UN PORTRAIT DU PAPE
J'ouvre le livre que M. Francis Charmes vient de publier sur la Guerre, je l'ouvre presque au hasard, h une page qui nous présente le Pape, le nouveau Pape, au lendemain môme de son élection. Elle a paru le 15 septembre dans la Revue des Deux Mondes.
M. Francis Charmes, ancien sénateur, membre de l'Académie française, dirige cette revue, l'une des forteresses du libéralisme européen. Il n'a pas nos idées, nous n'avons pas les siennes; mais il est de ces adversaires avec lesquels on peut communiquer par le moyen d'un certain nombre de vues et de tendances identiques, dont les principales sont le patriotisme et le sens commun. Or, que dit M. Francis Charmes au lendemain do l'élection de BenoitX\^"? Je vous recopie son propos :
Parmi les cardinaux papabili, on avait {)arlé du cardinal Ferrata, quT a été autrefois nonce à Paris et y a laissé de bons souvenirs; il l'avait été auparavant à Bruxelles"; il connaît le monde, il a acquis une grande expérience diplomatique. Le premier acte du Pape a été de lui confier la socrétairerie d'État. Nous n'ajoutons rien de plus aujourd'hui, sinon que Benoît XV, à la cérémonie dite de l'hommage qui a suivi son élection, a serré dans ses bras le vénérable cardinal Mercier, archevêque de Matines, en lui disant : Dans votre personne, c'est tout votre peuple que je plains, que je bénis. Ce geste ira au cœur, non seulement de la Belgique, mais de tous ceux qui souffrent eu ce moment.
M. Francis Charmes parle du Pape et de l'altitude du Vatican en d'autres endroits de son livre, en termes qui me semblent judicieux, nets, concordants avec ceux que l'on vient de lire. Mais c'est à ceux-ci, les premiers, qu'il faut s'en tenir pour se faire une idée définitive du successeur de Pie X. Le nouveau chef du monde catholique vient d'être élu. Au moment de prendre possession de ce trône, que fait-il ? De tant de cardinaux présents, dont plusieurs d'Allemagne et d'Autriche, il distingue le prince de l'église martyre, et c'est lui qu'il serre paternellement dans ses bras, en lui adressant les plus délicates, les plus intimes, les plus douces con^ solations.
J'en croirais bien notre ami Louis Dimier ou nos confrères MM. Fernand Laudet et René Bazin s'ils me rapportaient cette histoire. Ils sont honnêtes gens, incapables de simuler. Mais enfin, ils sont catholiques, et pratiquants, et militants. Nous avons tous un fameux sens critique en garde éternelle contre ces hommes de foi.... Tandis que, M. Francis Charmes, s'il nous rapporte des paroles et des actes de Benoît XV, cela ne peut pas être pour nous édifier ni pour se monter la tête, S'il l'a dit, c'est qu'il l'a vu ou bien su de première main. Je conclus qu'il faut ajouter foi à son portrait du pape. Et s'il s'accorde avec les portraits tracés par Dimier, par M^L Laudet et Bazin, c'est qu'il concorde avec leur modèle à tous les quatre et que M. Clemenceau n'est qu'un imposteur.
15 août 19 IG.