ACTE I, SCENE m
On peut k sa voiture atteler un éclair ; Et quand un jeune fat, toujours, sur notr« trace, Dans notre honneur de père ou d'époux nous menace, Nous prenons un royaume, et dans quelques moments Nous le faisons tomber entre les deux amants.
BERUINIE.
Contentez-vous, monsieur, de votre tyrannie ; Ne calomniez pas.
LORRAIN
Eh ! qui te calomnie !
Je suis prudent; voilk tout, et je ne veux pas Qu'un papillon barbu voltige sur tes pas, Gomme certain monsieur que tu connais sans doute. Je me moque de lui, fort peu je le redoute, Il ne pourra te faire oublier ton devoir ; Mais j'ai quitté Paris pour ne plus le revoir.
HERMimS.
Quel tort lui trouvez- vous?
LORRAIN
Le tort de me déplaire.
Dès que je l'aperçois, j'écume de colère.
Je deviens hydrophobe; et si j'avais vingt ans, Il aurait une balle au front depuis longtemps.
HBRIIINIE.
Je ne le connais pas seulement ce jeune homme.
LORRAIN
Et moi je le connais beaucoup trop. Il se nomme
Saint-Marcel ; il se montre en loge k l'Opéra ;
Fait des dettes qu'un jour la faillite paira.
Joue au chemin de fer, monte à cheval, fréquente
Des femmes de vingt ans, des maris de cinquante.
Et le jour et le soir, encombre mon chemin,
Ses deux yeux dans les tiens, une lettre à la main.
Cet insolent jeune homme empoisonne ma vie.
Enfin, las de te voir sans cesse poursuivie,
Sur timbre, j'ai transmis ma plainte, un beau matin,
A la police, et j'ai dénoncé mon lutin.
La police m'a dit : Âh ! cela vous regarde !
Tout Français qui suit bien les lois, monte sa garde,
Paye, au trimestre échu, ses contributions.
Est majlro ^Je ses pas et de ses actions.
HBRUINIE.
La police a raison quelquefois.
Qui le nie l Oui, mais je u'ai pas tort, moi, ma chère Herminie, Lorsque je pars, laissant k d'aveugles maris Les dangers coiy'ugaux inventés k Paris.
Tu sais que, dans deux ans, comme défunt ton (lère L'ordonna, je serai ton époux; et j'espère N'avoir pas arrangé mon mariage exprès Pour supporter avant ce qui ne vient qu'après.
HERMINIE
Que vous êtes galant !
LORRAIN
Je dis ce que je pense.
HERMINIE
Et que je vous sais gré de vôtre confiance !
LORRAIN
Ma chère, j'ai deux fois été veuf, et je sais Les assauts que subit le beau sexe français.
Pour défendre l'honneur de mes premières femmes J'ai combattu vingt ansi que Dieu garde leurs âmes ! Mon repos est perdu, quand je quitte le deuil. Je veille tout le joiir^ et ne dors que d*un œil.
HtiHikltHlE.
Gela me fait pensef qu'il est peutnâtre sage D'aller nous reposer après ce long voyage.
11 est fort tard, la nuit est courte. Veuillez bien A demain renvoyer la fin de l'entretien .
Déjk deux fois, debout, je me suis endormie \ Bonne nuit^ mon cousin.
{Elle mire à droite,)
Adieu» ma belle amie.
Je vais sonner Flora, qui va te babiller Une heure encore avant de te déshabiller.