SCÈNE IX
LORRAIN, FLORA ; SAINT-MARCEL, un bougeoir à la nrnm : 9om^ nambule.
LORRAIN
C'est bien lui I je suis mort !
FLORA
Ne le réveillons pas... Vous le voyez , il dort.
SAINT- MARCEL
C'est bien ici, je crois... voici le vestibule... Et sa cbambre est au fond... bien I
FLORA
Il est somnambule !
C'est drôle ! comme on dort en ouvrant de grands yeux I
LORRAIN, le menaçanl.
Je vais le réveiller.
FLORA, le retenant.
Il tombe mort.
Tant mieux !
SAINT-MARCEL, regardant fixement Lorrain, Excusez ma démarche, adorable Herminie, Je viens k vous, le front brûlé par Tinsomnie, Vous demander un peu de repos. Nuit et jour Je veille, incendié par les feux de Tamour.
A Paris, j'ai, pour vous, fait des courses sans nombre; Bien souvent, au soleil, on m'a pris pour votre ombre, Et je n'ai jamais pu trouver un seul instant Pour tromper le vieillard qui vous surveille tant. Un jour, montant la garde au coin de votre rue, Au bras de cet Argus, vous m'êtes apparue, En robe de voyage, avec malles, cartons.
Et la chaise de poste ; alors j'ai dit : Partons. Suivons-la, dans un vol de poussière ou de flamme, Ou je meurs ; car i»on corps a besoin de son âme; Car mes pieds sont guidés par les siens. Suivons-la
iH LE PAQUEBOT.
Jusques au boat du monde, et peut-être au delà.
{Il remet la lettre à Lc^rain.) LORRAIN, furieux,
MoDStre ! tu vas bientôt dormir d'un meilleur somme ! Voici ta dernière heure ! il faut que je t'assomme !
FLORA, U retenant.
Si vous faites, monsieur, cette horrible action, Je vous donne demain...
{Saint-Marcel embrasse FlorapendaM que Lorrain saisit une chaise.)
LORRAIN
Quoi?
Ma démission.
SAINT-MARCEL, prend ta main de Lorrain.
Belle Herminie, il faut que ma longue souffrance Ait un terme; k mon front fais luire Tespérance. Ici, seul avec toi, je pourrais abuser De ma position, et ne veux qu'un baiser.
LORRAIN, le secouant par le bras, Va-f en au diable !
SAINT-MARCEL, feignant de se réveiller.
Ciel!
LORRAIN
Monsieur, je vous engage A sortir de l'hôtel. Vite, pliez bagage.
Ce scandale est trop long , il faut qu'il soit fini.
SAINT-MARCEL
Mais chacun est chez soi, dans un hôtel garni. J'ai le droit d'y dormir, je ne trouble personne î Et pour me réveiller, attendez tjue je sonne.
LORRAIN
Ah ! vous avez le droit de suivre insolemment tJn voyageur, partout, ici même en dormant!
SA1NT-MAR€EL
Accusez le hasard, et laissez-moi tranquille !
LORRAIN
Le hasard vous a fait venir dans cette ville. Bien , récapitulons les calculs du hasard.
Je vous ai rencontré dans la salle Musard ; A l'Institut, un jour de fête académique ; Au Cirque, kTOdéon, à l'Ambigu-Comique ; Vingt fois au Luxembourg, du côté du jardin ;