‹ Le Paradis de Dante illuminé a giornoChapitre 4 sur 23 · La volonté de Dante, comme celle de Frédéric II, loin de · texte numérisé non relu

La volonté de Dante, comme celle de Frédéric II, loin de

Chant iv. 819

s'alHerkia violence qn* il subissait, s*est constamment révoltée contre elle, il ne loi a cédé en apparence que dans la crainte de tomber dans de plos grands maux, in pHi affanno. Or, il est excusable, car il n'a pas frappé réellement sa mère, comme Âicméon ou Frédéric, tout son tort est d*aYoir feint de diriger ses coups sur elle, lorsqu'ils portaient ailleurs.

Chacune, tu le vois, fut vraie en son langage,

2&. Sainte Béatrice n'aurait eu garde de contredire sainte PiC'carde : professant la même fol, elles exprimaient la même vérité, chacune d'elles gardant la même aficction au voile, al vel, dans la pensée secrète que toute vérité n*est pas bonne i dire.

De mon double désir elle éteignii la flamme.

25. L*albigéisme le plus exalté aurait été satisfait à moins. Cornmeotoe pas adminr Targumentation ondoyante de Béatrice, Vondeg" gian del santo^m, de cette source de vérité tout évangélique?

0 / du premier amanl amante aux doux attraits, elc*

26. Rien de plus naturel que celte explosion de reconnaissance do poète pour Béatrice qui, sous forme de controverse religieuse. Tient de déployer tant d*art pour faire parvenir à ses co-sectaires sa justiâcation et celle de son Aicméon bien-aimé; aussi rappelle*t-il déesse, (/t'ra, attendu que Fâme, nous dit-il dans le Comito, est déité, et que Béatrice est son âme parlante, son logos.

Noire esprit se repose en elle, etc.

27. La vérité à laquelle Dante aspire est celle qui satisfait compiélêment Tintelligence, la raison, nostro intelletto, non la doctrine imposée par Tautorité; hors de cette vérité il n'y a rien de vrai, nessun vero si spazia; la révolte contre l'autorité saute aux yeux.

Ctsï pourquoi naît le doute, ainsi qu*un rejeton, etc.

28. Ce n'es( pas la foi qui admet le doute comme un inoyen d'arriver par degrés à la vérité, mais bien le rationalisme. Le premier chant de TEnfer nous apprend quel est le sommet qu'il s'agit de gravir, quel est le soleil qui rayonne sur sa cime, et nous avons vu

dans le Purgatoire quelles sont les épreuves, colli, par lesquelles il faut passer pour y parvenir. Seule, la Nature, celte loi providentielle de TEmpire, nous y pousse à Taide de Tart d'amour qui dérive d'elle, è Natura che pinge noi. Le refrain est constamment le même.

Je voudrais donc tavoir, après des wbux rompus^ ^ic

29. Là question de Dante se réduit à ceci : Est-il possible de suppléer à Tinobservation du serment prêté dans les temples albigeois par des équivalents, quand ceux-ci sont de nature à être pris en considération par nos frères, ch'alla vosira stadcra non sien parvi?

Béatrice^ à ces mots, sur moi fixa ses yeux. Si pleins des feux d'amour, etc.

30* S'il y a tant d*araour dans les yeux de Béatrice en entendant la question de Dante, c'est qu'elle sait par quels immenses services il a compensé, dans l'intérêt de seç frères, l'inobservation de quelques-unes des obligations qui lui avaient été imposées sous la foi du serment. Mais loin d'en concevoir de l'orgueil, son fidèle baisse les yeux aux témoignages de sa satisfaction, c'est-à-dire qu'il fait mine de lui tourner le dos, diedi le rem e quasi mi perdei (je me fis presque orthodoxe) can gli occhi chini, en prenant l'air confit d'un dévot catholique.

jyun amùw qui hie%\ }oin laisse ceux de la terre, etc.

i. De la terre soumise à la domination pontificale, ce qu'il ne faut jamais perdre de vue, de la terre, qui, seule, est l'Enfer. (Schmidt, II, 28.)

L'e'clat de mes regards te fait baisser les yeux.

2. Les yeux de Béatrice sont ses démonstrations {ConviL) et Dante ne saurait que s'humilier devant ce que lui enseigne sa foi, qu'obéir lorsqu'elle lui ordonne de feindre le catholicisme.

C'est qu'ils ont ceile vue en tout par faite et claire, etc.

3. Nourris de vérité qu'ils étaient, les enseignements de Béatrice, 0(1 ses yeux, ne pouvaient être qu'éblouissants et surtout parfaits, pe^fetto vcder ; c'est là une épithète favorite du Parfait théologien.

L'éiernelle clarté qui, seulement perçtie. Pour allumer V amour à lout jamais suffit, etc.

6. Nous savons qu'il suffît d'avoir vu la lumière pour devenir un Gdèlc d'Amour, un croyant, puis un Parfait.

Car pur d'autres objets si votre âme est émuej etc.

