‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 54 sur 141 · POUR LA PAIX FRANÇAISE · texte numérisé non relu

POUR LA PAIX FRANÇAISE

11 paraît que M. de Mun dépasse la mesure ! Cela lui est dit de bien des côtés! Un Français convaincu que des multitudes de ses compatriotes en faisant leur devoir devant l'ennemi, vont risquer plus que leur vie, vont affronter l'abîme des biens ou des maux éternels, ce Français-là a-t-il le droit de parler, d'écrire, d'agir conformément à cette foi, à cette espérance et à cette crainte? 11 paraît que cela risque d'impatienter, d'agacer, de faire sourire.... En vérité, l'on voudrait mesurer l'importance de ce"rire-h\! J'aimerais à voir de mes yeux l'homme normal et équilibré allant au devant de la mort, non pas seul, mais en troupe, avec sa compagnie, avec

son régiment, el qui dans celle circonstance se permettrait la moitié d'un sourire à la vue d'un objet bénit ou d'une prière imprimée. On me cite M. Hervé. Mais M. Hervé est dans son fauteuil. Je parle du soldat quisait ce qu'il se doit el ce qu'il doit aux autres, à celui qui a le senlimenl de la responsabilité partagée entre lui et ses frères d'armes !

Ah! que ce murmure misérable trahit de médiocrité et de petit esprit s'il n'y a pas de petit intérêt là-dessous, s'il n'y a pas de conspiration nouvelle d'un parti : de ce parti qu'Auguste Comte appelait déjà, il y a soixante ans, « le plus arriéré des parlis », le seul capable de faire acle de parti, en une heure où tous les partis devraient s'évanouir pour faire place à des opinions et à des doctrines se défendant, se limitant et s'éclairant d'une honnête lumière les unes par les autres!

On n'a pas encore expliqué l'abominable rumeur campagnarde qui attribuait aux curés el au Pape (à ce grand Pape qui en est mort!) la responsabilité de la guerre. Elle a couru partout, dès le lendemain de la déclaration. Et sur plus de trois cents hauts fonctionnaires de l'Aministralion centrale, préfets el sous-préfets, il ne s'en est trouvé que deux pour y opposer le bref démenti du bon sens. Cette diffamation du clergé vient sans doute d'Allemagne, mais un parti en profile. A moins que ce coup diviseur ne vienne des bas-fonds de ce parti, auquel cas les Allemands en auraient le profil sans en avoir eu la peine! Un gouvernement qui veut être national el qui puise à son gré dans toutes les ressources de la nature si généreuserant offertes, se devrai l de pour-

suivre el de flétrir de haul ces meiibonges déshonorants.

Ou'on neilisepas qu'ils répondent à des attaques. Ils ne répondent à rien. Nulle initiative de division n'a été prise, en aucun cas, de ce côté-ci du pays. Il Y a une Affaire dont nous navons plus ouvert la bouche depuis le désarmement du 2 août devant l'ennemi ; c'est la Guerre sociale de mardi quia parlé d' « un certain militarisme d'avant l'afTI'aire Dreyfus » ! C'est elle encore qui, le môme jour, expliquait que si le président des Étals-Unis n'est pas « platement égoïste », c'est qu il a du sang juif dans les veines : il faut avoir du sang juif dans les veines pour être « idéaliste '> et pour oser vouloir « la paix! »

Ces injure? sournoises dans ce patois de Chanaan ne valent pas la peine d'être rendues. Je les transcris pour faire voir qui lroul)lo la paix.

i octobre 191 i.

Page 1