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LE PAPE ET LA FRANCE : LETTRE D'UN POSITIVISTE

La Lanterne, journal ipii ne comprend pas le français, nous a ignoblement injuriés pour mon article de jeudi : « Trois barrettes » où j'établissais quel avantage il y aurait pour le pays à ne pas laisser couvrir d'outrages le souverain tle trois cents

millions d'iiommes. L'idée de se voir interdire doffenser le Pape met la Lanterne hors d'elle-même. Elle en prolile. pour me jeter une fois de plus, outre les saletés dont elle est prodigue, toutes celles que la presse boche a lancées contre Mgr le Duc d'Orléans. Je suis fier de me trouver avec le Prince, face à la Lanterne et aux journaux austro-allemands.

Comme pour ajouter au plaisir de celte légitime fierté, notre ami Antoine Baumann, membre de l'Exécution testamentaire d'Auguste Comte, a bien voulu nous adresser au sujet du même article une lettre du plus vif intérêt.

Antoine Baumann est du nombre de ces bons Français, Français patriotes, qui furent un moment victimes d'un malentendu avec le Vatican. II juge que les catholiques français en ont appelé « au Pape mieux informé ». Je ne crois pas que les choses se soient passées tout à fait ainsi. Mais peu importe. Antoine Baumann applaudit, en les estimant < justes », à nos « considérations sur les trois barrettes cardinalices ». Il se félicite de se retrouver ainsi avec nous tous dans « la tradition » de la France. Il ajoute ces lignes remarquables :

La tradition I Jamais on n'aura mieux vu qu'une civilisation tire toutes ses forces morales de son passé. Comme le lutteur qui recule do quelques pas et s'arcboute pour soutenir une attaque, la civilisation française, tlcur suprême de la civilisation occidentale tout entière, a dû se replier sur elle-même pour résister à l'assaut violent de la barbarie. Elle a fait appel aux morts les plus illustres et les plus lointains dont elle avait recueilli Théritage. Ces morts sont ressuscites pour venir à son secours. Nous avons revu Léonidas,

Fabius Cunctator, des Rolland, des Tinenne, des d'Assas. Nous avons revu, cent fois plus beau, l'élan patriotique de 1792. Il m'a semblé que Sainte Geneviève était réapparue ici et là et qu'en tels journalistes revivait la llanime de Déniosthène. Je crois que, s'il eût été nécessaire, Jeanne d'Arc elle-même serait sortie du tombeau.

Le positiviste que je suis pense que si Comte assistait au terrible drame qu'il avait si peu prévu, il n'aurait pas hésité à faire appel au roi et même au pontife suprême du catholicisme. Il aurait répondu aux étonnés que quand on est dans la tradition, on peut être en retard, on n'est jamais dans la mauvaise voie. Puisque les morts gouvernent les vivants, il faut les aider dans cette tâche. Insensé qui voudrait exclure du cortège des reviviscences qui nous sauveront, la vénérable religion romaine, dont riniluence heureuse reste toujours si forte même sur les incroyants, s'ils sont issus de cette lignée.

Attila II voyait si bien qLiel obstacle terrible il en résulterait pour la réalisation durable de ses folles visées, qu'il avoua, un jour avoir érigé le projet de la destruction du catholicisme, en but suprême de sa vie et de ses efforts. Or, toujours il fut sage d'aimer et de respecter ce qui excite la colère de l'ennemi. Une telle vénération ne court aucun risque de s'égarer.

Voilà comment s'exprime un esprit pratique lorsqu'il met avant tout la cause de la France et de la civilisation. Cela ne présente évidemment aucun rapport avec l'intérêt alimentaire et diviseur des partis dévorants qui ne comprennent qu'eu.x. Personne ne se chargera d'expliquer cela aux rédacteurs de la Lanterne. Personne ne leur demande de le comprendre. Un peu d'intelligence ou de sens national, cela les suiciderait.

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