‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 117 sur 141 · LA LIMITE DU MAL · texte numérisé non relu

LA LIMITE DU MAL

Il est heureux que ces propos de mauvais conseillers intéressés aient été écoutés avec distraction. Les Français n'en sont pas au point auquel on les voudrait. Sagement, ils ont mieux aimé suivre l'avis impérieux, les suggestions persuasives de notre état de guerre, qui disaient de songer d'abord à l'ennemi présent sur le sol national. C'est du fait de cette présence qu'il subsiste encore, de fait, une notion presque suffisante de ce qui fut appelé l'union sacrée. Ainsi sont limités les effets naturels, les effets rationnels du régime de la discussion.

Mais un mal limité n'est pas un mal inexistant. Les chefs radicaux qui le voient sont à peu prè.'^ unanimes, eux qui l'ont fait, à le déplorer et à en rejeter les responsabilités sur leurs adversaires. On n'ouvre pas un de leurs journaux (ni les journaux socialistes du reste) sans y lire comme à V Evénement d'hier que leur groupe ou leur monde « a pratiqué « l'union sacrée avec un scrupule absolu ». Pas une de leurs feuilles de chou qui ne le répèle. C'est le mot d'ordre. II ne faut pas se lasser de redire ni, puisque les mots ne suffisent pas, de prouver que voilà une fabîe énorme.

Il suffit de se reporter aux premiers mois de la guerre pour y voir naître les étonnantes campagnes de la Dépèche de Toulouse, celles qui se sont développées jusqu'au seuil de l'année courante par le

fameux défi du « poilu », mais qui ont pris naissance bien avant ia fin de 11)14.

I Battez-vous maintenant, petiîs soldats! Donnt-z votre chair, votre vie! Et mourez en pensant que la cloche de l'église sonnera peut-être des carillons quand les Allemands entreront dans voire village. »

Ces cris de haine civique de la fameuse Dépèdœ sont de la première semaine d'octobre 1914, il ne faudrait pourtant pas l'oublier.

11 février 1910.

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