5. ]jà religion d'Amour, n'étant que le culte de ia vérité éclairant la raison et déterminant la foi, i la suite du libre examen. Or Béatrice veut bien accorder qu'il apparaît quelque vestige de vérité dans le caibolicisDie, alcun vestigio che quivi traluce, et c'est là ce qui séduit quelques-uns, mais ce vestige est à demi eiïacé et peut à peine se recoonaitre. Aussi est-il mal conosciuio.

Tu désires savoir lorsqu'on rompit ses vasux, etc.

6. Une pareille question ne saurait être d'uii intérêt majeur |)our Dante, qu'autant qu'on admettra avec nous qu'il avait engagé sa volouté sous la foi du serment, et que certains actes extérieurs avaient pu le faire soupçomier d'apostasie.

Le don qu'il prise plus en sa haute sagesse. Ce fui, tu le comprends, la libre volonté,

7. On se rappelle que Virgile nous a annoncé {Pîtrg, xvjii) que Béatrice aurait à traiter, sous forme théologique, la question du libre arbitre, la nobile virtù, nous indiquant par là l'importance qu'y attachait l'auteur; soyons donc attentifs pour ne pas perdre un mot d'une démonstration si intéressante.

Dont lout être doué par lui d'intelligence, etc.

8. Le libre arbitre est l'apanage des anges et de l'homme, créature intcUigeniL II se trouve chez ceux qui obéissent aveuglément à Tautoriié du Pape, prince de la terre, et chez ceux qui ne sont régis

833 LE PAKÀDIt.

que par la loi de Dieu, qui les éclaire par la tradition, à Taîde du flambeau de la raison.

Soudain t'apparaitra la iainteté du vcbu»

9. Ou notera que Béatrice s^adresse à Dante, comme s'étant luimême lié par un vœu : Quando tu consenti» lui dit-cHe, et plus bas : Dimal toUetto imoifar buon lavoro. Remarquez au surplus que, pour 1;^ validité du vœu, il y faut Tassentiment de Dieu, che Dio consenta, et Dieu rc|)ousse nécessairement tous ceux qui sont contraires à la Nature. Or on n'en saurait douter, Dante était incapable de contrarier en rien la providence impériale.

L*EgUs9 à ce sujet donne pourtant ditpense.

10. Cwnment la dispense accordée par rÉgliso ferait-elle faire bon emploi d'un bien mal acquis, di mal toUeiio ?

AJln qn^ vienne aider à la digestion

Du mets lourd que tu ptHs l'aliment convenable.

11. Cette nourriture lourde , indigeste, cibo rigido, on l'a déjà vu, est celle dont on est bientôt rassasié, c'est l'enseignement catholique, en contradiction avec la vérité révélée à Dante par Béatrice, lo wr ch'io t'ho scoverto.

Ne pan se souvenir n^enfante pas science.

12. Ce vers nous reporte aux paroles de Virgile (ch. XV de V Enfer) : Ben ascoUa chi la nota. D'où suit qu'il va encore être question de la Fortune, mais sous un autre nom, car au résumé, c'est elle qui accorde les dispenses et relève de certains vœux.

Ce pieux sacrifice exige en son essence Deux choses : son objet et la convention,

18. A savoir la chose promise, par exemple, la chasteté, robdlssance, la pauvreté, ce que les théologiens appellent la matière du vœu, et le pacte ou la convention même, appelée la forme.

Si n'ont tourné Us clefs blanche et jaune à Vavance.

1&. Ces deux clefs ne sont pas, comme on le croit généralement, celles de saint Pierre, mais bien l'emblème de la doctrine à l'aide de

bqoelle les hauts dignitaires de la secte donnaient l'interprétation des deux sens internes cachés sous la lettre. ( Voir Purg. ix , note9 25 et SUIT.)

Crois du reste 69i ceci tout échange insensé, etc.

15. SiTobligation assumée en place de la première, n*est pas plus onéreuse, et cela dans la proportion de six à quatre.

On n'en peut trouver d^ autre à lui substituer.

16. Ainsi, dans Tune ou l'autre Église, les deux difs ont beaa tourner, elles ne peuvent valablement délier ceux qui ont engag4.fMr serment leur liberté « le plus précieux trésor que Dieu ait départi à rboniQie, 0 rien ne pouvant lui être substitué qui soit d*iin prix ('gai, sodisfar non si puô con altra spesa. Le souverain Hcmtife s arroge donc à tort, le droit de relever des vœux religieux, comme aussi, ce qu'il a fait trop souvent, des engagements pris envers les sectaires, et surtout le droit de délier les sujets du serment de fidé-

MurltU, n« IraiUz pas les tuiuju tu haijaielleSy etc.

17. Comment les catholiques, ces suivants de la Mort, nwrtaii^ n*auraient-ils pas été trompés à une proclamation de principes faite avec une telle apparence de conviction, et n'auraient-ils pas Ikrmé cbariiablement les yeux sur quelques propositions hasardées?

