‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 64 sur 141 · LA 4 MANSUÉTUDE » ET LA DISCORDE · texte numérisé non relu

LA 4 MANSUÉTUDE » ET LA DISCORDE

Je ne voudrais pas insister outre mesure sur la guerre au clergé. Mais au moment môme où nous publiions hier nos réponses à la presse socialiste, un fameux adversaire du socialisme, M. Clemenceau, venait appuyer la Bataille sgndicalisleel VHumanilc, en ayant bien soin de s'envelopper des termes d'une modération doucereuse et d'une philosophie auxquelles, pour mon compte, je ne crois pas. M. Clemenceau n'a jamais servi que des passions et des rancunes, les unes et les autres fort vives, et je crois savoir qu'il a été l'instigateur principal de la récente campagne de la Dépêche à Toulouse. Son ramas de lieux communs pillés chez Spencer et qu'il prend pour une philosophie ne mérite même pas la peine d'être discuté. Ce qui est intéressant dans l'article d'hier, c'est l'espèce de marché qu'il propose au

gouvernemeiiL D'une part, on a censuré des articles de lui ou de quelques-uns de ses frères et amis. D'autre part, lapaisemeat religieux est une nécessité d(î rheure. Alors, M. Clemenceau écrit :

Une politique de mansuétude n'est

pas pour m'effrayer, si ceux qui représentent l'idée moderne de l'État laïque ne sont point réprimés quand ils dénoncent le danger des paroles de discorde qui pourraient compromettre la paix publique irréparablement.

En d'autres ternies : nous laisserons faire les cléricaux, nous ne demanderons pas de mesures de violences contre les prêtres ou les infirmières qui servent leur foi, mais à la condition (ju'on nous laisse crier contre eux, c'est-à-dire aj^itcr librement le pays. Voilà tout à fait le contraire du conseil donne hier ici même au gouvernement : — S'il y a des excès de zèle commis, adressez-vous à l'autorilé religieuse, priez-la de collaborer avec vous ; mais ne tolérez pas de campagnes de division.

Cette opposition radicale, involontaire et spontanée à la méthode de guerre civile prêchée par M. Clemenceau serait certes le plus grand honneur d'une vie.

— Mais, demanderez-vous, quelles sont les paroles de discorde jugées par M. Clemenceau de nature à cumpronieltre la paix publique irréparablement'^

Peut-être les indignités suivantes parues à la Balaill.c sijnilicalislc :

En deliors des invocations fétichistes à un Dieu tour à tour inq)lacablc et nnséricordioux,- au sacré couir de monsieur son fils, à la \'ierge mère cl à divers autres

POUR ET CONTRE L'UiNION SACRÉE. 109

porsonnnges de la mytholor/ie chrélienno, procédés propres à impressionner au plus des nèyrcs papous, les tenants du trône et de l'autel avaient reconstitué pièce à pièce tonte une organisation de combat.

Je gagerai plutôt que ces sales insultes dirigées contre les croyances et les jjersonnes, seront considérées par M. Clemenceau comme d'inofTensives formules de paix. Ce qui trouble sa paix, ce sont ces paroles de Mgr l'Archevêque de Rennes.

Assurément, la France a mérité les châtimcnis qui la frappent.

Eh ! bien, si de telles pensées sont estimées compromeLlantes pour là paix du pays, il n'y a qu'un mot à répéter : — Le catholicisme n'est pas libre en terre de France, et non seulement le catholicisme, mais le platonicisme, mais l'aristotélisme, mais tout enseignement d'une philosophie tendant à déchiffrer les énigmes du monde.

Si Uon vent cela, qu'on le dise. Qu'on ose le dire : la réflexion philosophique, l'explication philosophique sont prohibées par l'État. Il faudrait seulement ajouter au nom de qui et au nom de quoi.

'Jl octobre 191/».

LA RUMFUR INFAME

Le Joitrnal des Basses-Alpr^:, la Semaine religieuse d<' Digne et la Croix de Paris, publient le document que voici :

Certains individus font courir dans tme commune du département des bruits .stupides, prétendant que le

clergé français est l'auteur responsable de la guerre et poussent à des représailles contre lui les familles dont les membres seraient victimes de la guerre.

Le commandant d'armes met en garde le public contre de pareilles nouvelles ; il avertit charitablemei;i leurs auteurs qu'une surveillance est exercée contre eux et que le Conseil de guerre les attend sous peu. Le commandant d'armes, Lantoine.

C'est la troisième manifestation officielle de la vigilance publique à l'adresse des auteurs de faux bruits calomnieux et diviseurs. La première venait du préfet de la Savoie, la seconde du sous-préfct de Chateaubriand. La troisième porte haut la m.'srque de l'autorité militaire : la juste répression qu'elle annonce en termes excellents a aussi l'avantage de confirmer la réalité des rumeurs qui, dès le 1^'" ou le 2 août, ont couru le pays. A la veille des serments de trêve sacrée, la Révolution qui, souvent, vient d'Allemagne, mobilisait tous ses espions, tous ses suppôts, conscients et inconscients, pour tenter de nous jeter les uns sur les autres. Civils ou soldats, républicains, nationalistes ou royalistes, nous n'avons qu'un devoir : prendre à la gorge les colporteurs de mensonges pernicieux et les forcer à signer leurs dires, à donner leurs raisons et à nommer leurs sources. L'unité nationale est certainement à ce prix.

LA LETTl^E DE L'EVÊQUE DE DIJON

Dans une lettre qu'il adresse à son clergé, Mgr l'évèque de Dijon vient de placer sur le véritable terrain la question de la propagande religieuse par les

médailles et les scapulaires : agitée partout, même dans les conseils du gouvernement avec plus de passion que de raison, l'affaire n'avait été abordée jusqu'ici qu'au point de vue des fauteurs ou des fautrices du « prosélytisme » ; on a toujours laissé de côté ceux qui en sont l'objet, à savoir nos blessés français. Ou plutôt on les a traités par prétérition, en considérant comme accordé et hors de conteste que leurs convictions philosophiques ou religieuses avaient du être offusquées. Mais l'avaient-elles été? Et pouvaient-elles l'être? C'est de ce point de fait que s'est occupé Mgr l'évoque de Dijon.

M. le ministre a été mal informé, dit-il. « Ce ne sont pas les infirmières qui, habituellement, proposent les médailles, ce sont les militaires qui les demandent et qui s'empressent pour les recevoir ». « On a môme vu des protestants en demander pour eux, la diversité de cultes ne les arrêtait pas. » « il suffit de s'être trouvé sur le quai d"une gare, au passage d'un train portant des troupes au feu ou ramenant des blessés, pour le constater. » « On n'a jamais réduit par des circulaires un besoin instinctif de secours religieux dans la perspective d'un péril. »

C'est ce qu'il sera difiicile de faire comprendre aux personnes que Mgr l'évêque de Dijon appelle des dénonciateurs « à l'affût de délits cultuels. » Mais il reste le genre humain qui comprendra et sentira. Nous avons besoin de paix civile, il n y en a point sans justice, sans bienveillance et sans intelligence. Nous avons besoin de toutes nos forces morales, et vouloir, à une heure pareille, retrancher de ce total précieux les précieuses forces morales

inspirées par la loi catholique, serait, si la faille élaiL volontaire, un crime contre la patrie? Elle est involontaire? Alors, ce n'est qu'une bêtise, mais énorme. Hâtez- vous de la déplorer ou de la faire oublier. Du commun point de vue national, abstraction faite des idées religieuses ou irreligieuses, c'est le moins que. l'on puisse faire!

"»I octobre 101 '<.

Page 1