‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 30 sur 141 · LES NATIONS · texte numérisé non relu

LES NATIONS

11 est d'autant plus facile de lui rejDi^ocher cette opposition de rhétorique pure, que nous lui voyons reprendre d'autre part des idées qui sont les nôtres et que nous avons été les premiers à enseigner aux Français. Oui, nous vivons au siècle des nationalités. Oui, dans l'Europe d'aujourd'hui, dans l'ère où nous sommes, les patries, les nations sont les syndicats suprêmes, il n'y a pas de centre politique solide qui soit plus vaste : en deçà (provinces, communes, corps de métier) c'est trop faible et c'est trop étroit; au delà, cela ne tient pas.... Ceux qui voudront se reporter aux plus anciennes déclarations de VAcllon Maurras. — Le Pape. 3

Si LE PAPE, LA GUERRE ET LA PAIX.

française, celles de novembre 1899, verront que notre langage a peu varié'.

Mais nous parlions de politique et de politique temporelle, nous ne confondions pas avec le temporel l'ordre du spirituel qui est tout autre, et celte distinction qui est dans la nature des choses nous permettait alors — et quand il était temps! — d'élever la tension de nos dévouements à son maximum d'utilité nationale sans cesser de respecter les services sacrés que reiid le catholicisme à l'humanité en la réunissant encore, malgré tout, par-dessus les tombes, par dessus des fleuves de sang et des mers de ruines, dans la conception

\. " Article '2. De toutes les foi^mes sociales usitées dans le yenre humain, la seule complète, la plus solide et la plus étendue, est évidemment la nationalité. Depuis que se trouve dissoute l'ancienne association connue au moyen âge sous le nom de chrétienté, et qui continuait, à quelques égards, l'unité du monde romain, la nationalité reste la condition rigoureuse absolue de toute humanité. Les relations internationales^ qu'elles soient politiques, morales ou scientifiques, dépendent du maintien des nationalités ■■ .

Commentant certaines déolarations de M. Ribot, ['Action Française disait le 25 mars 1917 :

« On ne saurait trop répéter aux Français qui veulent savoir et qui pour savoir ne demandent pas mieux que d'apprendre, les deux ou trois vérités de fait qui dominent oette matière. La « société des nations ■ n'appartient ni au présent ni à la venir : c'est une survivance des formulaires du passé. On ne la trouve pas en avant, mais en ariière. Nous n't allons pas, nous en venons. Il y eut « une Europe ■■ : où tîst-elle dans la monsliueuse dualité déchaînée depuis près «le trois ans'-' Celte unité européenne elle-même était le reliquat moral et matériel de l'unité du monde chrétien : celle-ci a été rompue à la Réforme, qui fit succéder à la communauté religieuse et morale du Moyen Age un émiettement, gros de compétitions cl do rivalités ■>. Elles n'ont pas manqué.

et la vénération d'un plan extérieur et supérieur à la vie.

Il est douteux que les développements nationaux puissent être arrêtés ni même enrayés et tempérés avant longtemps. Mais, aussi longtemps que durera celte anarchie, elle pourra coexister avec l'internationale catholique, et voilà déjà un point d'appui d'assuré aux communications supérieures des hommes. Je ne dis pas qu'ils pourront toujours s'entendre par cette voie. Je dis que celte voie est et sera la seule qui leur sera ouverte pour le tenter, et si la tentative a quelque chance, un jour ou l'autre d'aboutir, ce sera forcément, toul l'indique, de ce côté-là.

Tous les avocats de l'internationalisme s'efTorcent de dissimuler cette voie. Ils montrent simplement ce que l'homme sait faire d'une vérité qui déplaît.

17 janvier 1910.

La seule Internationale qui tienne, disions-nous dès l'été de 1914, quand les cardinaux des pays en guerre s'étaient réunis et mis d'accord pour donner un pape à l'univers, la seule Internationale, c'est encore le Catholicisme.

Sur son plan et dans sa hauteur, il continue à vivre, à fonctionner en temps de guerre comme il vivait et fonctionnait en temps de paix. Il n'abolit pas les massacres qu'il ne s'est jamais engagé à abolir. Il ne fait pas vivre les individus ni les nations dans la béatitude du paradis, car il n'a jamais pro-

mis un tel paradis sur la terre. Mais son ordre spirituel garde sa magistrature visible, les rapports n'en sont pas altérés, ni même tendus, et l'autre jour, l'éminent évoque de Montpellier, cardinal de Cabrières, qui s'est placé au premier rang des patriotes français, pouvait néanmoins protester, sans provoquer nulle part aucune surprise sincère, contre l'idée qui lui avait été attribuée ridiculement d'avoir voulu adopter on ne sait quelle attitude de polémique contre un cardinal allemand. Les Académies ont rompu, les ententes interprolétariennes se sont dissoutes, une seule communication normale et régulière subsiste. C'est celle qui se fait sur le toit du monde par la coupole de Saint-Pierre et les terrasses du Vatican.

La magnifique lettre de l'épiscopat belge à l'épiscopat allemand permet d'admirer de plus près encore les caractères de haute humanité qui sont propres à des communications de ce genre. Certes, les termes sont aussi antagonistes que possible. Les rédacteurs et expéditeurs du message sont les premiers pasteurs de la Terre martyre, et les destinataires sont les chefs spirituels du peuple bourreau. Aucun échange de pensées ne semblerait possible entre ces extrêmes. El cependant, en voici un auijucl il sera vraisemblablement répondu. Nul langage ne paraissait devoir êlre commun, et non seulement il n'a même pas à se créer, mais ce langage porte un cnchahiement de raisons intelligibles, un appareil de démonstration relevant d'un système de pensées que l'adversaire doit avouer et conduisant ù des conclusions évidentes par elles-mêmes auxquelles l'épiscopat ger-

manique sera bien oblig-c de répondre par des oui ou des non riches en conséquences.

Les savants, les critiques, les jurisconsultes des peuples alliés ont publié jusqu'ici des chefs-d'œuvre d'analyse persuasive ; les plus fortes de ces études destinées à convaincre la mauvaise foi germanique étaient seulement un peu dénuées de base logique; or, c'est par là, en circonscrivant étroitement cette base, que les évêques de Belgique ont créé dans le ciel des pures idées une sorte d'enceinte neutralisée où le vrai et le faux, le bien et le mal, non relatifs aux nations, mais essentiels et universels se détacheront et apparaîtront une fois pour toutes. Un formulaire et un vocabulaire communs, un appareil dialectique commun, voilà ce que le catholicisme semble avoir assuré aux théologiens de Belgique et à ceux de la Germanie.

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