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GÉNÉRALITÉS — HISTORIQUE

L’étymologie du mot papier est connue de tous. Cette étymologie se retrouve dans la langue de presque tous les peuples. En gree, papuros , en latin papyrus , en anglais paper, en allemand papier , en italien papiro, en espagnol papel, en français, papier, etc.

Les Égyptiens sont les premiers qui aient fabriqué du papier. Ils paraissent même avoir précédé les Chinois dans cette voie. Ce peuple employait le papier bien avant le règne d’Alexandre le Grand.

Le papier, à cette époque, s’appelait papyrus, du nom de la plante qui servait à le fabriquer.

Cette plante croît encore dans certains marais ou sur les bords du Nil, là où la profondeur de l’eau ne dépasse pas deux pieds. Sa tige est triangulaire, elle ne s’élève pas à plus de trois mètres au-dessus de l’eau; surmontée à son sommet par un panache, elle n’a jamais plus de vingt feuilles pouvant être utilisées; ses racines, qui s’étendent fort loin, sont comestibles.

E.NCYCLOP. CJÜM.

C’est à Memphis que l’on attribue la gloire d’avoir la première su faire le papier de papyrus, et Lucain semble être de cette opinion lorsqu'il écrit :

Nundum fulmineas Memphis connexere biblos ,

Noverat .

Pline nous a rapporté la façon dont se préparait le papyrus égyptien.

On séparait tout d’abord avec une aiguille la tige de papyrus en lames fort minces, mais aussi larges que possible. Puis on étendait les meilleures sur une table dans toute leur largeur en différents sens. On les humectait avec les eaux du Nil, ce qui suffisait pour les coller ensemble.

Ces feuilles ainsi réunies étaient mises sous une presse, d’où on les retirait pour les faire sécher au soleil.

L’Égypte a longtemps fait le commerce de ce papier, et l’on s’accorde généralement à dire qu’il a été en usage jusqu’au IXe siècle.

D'ailleurs, les feuilles de papyrus ne furent pas les seules employées pour la fabrication du papier dans les temps anciens. Les feuilles desséchées d’autres plantes servirent au même usage.

Comme nous le verrons plus tard, les Chinois et les Japonais on fait, dans des temps fort reculés, un excellent papier, les premiers avec l’écorce du bambou et les seconds avec les racines triturées de certains arbres.

L’usage du papyrus cessa en Europe vers le IXe siècle, quand les relations commerciales de Venise, de Naples et de la Sicile y introduisirent le papier de coton, dont on faisait un grand usage en Orient.

Edrisi écrivait, en 1 150, qu’à Xativa, ancienne ville du royaume de Valence, le papier qui s'y fabriquait était excellent et qu’on l’expédiait en Orient et en Occident.

Ce papier de coton était connu sous le nom de carta bombyeina. Il s’en fit un grand commerce en Orient. Beaucoup de manuscrits grecs nous l’attestent. Cependant son mode de fabrication est resté ignoré et nous ne trouvons dans aucun auteur de détails à ce sujet.

Le papier de coton forme une véritable anomalie dans l’histoire de la fabrication du papier. Il n’est généralement plus connu au moment où les premiers essais de fabrication du papier de chiffons se font jour.

On est incertain sur l’époque précise qui vit naître ce dernier et véritable progrès de l’art qui nous occupe.

On en attribue l’invention à des Grecs réfugiés à Bâle qui, peut-être, avaient quelques souvenirs de l’art de fabriquer le papier de coton en usage dans leur pays et qui en auraient appliqué les manipulations au traitement des chiffons.

Ce qui est certain, c’est que vers le milieu du XIVe siècle parurent les premiers manuscrits sur papier de chiffons, à peu près à l’époque où, dans une cellule de cloître à Strasbourg, le grand Gutenberg inventait l’imprimerie.

AVANT-PROPOS

Au commencement du XIVe siècle il existait, à Fabriano, dans le Picenum et à Colle, en Toscane, des fabriques de papier ayant des cours d’eau pour moteurs.

Bodoni tirait des fabriques de Fabriano le papier de ses magnifiques éditions.

En France, la fabrication du papier remonte au XIVe siècle également. Les villes de Troyes et d’Essonnes sont les plus anciennement citées pour cette industrie.

L’Allemagne s’y livra vers la même époque. En 1390, il existait une fabrique de papier à Nuremberg.