Mieux eût wilu pour lui se rétracter et dire : J'ai fait mal ; que défaire en persistant bien pire»

18. In vovemio fuit stultus, dit saint Jérôme, et in reddendo tmpû». La logique de Béatrice se dément ici tout à fait. Que Jephté ou Agamemnon eussent manqué à leur vœu en disant : J'ai mai fait, ils se seraient déchargés de leur obligation, de leur propre autorité, per suo arbitrio; eussent-ils voulu s'en acquitter par substitution, quelle victime deux fois plus précieuse que leur propre fille auraientils pu sacriûer?

Même orgueil égara des Grecs le chef fameux, etc.

19. Jephté et Agamemnon ne seraient-ils pas mis ici en avant pour rappeler à la pensée tant de victimes humaines, immolées par

824 LE rARADIS.»

le fer ou expirant sur le bûcher, dans les croisades contre ics Albigeois, au nom d*un Dieu de paix et d'amour? Je ne sais, mais Jephté a bien l'air de figurer ici pour Raymond Béranger livrant sa fille, Tinnocente église albigeoise, aux rigueurs pontificales, comme première arrhc de sa soumission, sua prima manda; puis le gran duca dei Greci, de ces Grecs qui ont une double conscience comme les Centaures h la double poitrine {Enf. xii), ce gran duca m*esl suspect On pourrait bien voir en lui lu pape Innocent III. Comme aussi dans son Iphigcnie, il nous semble reconnaître la Vergine cruda qui vint se réfugier à iMantoue, après la ruine de Toulouse et la mort de ïiresias. Pauvre fille dont le beau visage fut réduit à pro^rç la couleur orthodoxe, pianse il suo bel volto. Il serait d'autautr-pltis aisé de s'y tromper que les sages et les fous crurent prudent de [.'iinftier, pianser di se, lorsqu'ils eurent vent de l'étrange culte rendu à Dieu par les croisés de Montfort et par les légats romains, udir parlar di cosi fatto colto. Car enfin , l'église albigeoise était fille de cette Église chrétienne dont le Pape est l'époux, fille un peu émancipée sans doute, mais qu'il aurait été possible de traiter moins fudement.

GUte voire fiété, chrétien$f soit calme et grave, etc.

20. Vous qui professez le véritable christianisme, non celui de Rome, gardez-vous de croire à l'efficacité des dispenses et des indulgences catholiques. N'allez pas à droite et à gauche, mais suivez constamment la ligne du devoir, en remplissant religieusement les obligations contractées envers vos frères ; si vous paraissez, comme Dante , vous éloigner d'eux momentanément, que ce soit pour leur propre avantage, pour leur rendre un service signalé fait pour tranquilliser votre conscience, servigio tanto cke l'anima sicuri di liti* gio, et avec la certitude qu'il leur rapportera six au lieu de quatre. En fait d'eaux |)our vous laver, ne comptez que sur le Lcihé et l'Eunoê, et n'ayez recours à l'eau bénite que si vous ne pouvez faire autrement, à celle du baptême substituez le feu de l'Esprit (Schm.)

Vos guides tont VAncierit le Nouveau TestameiU, Et la voix dupastetir qui dirige V Église.

21. Quel pasteur et quelle Église? L'Ancien et le Nouveau Testament ont été de tout temps l'arsenal où l'hérésie a été chercher les armes qu'elle dirigeait contre le catholicisme ; de là sa persistance à

répandre les traductioas des Saintes Écritures; luais les Bonshommes du concile de Lombers nous ont édifié sur la valeur que les Albigeois attribuaient à TAncien Testament : c'était, sauf certaines exceptions, un livre historique écrit en style figuré, dont le langage devait s'interpréter selon les lumières de la raison; les Évangiles seuls avec rAjx)calypse étaient la parole de Dieu. Leur église avait ses ministres, ses * pontifes, son pape {voir page 9 des RévéL), et on petit être certain que le pasteur dont parle ici le poète n*est pas à chercher parmi ceux ^ ,

que le poète a représentés successivement sous tant de formes odieuses.

Soyez hommes, non point des brebis en déîire. * t

22. Si la louve romaine, la prostituée de Babylone, dans l'intérêt de sa cupidité, mata cupxdigia, cherche à vous détourner 0a vrai sentier, montrez que vous êtes des hommes et non des brutes stupides, acceptant avec docilité ce nom de brebis que le ilergé romain donne à ceux qui se courbent aveuglément sous le joug {Convito). EnGo ne devenez pas pour les Juifs eux*mêmes des objets de déri- ^

sion, en vous voyant vous prosterner devant leur dieu JUoloch, en proclamant le dieu d*amour.

Béatrice parla &)mme ici je l écris»

23. Gomme Yirgile l'avait annoncé, Béatrice vient de traiter de la • noble vertu » désignée par le nom de libre arbitre; Dante tient à constater qu'elle l'a fait comme il l'a écrit, cam' io lo sa*ivo. On peut juger maintenant dans quel esprit elle s'est acquittée de sa tâche. {Voir la lettre de Dante à Moroel iHalaspina.)

