Le pape, Rome et le monde
Le Pape n'est point un petit prince italien, dont la destinée importe peu ^u bonheur du monde. Il est le Chef d'une religion qui est répandue par toute la terre, et à laquelle le Fils de Dieu a promis l'empire spirituel de l'univers entier. Il est la pierre angulaire de rÉglise, c'est-à-dire le fondement de cet édifice mystique, qui doit abriter dans ses murs les enfants de Dieu, de toute langue et de toute na-
tion, jusqu'à la fin des siècles. Il est le Vicaire de Jésus- Christ, le Pasteur suprême de son troupeau, le Père aujourd'hui de deux cents millions de catholiques, qui lui sont attachés par les liens les plus étroits, les plus sacrés, les plus inviolables. Nul monarque n'est plus sincèrement vénéré et plus tendrement aimé ; aucun n'est plus digne de l'être, parce qu'il est sur cette terre l'image la plus parfaite de la Divinité, par ses fonctions, par sa puissance, par sa sainteté, par son amour et son dévouement pour les hommesl Aussi quiconque ose l'attaquer nous blesse à la prunelle de l'œil.
Au moment où les affaires d'Italie, réveillant les préjugés et les coupables espérances des ennemis du Saint-Siège, ont provoqué de leur part des manifestations haineuses, n'est-il pas utile que les catholiques élèvent la voix^
pour défendre la plus sainte des causes et pour éclairer l'opinion sur des intérêts de la plus haute importance? Le gouvernement luimême a senti le besoin de manifester son respect pour les droits du souverain Pontife, en écrivant à tous les évêques de France : « Le Prince qui a donné à la religion tant de témoignages de déférence et d'attachement, qui, après les mauvais jours de 1848, a ramené le Saint-Père au Vatican, est le plus ferme soutien de l'unité catholique, et il veut que le Chef suprême de l'Eglise soit respecté dans tous ses droits de souverain temporel. (Circul. du Ministre des cultes, 4 mai 1859.)
Sa Sainteté Pie IX vient de faire un appel solennel à toute l'Eglise, alîn d'obtenir par des prières communes que Dieu daigne « détourner de nous sa colère, faire cesser les guerres dans toute l'étendue du monde, éclai-
rer des rayons de sa grâce divine les esprits dés hommes, afin que, mettant en pratique ses saints commandements, s'éloignant du mal et faisant le bien, ils soient pénétrés les uns pour les autres d'une charité permanente, et obtiennent ainsi le bienfait d'une paix féconde en fruits de salut avec Dieu, avec eux-mêmes et avec les autres hommes. »
(Encycl. du 27 avril 1859.)
A cette voix du Père commun, tous les enfants de l'Eglise ne se sentent-ils pas émus? Pourra-t-on être surpris qu'un prêtre apporte le modeste tribut de sa parole ? Membre d'une famille religieuse, que Pie IX a comblée de ses bontés, nous acquittons une dette de reconnaissance, en cédant à l'inspiration de notre cœur et de notre foi. S'il nous échappait quelque parole vive, contre notre gré, on daignera se souvenir que c'est un fils qui défend
son Pèi^e calomnié. Dieu sait que nous h' avons de hàiiie contre personne ; mais hbus aimons l'Eglise et son Pontife plus que nous-même, et, en les servant, nous croyons travâilléï' directement au bonheur de nos frères, c'est-à-dire de tous les hommes.
Beaucoup de personnes bienveillantes ei de bonne foi, mais qui ne connaissent point assez l'Eglise et son but, se laissent prendre à des théories politiques dont elles n'aperçoivent pas toutes les conséquences, et feraient volon* tiers aux idées de sécularisation des concessions funestes, par amour de la paix. Il est des concessions qu'on peut faire ; mais il en est d'autres qui sont impossibles.
Nous venons exposer, avec franchise et brièveté, des principes qui sont basés sur l'antique foi de nos pères el qui sont tellement fondés
en raison, que tout esprit exempt de préjugés les admettra sans peine, ou sentira du moins le besoin de les prendre en sérieuse considération; or nul ne les méditera de bonne foi, nous l'espérons, sans les admettre bientôt.
Nous en appelons au bon sens catholique et à la froide raison des hommes impartiaux!
Aujourd'hui, rendons cet hommage à notre époque, les préjugés anti-religieux, qui étaient assez puissants naguère pour empêcher de lire un écrit de cette nature, ont heureusement baissé. Les hommes qui se respectent ne jugent plus une cause sans l'avoir entendue.
Nous leur demandons cette justice et cet honneur pour celle de l'Eglise.
11 ne s'agit point ici de parti ; la religion a des intérêts qui l'emportent sur toutes les questions purement humaines.
Le but de cette brochure est exclusivement religieux. Nous nous placerons dans une région bien supérieure à celle des partis politiques, qui divisent et irritent, tandis que TEglise unit et pacifie : nous protestons d'avance contre toute accusation de personnalité.
Nous défendons FEglise en la faisant connaître, et nous demandons qu'elle soit libre, pour le bonheur du monde. Tel est notre unique vœu.
AUSPICE IMMACULATA VIRGINE.
Paris, 5 mai, fête de saint Pie V, 185».