L’Angleterre ne fabriqua du papier que fort tard ; pendant longtemps elle l’achetait à la France.

C’est en 1588 que la reine Élisabeth accorda à son joaillier John Spilman le droit de construire un moulin à papier, et l’on prétend que cette papeterie fut la première que posséda l’Angleterre.

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, on ne fabriquait en Angleterre que des papiers très communs. C’est seulement vers 1770 que Whatman, après avoir voyagé sur le continent, où il apprit comme ouvrier la fabrication du papier, établit quelques cuves a Maidstone.

Les papiers que l’on y fabrique encore aujourd’hui ont, comme on le sait, une grande réputation.

A l’époque où l’art de fabriquer le papier fut introduit en Europe, dit M. Didot, on écrivait et on imprimait sur parchemin (peau de mouton), ou sur vélin (peau de veau).

Pour entrer toùt d’abord en concurrence avec ces peaux, le papier dut offrir une grande solidité.

Il fut donc fabriqué avec d’excellents chiffons de toile de chanvre et de lin non blanchis ni lessivés par les procédés généralement en usage aujourd’hui, et qui ont le désavantage d’énerver les fibres végétales.

La pâte fut lentement triturée au moyen de pilons, et le papier fabriqué à la main fut, ensuite fortement collé.

Aussi ces papiers, durcis parla colle animale, ont-ils conservé jusqu’à nos jours leurs primitives qualités.

Ce fut en 1750 que Baskerville, pour éviter les rugosités que les papiers offraient jusqu’alors, fit fabriquer, au moyen de formes d’un tissu plus serré, des papiers plus fins, plus favorables surtout à l’impression des gravures, auxquels il donna le nom de papier vélin.

Jusqu’alors les chiffons étaient réduits en pâte à papier au moyen de pilons rangés en batteries. Ce moyen était lent, exigeait une force motrice considérable et occupait beaucoup de place.

La Hollande, privée de cours d’eau et n’ayant que des moulins à vent pour moteurs, dût chercher la première à économiser une force aussi variable et aussi faible, qui mettait en mouvement les batteries de maillets.

Ce pays, si renommé encore aujourd’hui pour ses beaux papiers collés, inventa les cylindres armés de lames tranchantes en acier pour déchirer promptement les chiffons.

C’est à la fin du siècle dernier que furent faits à Essonnes, dans la papeterie Didot, les premiers essais de la machine à papier continu, dont l'idée première est due à Robert. Quelques feuilles de papier continu y furent obtenues, mais les circonstances politiques firent avorter ces premiers essais.

Ils furent repris quelques années plus tard par Didot et Gamble, et la fabrication du papier continu devint bientôt l’une des plus belles découvertes du XIXe siècle.

Grâce à l’habileté du mécanicien Donkin, alors employé dans les ateliers de Hall, où furent fabriquées les pièces de machines, les difficultés qui, jusqu’alors, avaient empêché la complète réussite, furent vaincues.

Cette première machine continue fut installée en 1803 à Frogmore, dans le comté d’Hertford. L’année suivante, une seconde machine perfectionnée marchait a Two-Waters. En 1810, Berthe mita exécution cette belle invention française dans la fabrique de Saint-Roch, près Anet.

D’autre part, en 1809, John Dickenson, dans sa papeterie de Nash-Mill, près de Two-Waters, inventait un autre procédé pour fabriquer du papier continu au moyen d’un système d’aspiration opérant le vide dans un cylindre recouvert d’une toile métallique soutenue par des traverses oupontuseaux en cuivre.

L’aspiration, exercée intérieurement dans ce cylindre tournant [dans une pile remplie de pâte, où il plonge à moitié, fait que la pâte s’applique aux parois de la toile et forme la feuille de papier, qui, détachée du cylindre au fur et à mesure qu’elle s’y forme, vient s’appliquer sur un autre cylindre recouvert d’un feutre, et devient continue.

Le système de cette machine, connue sous le nom de Dickenson, comme la précédente porte le nom de Didot, offre certains avantages, compensés par des inconvénients.

Le papier Dickenson est plus nébuleux; mais les fibres de la pâte à papier, condensées par l’aspiration, laissent les pores plus ouverts, ce qui facilite l’impression.

L’application des pompes aspirantes à la machine Didot a enlevé à la machine Dickenson l’avantage qu’offrait l’aspiration opérée dans le cylindre pour éviter l’écrasement de la feuille à la première pression.

