‹ Le paquebot: comédie en trois actes et en versChapitre 23 sur 50 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Et jamais de ton pied, n'abandonnant la trace. Eloigne an amoureux pour se mettre à sa place.

FLORA

Gomme on se plaint toujours I Si j'avais deux amants Gomme les vôtres, beaux, généreux et charmants. J'enverrais promener monsieur Lorrain en France; Et mon choix fait, j'irais m'établir à Florence,^ Pays de liberté pour les femmes. Et quand?

Pas plus tard que demain au soir, en débarquant. On doit se marier comme on fait un voyage, A la vapeur, et c'est agir en fille sage.

Qu'il me vienne un parti, je brûle cette main Si je ne la rends pas k mon mari demain.

HERHINIE.

Mais je ne connais pas ces jeunes gens.

FLORA

Qu'importe !

HERyiNIB.

Lorrain les a toujours arrêtés sur ma porte.

FLORA

Tant mieux.

HERMINIB.

Je n'ai jamais trouvé sur leur chemin Un aveu de leur bouche, un billet de leur main.

FLORA

C'est superbe! voyez quel avantage immense D'improviser ainsi son bonheur. On commence Par la fin, vous prenez la pièce au dénoûment ; Vous avez le mari sans passer par l'amant.

Puis, quand le magistrat, prêtre de l'hyménée. Dans des liens de fleurs vous renvoie enchaînée, Vous dites au mari, qui tombe à vos genoux, bonheur ! nous voilà Tun à l'autre ! aimons-nous !

HERHINIE.

Si je veux me soustraire k l'Argus qui me laisse L*avenir de soigner, dans dix ans, sa vieillesse. Je dois suivre ton plan : d'abord il m'a souri, Et je ne quitte pas ce bord sans un mari.

FLORA

Moi, je vais vous servir avec le plus grand zèle. Votre choix est-il fait? Voyons, mademoiselle. Dites-moi si j'ai su d'avance votre choix. Vous aimez Saint-Marcel...

HERMINIB.

J'en ai peur.

FLORA

Je le o'Ctts.

HXRMIlilIE.

Il est bien jeane encore.

h FLORA.

Oui, c'est un grand dommaget Mais il perdra ce vice, en avançant en âge ; Et si monsieur Lorrain n'avait que ce défaut, On se résignerait en disant^ Il le faut I

HERMIMB.

Ce jeune homme est très-bien I Et quelle retenue i Pour lui, je suis toujours une femme inconnue ; Il craint de me parler, il m'évite, et pourtant Il marche près de moi, partout, k chaque instant. Quand je vois, dans sa main, blanchir un pli de lettre. Sans songer k la prendre, k mon insu peut-être. Je m'incline vers lui ; mais il ne comprend pas, Et par délicatesse il s'éloigne k grands pas.

FLORA

C'est un amant qui suit une marche nouvelle.

HBRHINIB.

Explique-toi, Flora.

Yoici^ mademoiselle.

Cette timidité l'honore; on connaît bien Le but dun amoureux qui ne demande rien.

J'ai mon expérience a moi, je la crois bonne, Et je ne garde pas mes conseils, je les donne. Méflez^vous toujours d'un brillant étourdi Dont le regard est leste et le propos hardi.

Adorateur banal qui s'en va, sûr de plaire^ Distribuant l'amour comme une circulaire ; C'est un fléau qu'on doit fuir k la vsq^eur ; mais L'amoureux qui vous suit et ne parle jamais^ Et borne son bonheur de loin k reconnaître Vos boucles de cheveux, au bord d'une fenêtre : Voilk le véritable I Et vous avez compris Qu'il sort de l'élément dont on fait les maris.

HBRMINIE.

C'est juste, mais enfin^ si je suis poursuivie

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