Se fixèrent au point d'où s'épand plus de vie,

2k. Âu ciel de Mercure ou ciel de la dialectique, plus voisin que celui de la lune pontificale du soleil de la raison ; attendu que c'est à l'aide des déductions logiques et des formes savantes de l'argumentation réduite en art que l'on arrive à la démonstration de la vérité, tandis que la grammaire ne fournit que les éléments du langage.

Hon silence et son air, qui venait de changer, etc.

25. Cette transmutation soudaine de Béatrice vient fort k pro|K)$ pour empêcher Dante de lui poser des questions plus ou moins em* barrassantes. Nous verrons, au surplus, ces changements à vue de

Béatrice se répéter \ chaque passage d'une planète dans une autre • on eu aura bientôt rexpiication.

Tout son être à mes yeux montra tant de délice Que d'unpiiis vif éclat l'étoile en resplendit.

26. La planète de Mercure que Dante assimile à la dialectique, attendu, dit-il, que cette science « est toute concenlrée, avec l'indication de son but, dans ce texte précieux qui constitue l*(titrt>ii,et le nouvel Art (d'amour); perfetinmeme è campilata e tef^ninata in quel TANTQ TESTO che neW arte vecchia e nelta nuova si trova. » Rien de plus précis sans doute. Sur ce, Pcdcrzini annote que la vecchxa arte doit être quelque ancien traité de dialectique. ^— Ce n'est pas toot 4 De même que la planète de Biercure est plus que toute autre voilée par les rayons du soleil, la dialectique est aussi plus voilée qu*auqffie autre science, en tant qu'elle procède è l'aide de raisonnements sophistiques et d'arguments probables {Conv, ii, 14). » On peut donc s'attendre qu'un nouveau personnage d'une part, et Béatrice de l'autre, vont faire assaut de dialectique pour établir, avec toutes les subtilités que comportait la difficulté des temps et toutes les ressources de l'ancien et du nouvel art d'amour, Tun, que la souveraineté du monde entier appartient au saint Empire romain et à son chef; l'autre, que l'albigéisme est la seule véritable loi religieuse; que le monde intellectuel procède immédiatement de Dieu par émanatiou, tandis que le monde matériel ou inférieur est l'œuvre d'un créateur en second ordre.

Que dui-je jaire moi, mohiU par nature» etc.

27. Nous n'avions pas besoin de cette déclaration de Dante pour savoir qu'il savait donner à ses pensées et à l'esprit qui les inspire toutes les formes et les déguiser sous cent aspects différents. L'aveu est pourtant bon à noter.

Comme dans un vivier dont l'onde est calme et pure Accourent les poissons vers les appâts trompeurs, etc.

28. Les nouveaux venus sont des fidèles d'amour, et d'après la définition que Virgile a donnée de l'amour (ch. xv du Purg.)^ ils savent que dans le del « plus on est pour aimer, plus on aime en effet; » que de plus ils n'entendront rien qui ne soit destiné à la propagande amoureuse, ecco chi crescerà li nostri amori, Muets,

dansicur discrétion jurée, comme des poissons, ils accourent pour se repal(re du pain des anges, pain de vie (Cotw. i), che stimin lor pastura, et qui leur vient, non du dedans, c'est-à-dire du sein de l'Église romaine, leur peschiera, où les avait entassés le Glet de Caligorant, mais bien du dehoi*s, di fuorù Pas un mot qui n*ail été pesé et employé selon sa valeur secrète.

Une immense allégretie en elle apparaiseait-

29, La Gaie science ne pouvait se révéler autrement chez les adeptes.

Pense, Ucieur, en tqi combien éveillerait Ce récit commencé, etc,

.. . . D'in^atience avide.

30. II est certain que ceux-là qui comprenaient le langage symbolique devaient élre fort curieux de savoir comment le poète parvien* drait à la fin d'une tâche si audacieuse et si difficile à la fois.

Avant d'avoir quitté tes frères militants.

M. La milice du Temple, eommilitones Christi, selon l'expression de saint Bernard, est constamment désignée dans le poème par le mol miluia, Dante ne fait donc que proclamer ici de nouveau sa fidélité au drapeau sous lequel il n'a cessé de combattre et dont il se complatt à prophétiser le triomphe.

De ce feu dont au ciel resplendit tout l'espace Nous sommes embrasés, etc,

32. Nous savons que ce feu est celui de l'amour, dont le flambeau répand au loin la lumière de l'Orient dans le ciel sectaire. Aussi Dante l'appelle-t-il lume.

Parlé en toute assurance.

Et non moins qu'en des dieux aie en eux confiance.

33. Cette expression corne a dii est remarquable et surtout à raison du personnage qui vient de porter la parole; ce n'est ni un pape ni un saint, tant s'en faut, mais c'est un empereur, et dès lors, nous le savons, un représentant de Dieu, il est la loi vivante, un trono del trimfo etemai.

Car ion souris s'avive en révélant ta joie.

3^. Dans le Comito, Dante définit le rire, una coj'mscazione délia dilettazione dell* anima.