C’est à Canson, d’Annonay, qu’est due cette heureuse idée des pompes aspirantes, qui a facilité et perfectionné la fabrication du papier, puisque, parleur action incessante, on soutire une partie de l’eau dont la feuille est imbibée lors de sa formation, en sorte que cette feuille, devenue plus compacte, s’écrase beaucoup moins lorsqu’elle passe sous la première pression.

C’est en 1820 que Canson appliqua ce système d’aspiration au-dessous de la toile métallique sur laquelle se forme le papier.

AVANT-PROPOS

En 1839, Crompton obtint un effet à peu près semblable au moyen d’un ventilateur placé sons la toile métallique.

C'est en 1840 que de Bcrgue imagina les sabliers. Ces appareils, comme leur nom l'indique, retiennent les graviers et les autres impuretés qui s’opposent à la régularité de l’impression.

Puis vint l'introduction du kaolin dans le papier, qui le rendit plus apte à recevoir les impressions de gravures.

Peu à peu, le chiffon devenant de plus en plus rare et par suite de plus en plus cher, on s’ingénia de tous côtés à le remplacer par une foule de matières dont nous nous occuperons bientôt.

L’industrie de la fabrication du papier éprouva successivement depuis une cinquantaine d’années de profondes modifications tant dans les conditions économiques de sa production que dans la nature des machines ou des procédés chimiques employés.

Remarquons que pendant de longues années, dans les principaux États de l'Europe, la fabrication du papier s’est établie et développée sous le régime d'une protection poussée excessivement loin, consistant dans la prohibition presque absolue des matières premières.

Le matériel de cette industrie dut ensuite se transformer dans une certaine mesure pour répondre aux nouveaux besoins créés par la conclusion des différents traités de commerce.

La transformation la plus profonde porte nécessairement sur la partie du matériel qui sert à préparer la pâte même du papier.

Aux chiffons, dont la rareté de plus en plus grande, augmentait considérablement le prix, les industriels, comme nous venons de le dire, substituèrent une série de substances auxquelles on donna le nom de succédanées des chiffons.

Ce furent généralement des substances filamenteuses brutes à qualités variables, mais qui, en résumé, vinrent combler la lacune considérable due à la pénurie des chiffons.

Après avoir successivement essayé d'employer presque tous les végétaux textiles connus pour les faire entrer dans la composition des papiers ordinaires, les fabricants se sont la plupart du temps arrêtés à un petit nombre de ces végétaux, dans lesquels la ténacité des fibres se combine au bon marché du traitement chimique, ainsi qu’à l’abondance avec laquelle la nature les met à notre disposition.

Nous verrons que les pailles diverses de blé, de seigle, d’avoine, l’alfa d’Afrique, le jute de l’Inde, les fibres du bois, etc., sont les succédanées les plus employées.

Ajoutons, avec M. Orioli, que si les machines de papeterie se sont profondément transformées, il en est de même des divers traitements chimiques usités dans cette industrie.

Nous savons que le lessivage, le blanchiment, l’azurage, la coloration, opérations fondamentales de la papeterie, étaient inconnues des fabricants du dernier siècle.

Il faut reconnaître que les papiers les plus beaux du XVIIIe siècle seraient aujourd’hui rejetés comme rebut. Ils étaient très tenaces, mais ne présentaient aucune des qualités d’aspect extérieur, si recherchées; et si appréciées aujourd’hui.

On a souvent voulu faire le procès du papier à la machine, en cherchant à établir la supériorité sur ce dernier du papier à la cuve ou à la forme. Mais il ne faut pas confondre les qualités que l’on demande à l’un ou à l’autre de ces papiers.

Les papiers d’impression, que l’on voudrait voir plus résistants, ne sauraient acquérir cette qualité qu’au détriment de la netteté d’impression et surtout du prix de revient.

Certains papiers spéciaux, il est vrai, comme les papiers dits de sûreté, billets de banque, etc., dont la durée est une condition essentielle doivent, [continuer à se fabriquer par les anciens procédés de la cuve.

Ajoutons que la machine ne pourra jamais produire les filigranes si nets et si doux auxquels l’ouvrier peut donner naissance dans le travail à la main.

Mais il n’en est pas moins vrai qu’ aujourd’hui la fabrication à la cuve est tout à fait exceptionnelle, et que le papier à la machine s’est substitué à l’autre dans la plupart des cas.

Par M. Paul CHARPENTIER

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