CHANT II
C£ soleil qui me brüla d’abord d’un si violent amour , m'avait découvert, par ses explications, le doux aspect de bautes vérités, et, voulant me confesser vainca et persuadé, je levai la tête, pour Ini parler; maïs il s'offrit à moi un spectacle qui m'oucupa tout entier, et je ne pensai plus à ce que j'allais lui avouer. Si nous regardons à travers des cristaux nets ettransparens, si nous considérons une source uitide et tranquille , dont il soit facile d’apercevoir le fond, les images reviennent à nos yeux, affoiblies comme l'éclat d’une perle qui orne un front éblouissant de blancheur; telles je vis des figures qui paraissaient prêtes à par-
ler. Je tomhai alors dans l’erreur contraire à
32 IL PARADISO. CANTO Hi.
Tali vid’ io più facce a parlar pronte :
Perch’ io dentro all’ error contrario corsi À quel ch” accese amor tra | uomo e il fonte.
Subito , si com’ io di lor m’ accorsi, Quelle stimando specchiati sembianti, Per veder di cui fosser gli occhi torsi,
E nulla vidi , e ritorsili avanti Dritti nel lume della doice guida Che sorridendo ardea negli occhi santi.
Non ti maravigliar perch’ io sorrida, Mi disse, apresso il tuo pueril coto, Poi sopra il vero ancor lo piè non fida ;
Ma te rivolve , come suole, a voto.
Vere sustanzie son cid che tu vedi, Qui rilegate per manco di voto.
Perd parla con esse , ed odi e credi
Che la verace luce che le appaga, Da se non lascia lor torcer li piedi.
Ed io ail” ombra che parea più vaga Di ragionar , drizzammi, e cominciai, Quasi com’ nom cui troppa voglia smaga :
O ben creato spirito che a’ rai Di vita eterna la dolcezza senti Che non gustata non s’ intende mai;
LE PARADIS. CHANT Il. 33 celle qui alluma l’amour entre l’homme et une fontaine. Aussitôt que je les eus remarquées, pensant qu’elles étaient refléchies par un corps lucide, je tournai les yenx, pour savoir de qui je rencontrais l’image; mais ne voyant rien, je les ramenai sur mon guide fidèle, qui souriait, et dont les regards étincelaient d'une splendeur sacrée.
« Ne t'étonne pas , dit Béatrix, de me voir sourire de ton jugeinent puéril: tu n’as pas encore appuyé le pied sur la vérité, et suivant son usage, il te fait trebucher.
« Les figures que tu aperçÇois sont de vraies substances , reléguées ici pour n'avoir gardé leurs vœux qu'imparfaitement. Parle avec elles, évoute-les, et apprends que la lumière veritable qui les éclaire ne les laisse jamais s'égarer. » Et moi je m'adressai à l'ombre qui semblait la plus disposée à converser, et, du ton d’un homme que trop de précipitation embarrasse, je parlai en ces termes: «O toi, splendeur si heureusement née, qui dois aux rayons de la vie éternelle une douceur qu’on
34 IL PARADISO. CANTO Hi.
Grazioso mi fa se ini contenti Del nome tuo e della vostra sorte:
Ond’ ella pronta e con occhi ridenii :
La nostrs carità non serra porte À giusta voglia, se non come quella Che vuol simile a se tuita sua corte.
lo fui nel mondo vergine sorella :
E se la mente tua ben si riguarda Non mi ti celerà L’ esser più bella,
Ma riconoscerai ch’ io son Piccarda, Che posta qui con questi altri beati, Beata son nella spera più tarda.
Li nostri affetti che solo infiaminati Son nel piacer dello Spirito santo, Letizian del suo ordine formati :
E questa sorte che par giü cotanto, Perd n° à data, perchè fur negletti Li nostri voti, e voti in alcun canto.
Ond' io a lei : ne” mirabili aspetti Vostri risplende non s0 che divino Che vi trasmuta da” primi concetti.