Mais ton nom je Vignorct dme sainte, et ne sais, ctc,

35. La sphère de Alercure* se vuile aux regards des ordiodoxes, mortai, par suite du voisinage du soleil -raison, qui a ses motifs pour ne pas laisser resplendir h leurs yeux tous les rnyous de la dialectique; il piend soin de les faire briller pour les seuls fulùles sous les couleurs impériales, eon gli Â.L.T.R. Y£ raggû Nous n*eu avons pas encore fini avec ces bienheyreuses lettres pointées.

«...Sa clarté première S'en accmtt de flots d'or inondant ma paupière,

36. Comment la Splendeur impériale n*aurait-eUe pas été flattée de rencontrer en Paradis un vivaiu si bien pensant ?

Qtiand des brouillards épais

Son ardeur triomphante a p^^rgé Vatmosphère,

37. Quand le soleil-raison triomphe des grossières vapeurs' du catholicisme, il juge encore prudent de se dérober aux regards des profanes dans les enseignements lumineux qu'il dispense à ses fidèles» 51 cela egli stessi per croppa luce.

A mes yeux se cachant

Dans ses propres rayons, la figure sacrée^ etc.

38. C'est bien le moins qu'un dieu ait une sainte figure, figura santa, et que les rayons de la Gaie science puissent lui servir de manteau, au point de dérober son essence aux regards profanes. C'est àoncchiusa, chiusa que va répondre cette âme glorieuse, c'eslh-dire en dissimulant de son mieux, dans un langage essentiellement dus. Il nous faut donc l'écouter d'autant plus aiieutivement.

GHANT Yl.

Contre le court du ciel lorsque fui retournée Jadis par Constante cette aigle qui d'Énée, etc.

1. L'aigle qui vint d'Orient en Occident avec Énée, l'homn^e du de stin, /a(a/em JBnean, que le ciel escortait, seguio, s'il faut lire (k bornais nous avons préféré la leçoo&du Codice Bertt, qui porte cICella . Pour nous, ces mots « contre le coui*s du ciel » sont l'expression du regret éprouvé par Dante, eu songeant aux résultats de celte translation du siège de l'Empire, qui livra Rome et Tltalie à l'ioflaence |)ontirica!e.

Au0! lieiLX vohins des monts dont il partit d^aitord*

2. Sur les rives du Bosphore, dans le voisinage des montagnes de la Troadc, d'où Toiseau de Dieu, Vuccel di Dio, continua de gouverner le monde, bien qu'à l'extrémité de l'Europe, nello stremo d'Enropa; ce qui prouve que le lieu de la résidence du monarque uni* versel n'influe en rien sur Je droit qui lui appartient.

Par Vin^piralion de Vétemol amour , elc,

3. Ce fut sans doute aussi par la volonté du premier amour, del primo amor ck*io sento, que Justinien, qui à de grandes qualités joigoitde déplorables faiblesses, embrassa l'hérésie des P/tamastVM£e5 et se rangea à l'opinion de Julien d'Halicamasse, évéque monophysite, soutenant avec les gnostiques, ces premiers fidèles d'amour, que le Christ n'avait pâti qu'en apparence. Et voilà probablement la véritable cause de cette étrange canonisation de Justinien, qui avait d'ailleurs, comme restaurateur de l'empire romain, resiÀtutor impe-rii, des droits incontestables à l'admiration du poète gibelin.

Je croyaiSf et ma foi plaisait à mon esprit. Qu'une seule nature était en Jésus -Christ.

h, Justinien semble se complaire encore dans le Paradis au soutenir de cette hérésie qui satisfaisait sa raison, di tal fede era con^ temo.

Mais de taini Agapet, ce patteur vénérable, M'arracha la parole à mon aveuglement.

5. Saint Nicolas, évoque de Trêves, fut moios heureux, car ce fut en ?ain qu'il s'éleva contre la doctrine adoptée par lustinien, à qui il écrivait que l'Italie, l'Afrique, la Gaule et l'Espagne retentissaient d'anathèmes contre une croyance réprouvée par la foi véritable. L'empereur n'en persista pas moins dans son opinion et se livra à une Intolérance pleine d'orgueil contre ceux qui la repoussaient De son côté, l'impératrice Théodora, cette ancienne courtisane devenue sa femme, s'était faite la protectrice des Pauliciens ou Manichéens d'Arménie, comme les appelle Bossuet. Qu'on nous explique par quel motif Dante rappelle ici l'hérésie répudiée par Jusiinien et garde le silence sur celle dans laquelle il s'opiniâtra ? {Hùt, ecclésiast.)

Je le crtUf et je vois non moins évidemment

Ce dont il m'assurait, qu'il est pour toi palpahk

ÇLu*en tout dire contraire est le faux et le vrai»

6. Que peut-on conclure de la proposition perfidement rapprochée du dogme des deux Natures? Évidemment qu'il y a dans ce dogme du vrai et du faux; c'est la mise en pratique au liv* siècle de la doctrine de Hegel sur l'identité des contradictoires. On ne s'exprimerait pas autrement pour dire : J'avais au moins autant raison que lui.

Quand de VEglise feus embrassé la doctrine, etc.

