GABRIEL ROUX, ÉDITEUR DES OEUVRES DE MÉRY
LIIRAIUK BDK DU VlEDX-COLOlIBIEn , 23.
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Paris.— Typographie Sgbideioer/ rue d'Ërfurth, 1.
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La comédie comique est à la veille de demander sa retraite. Nous perdrons i)ieQtôt cette chose charmante et Me, créée par les Italiens, et adoptée par Molière et Racine , dans le siècle le plus grave qui ait existé. Heureusement Pourceaugnac et les Plaideurs ont pu se produire sous le règne de Pascal et de Bossuet. A notre époque, si grave et si morale, on n*admettrait plus la pharmacie bouffonne de Fauteur du Misanthrope et les petits chiens éptorés de l'auteur de Britannicus. Si Molière, iaconnu, venait lire aujourd'hui la Comtesse cCEscarbagnas ou Pourceaugnac à la Comédie-Française, îl serait chassé dans la rue Richelieu jusque son monument ; et M. Buloz le poursuivrait encore! devant les tribunaux, pour attentat à la pudeur. J'entends d'ici le réquisitoire du procureur du roi. La fameuse tii'ade latine de la Comtesse (TEscarbagnas serait recitée devant les juges à huis clos; et Molière se verrait condamné à cinq ans de prison.
Aujourd'hui, rhilarîté générale n'est permise qu'à la chambre des députés. Au théâtre, la comédie doit être larmoyante : on demande à pleurer; on etige, sur le théâtre moderne, surtout dans la comédie, les scènes attendrissantes où résonnent les mots partis du cœur. Ces mots, les voici :
Une mèbé : Mon fils!
UjEf fils: U^wktel
UiffE HftiiB : Merd ! merd t mm Dieut
On pleure, et on est content. Elle est effrayante la consommation qui a été faite de ces mois partis du cœur , depuis vingt années, sur les théâtres de Pauris.
L*Odéon m'avait fait l*hoiineur de me demander une comédie du genre comique pour le carnaval. Je n*ai jamais éprouvé de ma vie la tentation d'écrire pour le théâtre. On m'a toujours obligeamment demandé un ouvrage dramatique, comme on me demande un roman pour une revue ou un journal. A une politesse je n'ose opposer un refus. J'ai donc écrit le Paquebot sur invitation; et, après un mois de travail J'avais dépassé les deux tiers du carnaval de 1847. Dans cet intervalle, l'administration de rodéon s'élant renouvelée, j'ai prié H. Vizentini de ne tenir aucun compte de mon droit de priorité, d'inaugurer sa direction par des ouvrages de haute importance, et de donner mon Paquebot le plus tard possible, et quand il le voudrait. H. Mauzin m*ayant témoigné le désir de jouer ma comédie^à son bénéfice, je n'ai pas cru aussi devoir refuser si peu de chose à cet excellent acteur.
Voilà comment ma pièce, écrite pour le carnaval, époque où il est encore permis de rire, a été représentée après le carême, dans les jours sérieux. Les acteurs ont si bien joué, qu'ils ont neutralisé le danger de l'anachronisme. Leur succès a été immense ; ils ont été applaudis scène par scène , et presque vers par vers. Avant tous, je dois citer Mauzin, à qui revient la plus large part de ce succès. Cet acteur, doué d'une verve comique étonnante, excite chaque jour, dans le rôle de Lorrain, des transports d'hilarité inextinguible, et il grandit encore à chaque représentation. Le jeune Delauney prête au rôle de Saint-Marcel sa grâce, son intelligence, son esprit et sa merveilleuse vivacité. Roger joue admirablement le capitaine. Monjauze est plein d'élégance et de distinction dans Mario, et il chante sa mélodie du second acte avec an goût déiicieux, qui lui mérite, chaque soir, des salves d'applaudissements. Mademoiselle Bonval est la plus spirituelle et la plus piquante soubrette qu'on puisse voir au théâtre, dans une intrigue d'amour ; elle lance le mot comme l'arc décoche le trait. Madame Delvil est une jolie actrice dont le jeu, toujours empreint d'une gracieuse décence , donne au rôle d'Herminie son véritable caractère. Tous ces artistes trou* vent le secret de se faire applaudir, chaque soir, pendant deux heures, sur le canevas que je leur ai donné.
Cette comédie remet en scène quelques types connus, et qui
auront encore le privilège d'occuper les planches , tant que la jeunesse, la grâce et Tamour seront en honneur chez les pauvres humains. Lorrain, Saint-Marcel, Mario, Flora, ne sont pas des imitations modernes des Cassandre, des Bartholo, des Yalère, des Lisette. Molière et Beaumarchais n*ont pas inventé ces personnages ; on les retrouve sur les théâtres de Tlnde et de la Chine, comme dans Tèrence, Plaute et Aristophane ; ils avaient déjà fait le tour du monde, avant de se montrer au public français. Aujourd'hui, ce qui nous reste à faire, c'est de les présenter sous de nouvelles formes et avec de nouvelles combinaisons.
IPBBMOJmAmBM.
LORRAIN MM. Mauzw.
LB GÂnTÂINB BEAULIEU . Roen.
SAINT-MARCEL Dïlatoiy.
MARIO MowAuzE.
HERMINIE M™« Delvil.
: FLORA BoHVAL.
La scène se passe aujourd'hui ou demain.
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