Perd non fui a rimembrar festino :
Ma or m’ ajuta ciè che tu ini dici, Si che il rafgurar m’ è piu latiue.
LE PARADIS. CHANT HI. 35 ne sait pas comprendre, quand on ne l’a pas sentie, daigne m'être gracieuse et me dire ton nom et le sort de tes coinpagnes. L'ombre répondit promptement, d’an air satisfoit: « Notre charité ne ferme jamais la porte à une volonté raisonnable. Elle est conforme à celle de Dieu , qui veut que toute sa cour lui ressemble. Dans le monde , je fus sœur religieuse. Si ta m'examines bien, je ne te serai pas inconnue, quoique devenue plus belle : tu reconnaîtras que je suis Piccarda. J'ai été placee ici avec ces autres bienheureux, dont je partage la félicité dans la sphère la plus tardive. Nos affections, enflammées senlement d'ane charité et d’un amour qu’elles doivent à l'Esprit Saint , sont joyeuses du séjour que Dieu lenr a destiné, et ce sort, qui parait si peu favorable , nous est réservé à cause de notre négligence , et parce que nous avons manqué en partie à nos vœux. »
Je dis à Piccarda: « Sur ces figures admirables brille je ne sais quoi de divin, qui les change au premier abord. Ma mémoire ne
36 IL PARADISO. CANTO ll.
Ma dimmi: voi che siete qui felici, Desiderate voi più alto loco Per più vedere o per più farvi amici ?
Con quell’ altr” ombre pria sorrise un poco, Da indi mi rispose tanto lieta, i Ch’ arder parea d’ amor nel primo foco :
Frate, la nastra volontà quieta Virtü di carñà che fa voierne Sol quel ch’ avemo , e d’aitro non ci asseta.
Se disiassimo esser più superne, Foran discordi gli nostri disiri Dal voler di colui che qui ne cerne:
Che vedrai non capere in questi giri :
S’ essere in caritate à qui uecesse, E se la sua natura ben riwiri :
Anzi à formale ad esto beato esse, Tenersi dentro alla divina voglia, Perch’ una fansi nostre voglie stesse.
Si che come noi siam di suglia in soglia Per questo regno, a tutto il regno piace, Com” allo Re, che in suo voler ne invoglia.
In la sua volontade è nostra pace :
Ella à quel mare al qual tutto si muove Cio ch’ ella cria, a che natura face.
LE PARADIS. CHANT III. 37 m'a pas servi promptement , mais ce que tu m'annonces vient m'aider , et il m'est plus aisé de te reconnaître. Réponds, toi et les ombres qui jouissent d’un tel bonheur, désirez-vous un lieu plus haut, pour mieux contempler Dieu , et posséder encore plus son amour ? »
D'abord elle sourit, ainsi que ses compagnes; ensuite, aussi joyeuse que dans le premier feu de l'amour divin , elle répondit: « Frère, une vertu de charité guide notre volonté; elle ne Ini laisse désirer que ceque nous avons, et ne nous donne la soif d'aucun autre avantage. Si nous voulions être plus élevées, nos désirs ne seraient plus en harmonie avec Dieu qui nous voit ici; de tels désirs ne sont pas admis dans les sphères célestes. Remarque bien leur nature: il faut parmi nous vivre dans l'esprit de charité. La forme de l'être bienheureux demande que nous nous soumettions à la puissance divine, et toutes nos valontés ici n’en font qu’une. Dans ce royaume, nons sommes rangées de degré en degré; ce
qui plaît au roi qui nous gouverne, plaît à
Cbiaro mi fu allor, com’ ogni dove In cielo à Paradiso, e si la grazia Del sommo ben d’un mwodo non vi piove.
Ma si com’ egli avvienu ch’ un cibo sazia, £ d’ nn altro rimane ancor la gola, Che quel si chiere e di quel si ringraria :
Cosi fec’ io con atto e con parola, ler apprender da lei qual fu la tela, Onde non trasse insino al co la spola.