7. Quelle Église? Celle d'IIalicarnassc sans doute, à moins qu'il ne s'agisse de l'église impériale de Constanlinople, à laquelle Justlnien aurait soumis celle de Rome sans la résistance de ce même pape Agapet.

Dieu daigna m'inspirer par sa grâce divins Le glorieux labeur auquel je me livrai.

8. C'csl-à-dire que Dieu on plutôt Tribonien, adversaire honteux du christianisme, pour lequel il dissimulait mal son aversion, lui suggéra l'idée de réunir, en les coordonnant, les lois romaines, dans le code qui porte son nom. Il est juste de dire, au surplus, que luimême prit une part active à ce travail, qui faisait sa gloire véritable aux yeux du poète. I/aduiiration de Dante pour Justinien n'est en effet que l'expression de l'esprit national en Italie, où le droit romain était considéré de son temps, non conimo particulier aux Romains,

mais comme le droit commun des sociétés hamaines; d'où Tidéè d'Doe monarchie universelle régie d'après les principes de cette loi

souveraine.

Alorgjà confiai l'armée à BéUsa%r$^

9. Il ne fut pas moins glorieusement servi par Narsès et les deux Germain.

Je vis que je devais me repoier enfin.

10. Suivre les préceptes de la religion de paix et d'amour, et faire jouir le monde de ses bienfaits.

S'élève également contre h sacré signe Qiii s'en empare et qui prétend lui résister.

li. Les Gibelins purs, d'une part, disposés à s'isoler du |)arti albigeois ou templier, dont le but est une révolution religieuse; qui, préoccopés uniquement de la question politique, oublient que l'aigle ^t le symbole des deux puisisances; et les Guelfes, d'antre part, qui prétendent iaire fléchir le pouvoir temporel sous l'autorité religieuse.

* .. T.<t cime escarpée 8om laquelle tu vie U jour fut aux regrets*

13* Pompée détruisit Fîesole, dont les habitants, descendus dans l3 plaine, construisirent Florence.

..... Pour qu'une paix profonde A son exemple enfin descendit sur le monde.

13. A mo modo, à la ressemblance du ciel, régi par une volonté iiniqne à laquelle tout se soumet, gouvernement de justice et de paix Que la monarchie impériale peut seule reproduire sur la teiTe.

.... Son vol fut si rapide QiM V histoire elle-même à le suivre est timide,

1^* II ne faut pas perdre de vue que c'est toujours de l'oiseau "Dpérial qu'il s'agit, du sacrosanto segno.

Brntuset Cassius, qxiela douleur dévore ^ etc.

15* Les assassins de César personnifiant l'esprit républicain opposé

832 LR PARADI8.

à Tunit^! monarchique, esprit qui dnininalt dans les rounicipes gudfcs de r Italie.

Celui qui d'un hrat ferme ensuite le porta.

i6« Auguste, vainqueur d'Antoine k Pérouse et à ftlodènc.

,,..Sa main forte et sage Des portes de Jantafit se clore l'airain.

17. Tant de merveilles ont été opérées sous les auspices de l'aigle romaine, parce que les empereurs réunissaient les deux pouvoirs spirituel et tem|)oreI et qu'«i la touveraineté |)olitiquc ils joignaient, comme grands pontifes, la suprême autorité religieuse usurpée par les Papes.

Lui concéda la gloire, au gré de la sentence

Et du courroux d'en haut, d'exercer sa vengeance,

18. Ponce Pîlate, délégué de Tibère, qui portait alors Taigle impériale, vengea sous ce symbole sacré l'offense du péché originel, en frappant dans Jésus-Christ une victime volontaire. Or, nous dit Dante, cet acte de justice terrestre est la preuve évidente que le peuple romain était prédestiné par Dieu à l'empire de^ la terre, ad imperandum ordinatus; car si l'empire romain ne s'étendait pas de jure sut le genre humain tout entier, Jésus-Christ, condamné au supplice par la sentence d'un juge romain, ne serait pas mort par le fait du genre humain tout entier, ayant l'empereur pour représentant, et il n'aurait pu dès lors racheter tous les hommes du péché originel, Christm îtascendo prasumpsû tnjustum... et peccatum Ad(C in Christo non fuit pumtum, (De Monarchia, il.)

Plus iard^ avec Titus, il courut sans merci Chdlier les vengeurs de la première offense.

19. L'aigle châtia sur les Juifs assiégés dans Jérusalem ceux qui avaient été les instruments de la Passion du Juste, mort {)our expier l'offense du péché originel.

..».0n voit Charlemagne vainqueur, Sous ses ailes, bientôt lui prêter assistance.

20. En triomphant de Didier, roi des Lombards, contre lequel il

CHANT Vî. 833

aTail été appelé, par le pape Adrien, à défendre le saint-siége, en 773. L*aigle n'aurait pas alors attendu la consécration pontificale ponr couvrir le roi frank de ses ailes, puisque Léon III ne plaça sur son front la couronne impériale qu'en 800; ce qui prouverait, au besoin, combien le sacro-saint oiseau tenait peu compte de l'autorité spirituelle.

