et les Papes disent anatheme avec les Conciles, parceque la conduite d Honorius a ete coupable et cause d un tres-grand mal.
Voyez, mon Pere :
Nous sommes en presence de deux temoignages egalement vrais, mais qui paraissent se contredire ; or ? pour les concilier, il suffit de donner a un mot un des sens qu il a, qu il avait certainement a Tepoque dont il s agit :
est-ce que la solution n est pas parfaitement legitime?
Cette solution me parait etre la bonne ; mais vous pourrez insister et dire : Pour tan t le Concile oecumenique a dit heretique et 1 ensemble des
textes montre que le Concile a regarde Honorius comme monothelite.
Je reponds :
Le Concile, qui est infaillible lorsqu il est avec le Pape, dont les deci sions sont irreformables lorsqu elles sont confirmees par le Pape, a-t-il vu le Pape confirmer la qualification d heretique appliquee a Honorius ? Non ; j ai rapporte les textes d apres vous, mon Pere, et il en resulte formellement que les Papes out condamne la conduite, non la foi d Honorius.
Done, sans manquer de soumission a 1 autorite d un Goncile cecumenique, 011 peut soutenir qu Honorius n a pas ete heretique, puisque sur ce point le Concile n a pas ete confirme par le Pape.
11 est done certain qu on peut reconnaitre 1 autorite des Conciles cecumeniques, telle qu on est oblige de la reconnaitre quand on est catholique,
et soutenir 1 orthodoxie tin pape Honorius.
Mais, mon Reverend Pere, je veux encore vous faire une concession. J accorde done que le pape Honorius a ete heretique au sens on on I entend aujpurd hui, qu il a ete monothelite, et je vous dis :
Mon Pere, votre these n est pas etablie,
L infaillibilite pontificale n est en rien ebranlee,
Car
11 vous reste a prouver que le pape Honorius a enseigne solennellement (ex cathedra^ 1 heresie monothelite,
Et cela, je vous le declare avec toute 1 energie que donnela plus intime con viction,
Cela, vous ne pourrez jamais le prouver.
II faut etre de bonne foi ici et ne pas parler en Fair.
Qu est-ce que 1 ecole romaine, qu est-ce que presque tons les catholiques, selon votre propre aveu, entendent par 1 infaillibilite pontificate?
Votre brochure a pour but d empecher une definition sur ce point. II me suffit, par consequent, de prendre la formule, la definition indiquee par les cinq cents Peres du Vatican qui demandent que Finfaillibilite pontificale soit definie comme dogme cle foi catholique. Voici cette formule :
. Que le saint Goncile du Vatican veuille bien affirmer en termes formels et qui excluent toute possibilite de douter, que 1 autorite du Pontife romain est souveraine, et par consequent exempte d erreur, lorsqu il prononce sur lesmatieres de la foi et des mceurs, et qu il enseigne ce qui doit etre cru et tenu, ce qui doit etre rejete et condamne par tons les fideles du Christ; supremam, ideoque ab errore immu-
nem esse Romani Pontificis auctoritatern } quurn in rebus fidei et moruni ea statuit ac praecipit, quse ab omnibus christifidelibus credenda, et tenenda, quse^e rejicienda et damnanda sint.
Voila Finfaillibilite pontificale.
Eh bien! mon Pere, franchement, le pape Honorius a-t-il dit qu il fallait n admettre qu une seule volonte en Jesus-Christ, lui qui repete continuellement qu il est bon de s abstenir de dire une ou deux volontes , une ou deux operations, et qui affirme d ailleurs que la nature divine et la nature humaine operent chacune les actes qui leur sont propres ?
Et, quoique vous insistiez sur 1 expression lettre dogmatique, employee par le VP Concile pour designer la lettre d Honorius, pouvez-vous soutenir que ce Pape ait voulu deflnir une verite de foi, lorsqu il repete en deux
endroits differents qu il ne vent pas definir?
Enfin peut-on regarder comme imposant un dogme a tous les fideles une lettre qui est ecrite a un patriarche, et d une facon si peu solennelle, que cette lettre reste inconnue pendant plusieurs annees ?