Perfeita vita ed alto mnerto inciela Donna più su, mi disse , alla cui norma Nel vostro mondo giù si veste e vela;
Perchè ’infino al morir si vegghi e dorma Con quello sposo ch’ ogni voto accetta, Che caritate a suo piacer conforma.
Dal mondo , per seguirla, giovinetta Fuggimmi, e nel su’ abito mi chiusi, E promisi la via della sua setta.
Uomini poi a mal, più che a bene usi, Fuor mi rapiron della dolce chiostra :
Dio lo si sa qual poi mia vita fusi.
LE PARADIS. CHANT III. 39 tout le royaume: sa volonté est notre paix ; elleest cette mer où se rend tont ce que sa graudear a créé , et tout ce que fait la nature. » de vis bientôt clairement que tout liea dans le ciel était Paradis , quoique la grâce du bien suprême y laïissât différemment tomber ses faveurs.
On refase ie mets dont on est rassasié ; on demande une seconde fois de celui qui plait encore : ainsi mes gestes et mes paroles firent cumprendre à celle-ci que j'étais satisfait de sa réponse, mais que je voulais apprendre quelle fnt la toile qu'elle n'avait pas achevé de tisser. Elle daigna me dire : « Une vie sainte, un mérite émainent .sxctezzenT, plus haut que nous, une femme qui, sur votre terre, a prescrit ce vêtement et ce voile qu’on adopte pour règle quand on a juré de ne plus veiller et de ue plus dormir, jusqu’à la mort, qu’aaprès de l'époux qai forme et accepte tous les vœux dictés par sa charité. Pour la suivre, encore jeune j'ai fui le monde , je me suis enfermée
sous son habit, et j'ai promis d'observer ses
E quest’ altro splendor che ti si mostra Dalla inia destya parte, e che s’ accende Di tatto il lune della spera nostra,
Cid ch'io dico di me , di se intende:
Sorella fo, e cosi le fu tolta Di cape l’ombra delle sacre bende :
Ma poi che pur al nmondo fu rivoita Contra suo grado e contra buona usauza, Non fu dal vel del cuor giamimai discioita.
Quest’ à la lace della gran Gostanza, Che del secondu vento di Soave Generd ’l terzo , e l’ ultima possanza.
Cosi parlommi : e poi comincid Æ#ve Maria, cantando , e cantando vanio Come per acqua cupa cosa grave.
La vista mia che tanto la seznio Qnanto possibil fu , poi che la perse , Volsesi al segno di maygior disio ,
Ed a Beatrice tutta si converse :
Ma quella folgorà nello mio sguardo Si che la prima il viso non sofferse :
E cià mi fece à dimandar pit tard.
LE PARADIS. CHANT I. 4x statuts ; mais des hommes , plus accoutumés au mal qu’au bien, m'ont enlevée de ma douce clôture; et quelle fut ensuite ma vie? Dieu seul le sait. Cette autre splendeur qui se montre à ma droite, et qui brille de toute la lumière de notre sphère, a été, comme moi, une religieuse , et on lui a ôté de la tête l’ombre du voile sacré ; mais quand elle fut rendue au monde, contre tout bon usage, et contre sa volonté , elle ne quitta jamais le voile dans son cœur. Tu vois en elle la grande Constance qui, du second orgueil de Souabe eugendra le troisième , et la dernière puissance de cette race. » Piccarda cessa de parler , et commença à chanter: Je vous salue, Mare. En chantant elle disparut , comme un Corpsgrave qui tombe dans une eau profonde.
Mes yeux la suivirent quelque temps , et après l'avoir perdue , se tournant vers le signe d’un désir plus louable, ils se dirigèrent sur Béatrix, Celle - ci jeta de tels éclairs, que ma Vue ne put les supporter, et cela me fit retarder une demande.