•,.,Ceux que tout à l'heure encore j*aceusais,

21. Les Gibelins purs, indifférents à la question religieuse; mais surtout les Guelfes, catholiques quand même, les ultrapapisles, prédécesseurs de nos nltramontains, étaient aux yeux de Dante la cause de tous les maux de. l'Italie, son caggion dt tutti i vostrimaU. Faute de pouvoir faire nettement cette distinction, il la donnait à entendre de son mieux. {Yoy. Enf., xvi, note 6.)

Ltk hamnikre aux lie d*or , etc»

22. La politique de la France là portant constamment à sontenir le saint-siége, pour empêcher l'Allemagne d'étendre son influence sur l'Italie, et Charles II d'Anjou, roi de Naples, étant toujours prêt à répondre à l'appel des Guelfes.

Dane un but humainy

D'intérêt de parti Vautre se Tapprofrié.

23. Les mots appropria quello a parte font bien comprendre que, pour Dante, l'intérêt religieux était au-dessus de l'intérêt de parti, et qu'il ne reconnaissait pour ses frères que les sectaires voulant, comme loi, rendre à l'Empire sa double suprématie, à l'aide d'une révolution religieuse, politique et sociale.

.... Ce signe propice Convient mal à qui laisse à l'écart la justice-

2/ï. Il ne saurait convenir aux Gibelins orthodoxes , aux politiques, indifférents h la question religieuse ; car l'aigle, qui a exercé sa justice sur la divinité elle-même, dans la personne de Jésus- Christ, répudie ceux qui reconnaissent une autre justice rivale de la sienne» chi la gittstizia e t.vi diparte.

Qu'avec ses Guelfes n'ait à tenter Charles deux, etc.

25. Le crime de Charies d'Anjou, père de Charles II, fat d'avoir vaincu Manfred , fils de Frédéric II , et d'avoir accepté du pontife romain la couronne de Napies, usurpée sur Conradin; celui du Gis, fidèle à la même politique, fut d*élre resté dévoué au saint-si^e.

Pour arborer ses lis il ne doit peu songer De bannière jamais que Dieu veuille changer.

26. Dieu ne désertera pas la cause de la justice, dont Taigle est le symbole, pour celle de Tiniquité et de la spoliation , en passant sous la bannière du prince guelfe. Mais, si la. bannière de Dieu est celle qui porte l'aigle, de qui sera celle qui porte la croix et les clefs do saint Pierre ? VexUla régis infemi, telle est la ré|X)Qse de Dante à celte question. {Enf, xxxiv.)

... ,Tend\isvers ce but^ les désirs excessif s

S 'écartent de leur v«î«, et s'éUx^ent moins vifs, etc,

. 27. Ceux qui, dans leur vie active, se sont proposé pour but la gloire, ont dévié d'autant du véritable amour ; ils sont donc placés PU Ciel dan9 un rang moins élevé que les esprits contemplatifs on les solitaires, que nous connaîtrons bientôt, et il leur faut se contenter d'y avoir en partage une petite étoile, picciola Stella.

Sans le juger ni plus ni moins considérable.

28. Dans cette utopie de la monarchie universelle, chacun devait être satisfait de la part qui lui serait faite, sans jamais s'exagérer les services rendus, sans que le mécontentement ou Tenvie pût engendrer rien de répréhensible. Dante oublie un peu que c'est un bienheureux qui parle, lorsqu'il lui fait dire : No?i si puote giammaitorcer ad alcuna tiequizia. Comment une mauvaise pensée naitrait-ellc dans le Paradis 7

Comme diverses voix forment de éU)tix concerts, etc,

29. Due hiérarchie étant nécessaire, même au sein de l'égalité, il y a des rangs plus ou moins élevés dans le Paradis; il devra donc en être de même dans la monarchie universelle.

GHANT VI. 8SS

.M. Aomwu, dotU grand fut Vctuvreet glorieux,

30. It BOUS est împottible de découvrir quel rapport peut avoir l'œnTre de Romien de Villeneuve avec la questioo de hiérarchie* D'autres auront peot*4tre plus de perspicacité.

Mais Vingrat Provençal déchainé contre lui N*eut guire à s'applaudir, etc.

31. Ma t Provenzalt non hanno riso. Ces mots sont employés ici éîidemment en vue de la formule maçonnique : « J'ai pleuré et j'ai ri; > les Provençaux ayant dû passer de la Gaie science albigeoise à rorlhodozie romaine.

Si 'RayvMmd Bérenger de quatre filles père Put Tfoir chacune reine, etc.

31 Marguerite, mariée à Louis IX ; Éléonore, à Henri fil d'Angleterre; Sancta, à Richard, duc de Cornouailles, élu roi des Ro* mains; et BéaUrice, à Charles d'Anjou, roi de Fouille.