Non , mille fois non , et ce n est pas 1 ecole romaine seule qui le soutient, mon Pere; je veux vous citer ici une autorite que vous ne recuserez pas ; c est celle d un de nos plus sa vants eveques, de M gr de Ginouilhac ?
eveque de Grenoble, qui n est certainement pas desagreable a L ecole gallicane.
M gr de Ginouilhac avait donne pour sujet d etude aux conferences ecclesiastiques de son diocese, en 1867, entre autres questions, celle-ci :
Le Concile VF general a-t-il condamn e le pape Honorius comme litre-
tiquc? Quoiqu il lui ait donne ce nom, rTa-t-il pas distingue sa cause de celle de Sergius et de Pyrrhus ? Le nom ftheretique avait-il dans Fantiquite ecclesiastique un sens determine ? Ne pourrait-on pas soutenir, sans porter atteinte a 1 autorite de 1 Eglise en matiere de faits dogmatiques, que le VP Concile s est mepris sur les vrais senti ments d Honorius?
Apres avoir resume les travaux des conferences et ecarte la question des interpolations, M gr 1 eveque de Greno ble a ainsi expose son opinion au mois de juillet i 868 :
Ni la foi catholique, ni la doctri ne de VlnfaillibiUte du Pape definissant ex cathedra ? ni meme la foi per*
sonnelle d Honorius. ne reclament im-
perieusement cette sorte de moyen de defense (la these des interpolations).
i La foi catholique : parce que les lettres d Honorius n ont pas ete
adressees comme regie de foi a toute 1 Eglise, et qu elles ont ete inconnues non-seulement en Occident, mais meme en Orient, par la plupart des Eveques, avant le Concile de Constanti nople.
2 La doctrine de Finfaillibilite du Pape definissant ex cathedra : parce que ces lettres ne sont point des lettres dogmatigues, et qu Honorius y declara for mel lenient ne vouloir rien definir sur la question soulevee.
3 La foi personnelle d Honorius :
parce que, quoi qu il en soit du sens propre et natarel et surtout du sens relatifdeses lettres, ce Pape pouvait fortbien, a cause des habiletes de ses adversaires, on s etre mepris sur leurs sentiments, ou n avoir pas assez mesure la valeur des termes qu il employait.
La question se reduit done a savoir si Honorius a ete fauteur negatij
on fauteur positif du monothelisme.
Les expressions employees par le Pape Leon II et celles qu on lit dans le Liber diurnus Romanorum Pontificum, semblent indiquer plutot qu Honorius a ete le fauteur du monothelisme par inadvertance ou par negligence. Celles du Concile indiquent au contraire qu il a favorise positivement Fheresie :
quia in omnibus menlern ejus (Sergii) secutus est, et impia dogmata confirrnavit. Mais peut-etre que ce n est la qu une divergence apparente , qui tient a ce que les Papes entendaient le sens des lettres d Honorius en les modifiant par son sentiment personnel connu, tandis que le Concile considerait principalemeut les lettres en ellesmemes et dans leur rapport avec celles de Sergius.
Vous en faut-il davantage , mon Reverend Pere ?
Je ne le pense pas, et je crois qu a-
pres avoir examine de nouveau et froi dement la question, vous reconnaitrez avec chagrin que vous avez eu tort de qualifier si rudement, disons le mot, si outrageusement des adversaires qui ne croyaient pas Tetre, qui vous aimaient, qui admiraient votre talent, qui se plaisaient a vous suivre, meme dans les ecarts de votre brillante ima gination,, et a qui vous aviez contribue par vos livres de philosophic, par vos livres de piete, a inspirer un grand et tendre amour pour le Saint- Siege et pour le Souverain-Pontife.
Sans doute vous vous etes laisse trop vite emporter par votre passion pour la verite, et vous avez trop facilement ecoute les voix qui ne vous presentaient qu une face de la question. Vous avez ete trompe, mon Pere, et vous vous etes trompe ; mais vous aimez trop la verite pour rester longtemps dans 1 erreur ; nous vous verrons bientot re-
venir a nous, et, au lieu de gater votre plume dans des discussions passionnees et peu chretiennes, vous 1 emploierez de nouveau a revetir la verite catholique, qui est aussi la verite philosophique, la verite morale, la verite scientifique, du splendide vetement de votre style image, brillant, poetique et charmant.
