‹ Le papeChapitre 5 sur 24 · LES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

LES ÉVÊQUES

Qu'entendez-vous par là ?

LE PATRIARCHE

Qu'est-ce que tu médites?

Je ne crois plus un mot de tout ce que. vous dites !

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LB FATBIARGQE.

Quoi ! VOUS seriez l'horrible et vivant démenti De vos prédécesseurs glorieux ?

J'ai senti Un mécontentement inquiétant dans l'ombre. .

LB FATRIABGHE.

Le pilote aveuglé, c'est le vaisseau qui sombre. Ne changez pas de route ! O Père, n'allez pas Du côté de la nuit, du côté du trépas !

Je marche vers la vie.

LE PATRIARCHE

II faudra rendre compte.

Certes !

L£ PATRIARCHE

Songez au ciel. Vous en tombez.

J'y monte.

LES ^VÊQUES.

sombre cécité !

Je vous dis que je vois.

J'étais sur un sommet doré, sur un pavois, Dans Têncens, dans les chants et les épithalames. J'ai senti tout à coup l'immense poids des âmes; Et je suis descendu, sachant que je montais.

Le dogme n'a d'appuis, l'Église n'a d'étais Que nos fragilités; tâchons qu'elles soient pures. Oui, j'ai vu les douleurs, oui, j'ai vu les souillures. J'ai vu le bien gisant, j'ai vu le mal debout,

Dni.tizc-ctyGoOglC

Et j'ai songé. Ciel noir! les crimes sont partout, Mais il n*est qu'un coupable, et c'est le responsable. J'ai vu les maux nombreux plus que les grains de sable, Les forfaits plus épais que les branches des bois, L'infâme orgie en rut, l'innocence aux abois. Et j'îii dit en moi-même, en voyant les deux mondes Pleins de brocanteurs vils et de vendeurs immondes : Ce prêtre sur l'argent hideusement penché, Ce juge qui chuchote à, voix basse un maiché, Cette fille à. l'œil fou, cette bohémienne, ' Qu'est-ce qu'ils vendent là? Leur âme? Non, la mienne ! Alors j'ai pris la fuite, épouvanté, voulant Être bon, m'arracher tous ces crimes du flanc, Guider, sauver, guérir, supprimer les Sodoraes, Bénir, et rendre enfm Dieu respirable aux hommes !

LE PATRIABCHE.

Vous avez un devoir, foudroyer.

Avertir.

LB PATRIàBGHE.

Songez au Dieu vengeur.

Je songe au Christ martyr.

LE PATRIARCHE

La chaire changée en trône est impudique.

Pauvre et nu, Jésus règne;- et, roi, le prêtre abdique. Prêtre, j'ai le roseau de Jésus à la main; Roi, je n'ai plus qu'un sceptre; et pour le genre humain Je ne suis plus qu'un prince obéissant aux princes. Concédant, consentant, tremblant pour mes provinces, Courtisan du plus fort, à céder toujours prêt ; Jamais la royauté du prêtre n'apparaît ■ Sans une transparence affreuse d'esclavage.

Je ne fais point partie, 6 prêtres, du ravage,

byCoot^Ie ■

Du supplice^t du meurtre, et ne veux point m'asssoir Parmi ces rois sur qui tombe l'éternel soir.

J'aime ! je sens en moi la grande clarté, vivre.

LES ÉVÊQOES.

Guide-nous, mais suis-nous. Pour guider, il faut suivre.

Jamais. Je suis sorti, plein d'horreur et d'effroi, De toute votre nuit! Quoi ! l'on eût dit de moi; Terre, cet homme avait la garde d'une idée, La plus haute que l'ombre ait jamais possédée, Clarté sainte au-dessus du gouffre obscur des cœurs; En dépit des vents. noirs rapidement vainqueurs Et vite évanouis, cet homme était le mage Mystérieux, chargé du mutuel hommage Que se doivent les cieux et les âriies, rapport Et lien entre un màt frissonnant et le port, Échange de lueur entre l'abîme et l'homme.

- Quoi ! parce que de vains simulacres qu'on nomme Princes, maîtres, seigneurs, chefs, souverains, césars,

Parce que de faux dieux, composés de hasards.

Ou du hasard de vaincre ou du hasard de naître,

Parce que des^ puissants que le néant pénètre

Sont venus le trouver, lui le veilleur qui n'a

Ici-ba^ d'autre droit que de dire Hosanua

Et de montrer du" doigt là-haut l'âme éternelle, ,

Lui qui doit, fils lie l'aube, ému, vivant -eo elle,

Toujours songer, pleurant sur le mal châtié,

Au moyen de changer la lumière en pitié j

Quoi ! parce que ces rois, quoi ! parce que ces ombres,

Parce que ces faiseurs de cendre et de décombres

Sont venus à sa porte, et durs, fiers, belliqueux,

Ont dit: sois avec nous! — cet homme est avec eux!

Quoi ! cet homme, le monde étant dans les ténèbres,

Oiîrait dans son bazar aux acheteurs funèbres,

Q terreur ! le rayon qui blanchissait le ciel !

Lui l'éclaireur suprême et providentiel.

Il bénissait l'affreuse éruption des laves !

Cet homme s'était fait marchand de ces esclaves,

La vérité, l'honneur, la justice et la loi,

Prenait le droit au peuple et le donnait au roi,

Priait pour ce qui tue et contre ce qui tombe !

Cet homme a fait lancer la foudre à la colombe !

Il a fait de Jésus le valet d'Attila!

Quoi! l'on eût dît de moi : Regardez; le voilà!

Il avait en dépôt notre âme , il l'a perdue !

L'aurore se levait, cet homme l'a vendue!

Il a prostitué l'étoile du matin !

Non! non!

LE FATltlARCBE.

Vous blasphémez, Pape!

Prêtre hautain.

Sois humble ! Autel doré, dédore-toi, rayonne ! Plaie au flanc du Christ, bouche auguste qu'on bâillonne, Ouvre tes lèvres, parle, et dis la vérité!

Rentre en ton patrimoine, homme déshérité.

Femmes, enfants, ayez des droits. Peuple, aie une âme. A moi, prêtres! Prêchez le vrai que je proclame. Soyez simples de cœur. Soyez, sous le ciel bleu. Près des petits enfants pour être près de Dieu.

Plus le poDdfe est djux. plus le lemple est sublime.

. Tm» »*T»a:ï;l Et iiîizt asUir jm pa|«.

Quoi! plus de prêtres! Quoi! plu=de temple! —L'abîme. Tout disparait. Jadis Babel ainsi croula.

Me voilà seul ! Plus rien que l'ombre.

'CXE VOIX &C POXD DE L*i:fFIM.

Un grenier.

t,GoogIc

L'biTec. Un g»Ut UN PAUVRE. Sa fatniUaprtJdelni.

Je ne crois pas en Dieu,

LE PAPE, Bntrtnt.

Tu dois avoir faim. Mange.

Il putsgs ton pain et «d donoe la moïlii au pauTra.

Et mon enfant ?

Prends tout.

Il doiui* à r«nfuit la tute ds ion piin.

l'enfant, miTigeuit.

C'est bon.

LE PAPE, au paans.

L'enfant, c'est l'ange.

Laisse-moi le bénir.

le PAUVftK.

Fais ce que tu voudras.

LE PAPE, TWantom bo«ns «ai le grabal.

Tiens, voici de l'argent pour t'acheter des draps.

Et du bois.

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