ACTE n, SCENE IIL
Je vais quelques instants me livrer k l'étude. Et lire un feuilleton de roman sur mon lit.
{Il $6 couche iur le lU au'desstu de Saint-Marcel, et ouvre un grand journal.) Chapitre cinq... Soudain Octavio pâlit :
Il avait reconnu son rival, et l'épée Roula sur le tapis, de ses doigts échappée Comme la hache aux mains d'un novice bourreau.
SAIKT-MARCEL.
Je veux dormir. La suite au prochain numéro.
LORRAIN
Je connais cette voix I Serait-ce lui?
SAINT-MARCEI..
Sans doute.
LORRAIN. Il regarde le lit inférieur, et demeure interdit en voyant
Sainl-Marcel.
Que faites-vous ici, monsieur?
SAINT-MARCEL
Je vous écoute. .
LORRAIN
Monsieur, sortez d'ici !
SAINT-MARCEL
Nos lits sont fort étroits, J'en conviens; vous avez le deux et j'ai le trois : Ce sont nos numéros : en sortant de la rade, Vous êtes mon voisin de lit, mon camarade ; Et loin des importuns, ici, nous causerons De la belle Herminie, et puis nous dormirons.
LORRAIN
Âh ! je ne réponds pas d*un accès de démence ! Cela finira-t-il ?
SAINT-MARCEL
A peine je commence.
LORRAIN
De tout ceci, monsieur, croyez-moi, je suis las; Je vais vous étouffer entre deux matelas !
SAIKT- MARCEL, saulant hors de sa couchette.
Ecoutez-moi, monsieur, raisonnons...
LORRAIN
Je raisonne.
Voyons.
SAINT-MARCEL
Vous ne pouvez interdire à personne
i6 LE PAQUEPOT.
Le droit de voyager.
LORKAUr.
Oh 1 non ; mais j'interdis Le droit de me poursuivre k tous les étourdis, Qui, sous mes yeux, Toudront abuser de leur Sge Pour m'enlever ma femme, avant mofi mariage.
SÀINT-MARGBL.
Oh ! que vous eonnaissez bien peu voire bonheur !
Ces jeunes étourdis sont des hommes d'honneur
Qui vous aiment bien plus qu'ils n'aiment Herminie.. .
Attendez que ma phrase en trois mots soit finie.
Si j'étais, par exemple, un de ces jeunes fous
Qu'un amour libertin attire près de vous.
Je me réjouirais de vous voir, k votre âge.
Affronter de l'hymen l'inévitable outrage ;
Et j'imiterais ceux qui vivent k Paris,
Dans un doux célibat, aux dépens des maris.
Si vous voulez fermer vos yeux k la lumière,
En vous précipitant, la tête la première,
Dans Tabune qu'un maire entr'ouvre étourdiment
Au greffe conjugal d'un arrondissement.
Précipitez-vous; mais votre folie encore
Ne fera qu'irriter le feu qui me dévore.
Et je vais inventer contre vous des ennuie
Qui brûleront vos jours, et glaceront vos huits.
LORRAIN
Je vous trouve, monsieur, un plaisant personnage ! Qui vous donne le droit de troubler mon tnénage ?
Mais c'est vous qui troublez le mien depuis longtenips. Vous êtes deux fois veuf, vous avez cinquante ans, Et vous venez chercher sur un nouveau rivage Le coupable bonheur d'un troisième veuvage !
Un mari comme vous est un épouvantail, Yous consommez vous seul un harem en détail, Et lorsque votre ennui conjugal vous tourmente Une troisième fois, vous prenez mon amante !
Si tous les veufs suivaient de semblables leçons, Ceux qui ne le sont pas resteraient tous garçons.
LORRAIN
Avez-vous lu la Charte?... Eh bien , moi, je l'ai lue ; Elle ne défend rien aux veufs... Je vous salue...