Je ne veux pas m arreter aux ques tions incidentes que vous avez soulevees, aux fausses decretales, a Gali lee, etc. ; avec deux mots, Ton peut jeter en pature bien des erreurs a 1 avidite malsaine d un public qui aime le mensonge ; ces questions out ete traitees, elles le seront encore si les polemiques suscitees par le Concile le rendent necessaire. Je n aivoulu prendre que votre these principale, etjecrois avoir prouve contre vous, mon Reve rend Pere, que Thistoire du Vl e Goncile, telle que la font ceux qui croient a Tinfaillibilite pontificate,, ne s appuie
pas sur une aadacieu.se fourberie, sur
one insolente suppression des fails les plus considerables.
Permettez-moi une derniere remarque.
Si Ton ne lisait que votre Premiere lettre, on croirait qu Honorius a failli ex cathedra, qu un Concile en a juge ainsi, puis deux Conciles apres lui, puis une longue serie de Papes, enfin tous ceux qui lisaient le breviaire romain jusqu au seizieme siecle, c est-adire les plus grands eveques, les plus grands saints, les plus savants theologiens. Cela etant, comment comprendre que tout le moyen age ait accepte, an moins en pratique, 1 infaillibilite pontifical e ? Comment saint Thomas d Aquin a-t-il pu etre trompe au point de soutenir cette infaillibilite?
Comment, enfin, s expliquer que la question meme de rinfaillibilite pontiiicale ait pu etre posee ?
HO
Ah ! mon Pere , vous allcz bien loin* quand vous representez presque toute 1 Eglise dupe d un systeme suivi de falsifications ayant toutes pour but d arrivera etablir le dogme de 1 infaillibilite ; quand vous faites entendre que les esprits les plus eclaires et les homines les plus saints ont pu etre trompes pendant des siecles par ces fourberies et ces impostures. Eh !
grand Dieu! vous qui rejetez 1 infaillibilite pontificale, est-ce que vous ne croyez plus meme a celle de 1 Eglise?
C est la que vous allez, mon Pere.
Vous qui etes eclaire, vous saurez vous arreter en chemin, sans doute ; mais savez-vous ou vous conduisez ces jeunes gens, ces hommes du monde, ces femmes qui vous lisent avec avidite? Savez-vous que vous faites douter de 1 Eglise, douter du Concile, et que vous jetez dans les ames un trou ble qu il sera difficile de calmer ?
Nous qui croyons a 1 Eglise du fond de nos entrailles, qui croyons a 1 infaillibilite du Concile uni au Pape, et qui avons etudie ces questions cent fois resolues que vous remuez d une main si imprudente, nous avons ete troubles aussi ; et c est pourquoi nous avons tourne nos regards vers Rome avec plus de sollicitude que jamais, et a la vue de ce qui se passe, a la vue de ce qui se prepare, nous disons :
O Pie IX, 6 Pere commun de tous les chretiens, Pasteur des Pasteurs, et vous, nos Peres dans la foi, Peres et Pasteurs de nos ames, brebis vis-a-vis de Pierre, Maitres et Docteurs vis-a-vis de nous, voyez Je trouble de nos ameSc voyez les nuages dont on cherche a obscurcir la verite. Nous avons besoin de la verite, et, en entendant toutes ces voix discordantes, nous nous surprenons a ne plus savoir ou elle est. Au milieu du deluge d erreurs et de pre-
juges ou nous sommes plonges, il nous faut un phare toujours allume. Tous veulent la liberte, et Ton sent que les deux elements de la liberte, 1 autorite etlaverite, manquentala fois. O Peres du concile, 6 Vicaire de Jesus-Christ, ayez pitie de 1 etat des ames, et hatez, s il est possible, la solennelle procla mation d une verite qui mettrait fin a nos divisions, qui illuminerait nos in telligences, qui raffermirait 1 autorite, qui rendrait possible la liberte, et qui assure rait a 1 Eglise, notre Mere, une nouvelle ere de victoires et de triomphes, victoires et triomphes qui seraient ceux de 1 humanite tout en~ tiere.
Paris, 1870, en la f6:c de la Purification de la sainte Vierge
I aris. Iinpr. Acl. i.tiiue, riie des Saints^Pi-rcs, 19.
vs.
>