‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 107 sur 141 · POUR NE PAS FAIRE SA PRISON · texte numérisé non relu

POUR NE PAS FAIRE SA PRISON

Sans prévoir les expédients qui permettront peutêtre de soustraire l'aubergiste de Sousceyrac diffamateur du clergé français à la condamnation définitive, nous avions dit ici que M. Hue, directeur de la Dépêche, dont l'aubergiste n'aura été, en somme, que l'écho affaibli , voudra, pour l'honneur de la presse, payer l'amende et se constituer prisonnier à la place du condamné qui n'est que sa victime. La Dépêche nous a sommés de citer un texte qui établit sa part de faute. Nous l'avons cité sans retard en nous félicitant de tranchersi rapidement la question de fait, puisque M. Hue et ses collaborateurs paraissaient être d'accord avec noiis sur le principe. Nous nous préparions à fêter la noble et ferme démarche d'un confrère qui saurait prendre hautement toute

la responsabilité de ses actes écrits. Nous promettions un buste digne de lui à ce Régulus toulousain : mais aux lieu et place de l'heureuse nouvelle, voici que la Dépêche se jette sur l'histoire d'une fausse accusation contre le lycée des filles de Rouen, accusation partie d'un journal de gauche, enregistrée à droite, mais échopée, rétractée, désavouée avec une loyauté aussi excellente que la vigueur avec laquelle la censure l'a réprimée : bien entendu, la Dépêche ne dit pas un mot ni de la répression, ni de la rétractation. Elle se garde aussi de reparler de l'aubergiste de Sousceyrac, et des projets de ^l. Hue, mais elle écrit :

Nous demandons que M. Charles Maurras, au nom de la loi de réversibilité, aille en prison pour le calomniateur inconnu.

La Dépêchea tort déparier de réversibilité. JNI.Huc se doit à lui-même d'aller en prison parce que ses actes écrits ont une responsabilité personnelle et directe dans l'acte parlé de l'aubergiste de Souscevrac. Je ne me dois pas d'aller en prison : ni de loin ni de près, je n'ai accusé le corps du personnel universitaire de Rouen ni d'ailleurs d'organiser des souscriptions en faveur des prisonniers allemands.

La Dépèche de Toulouse a fait cette diversion hâtive parce qu'elle n'a rien, même de frivole, à répliquer à nos réponses de l'autre jour. Mais nous la ramenons à la question, parce qu'il n'y en a qu'une et qu'elle importe à la dignité de la presse et à la salubrité de l'air français : — Si ces influences administratives que l'on a signalées n'arrêtent pas

en roule le dossier de l'aubergiste de Sousceyrac, si libre cours est donné à la justice, si les curés et les capitalistes sont défendus comme on a raison de défendre les professeurs, si l'aubergiste est iuA'ité à payer la prison et l'amende, M. Hue accomplirat-il cette double peine à sa place? Le directeur de la Dépêche de Toulouse s'acquittera-t-il des trois ans de prison et des 1000 francs d'amende qu'il a fait pleuvoir sur le dos de l'aubergiste de Sousceyrac?

8 avril 1916.

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