San nom, d^jà loué, U serait davantage,

33. A en croire les commentateurs , Romeo ou Romieu de Yillenenfe, accoeiUi par Raymond Bérenger, lorsqu'il revenait d'un pèlerinage à Saint- Jacques-de-CompostelIe, aurait contribué par ses talents , son zèle et sa probité , ï rendre le comte de Provence assez riche et assez puissant pour marier ses filles à quatre rois ; mais riflgratltude de Bérenger aurait réduit ce royal serviteur à la mendicité. {CL L'Ottimo, Benvenuto d'Imola, Villani, ht. Fior, vi, 92.) C'est là évidemment une légende allégorique.

Yoici aiaintenant ce que dit l'histoire : Né vers 1170, Romieu de Villeneuve mérita , par ses services administratifs et militaires « la confiance que lui avait accordée Raymond Bérenger lY, comte de Provence, de la maison de Barcelonne. U se rendit maître de Nice» qni , de concert avec Marseille , Arles , Avignon , s'était révoltée contre son suzerain et qui, malgré l'assistance des Génois, fut forcée de se rendre le 9 novembre 1229. Il réunit aux fonctions de ministre principal les titres de connétable et de grand sénéchal de Provence. Après avoir contribué par son habileté à marier l'ainée des filles de son maître au roi de France , la seconde au roi d'Angleterre et la troisième an comte de Cornouailles, qui fut Richard Oeor-de-Lion , il avait décidé Raymond à l^uer par testament tout

SOU domaine à Béatrice, la plus jeoiin , afin d'éviter le morcellemenl de la Provenc<?. En Gonséqiicncc , le comte s'étant réconcilie, au concile de Lyon, avec Raymond Vil de Tonloase, son ancien ennemi, un projet d* union entre ce prince et Béatrice de Provence fat arrêté entre eux et obtint Tapprobation chaleureuse du pape Innocent IV. Nais aussitôt après sou retour du concile (12^5), le comte de Provence mourut et institua, par son testament, Romieu de Villeneuve tuteur de Béatrice et régent de la Provence. Ce fut donc ce dernier qui, dans le plein exercice de sa puissance, négocia le mariage de cette princesse avec Charles d* Anjou. (Cf. Bouche, But. de Provence, II, 2/i2-26/i; O. Vaisselle, Hùt. du Languedoc^ 1. XXV, c. 91 , 92 ; G. de Puylaurens , c. 45 ; La Salle , Essai sur l'hist. des comtes de Provence; Baudier, Hùt. de V administration de Romieu de Villeneuve, ) ,

Il y a certes loin de là à la légende des commentateurs, inventée pour venir à Tappui de la version de Dante. Romieu de Villeneuve ne quitta pas la Provence pauvre et affaibli par Tâge, il conserva sa puissance et ses honneurs avec la confiance de son maître, auquel il survécut , et put consommer la réunion de la Provence à la couronne de France. Dante a donc faussé sciemment Thistoire en ce qui le concctne , comme il Ta fait pour Françoise de Rimini , pour Ugolin, pour Stace, et s'est prévalu de son nom pour personnifier en loi i'albigéisme chez cette population provençale, dont l'activité et Tindostrie avaient contribué si puissamment à la grandeur de ses princes. Nous avons dit ( p. 66 des RévéL) , d'après l'explication donnée par Dante lui-même dans la Vita nova, ce qu'il fallait entendre par cette qualification de Romieu, « Les hérétiques de France, dit aussi C. Schmidt , dans sa savante histoire des Cathares, visitaient leurs frères d'Italie sous feinte de pèlerinages à Rome. C'est ce qui eut lieu notamment à l'époque du jubilé de 1300, et ils prenaient alors le titre de Romieux, De même ceux de l'Italie visitaient leurs frères de Provence , sous prétexte du pèlerinage à Saint- Jacques-de-Compostelle en Galice. » Ce fut, en effet, le prétexte dont se servit Y épicurien G. Cavalcantl pour se rendre à Toulouse, où il s'éprit de cette dame, dont les yeux rayonnants lui rappelaient ceux de la dame mystérieuse dont il était , à Florence , le servant dévoué {v, les Révél, ). Il semble que Dante , si hostile à la France et à la maison de Valois , aurait dû garder rancune au grand sénéchal pour s'être joué de Raymond VII et avoir fait épouser rhéritière de la Provence à ChaHes d'Anjou ; mais non , il manifeste

Je plus tendre intérêt pour des malheurs que ce ministre habile nVut jamais à subir, taudis qu'ils éprouvèrent cruellement le peuple albigeois. C*est que, pour lui , ce peuple se compose de Romietix^ de citoyens de la nouvelle Jérusalem , de la cité nouvelle, Villa nova, réduits à subir le masque catholique et récompensés de leurs loyaux services par Texil et la misère. On pourrait même cniire que, par ce ooDi de Raymond Bérenger, il a cherché à faire confusion entre ces deax rivaux , les comtes de Provence et de Toulouse, qui le portaient également; tous deux coupables à ses yeux d'injustes rigueurs envers les Albigeois, auxquels ils étaient redevables de leur grandeur; tous deux ayant à se reprocher la même lâcheté dans leur conduite politique , quoique sachant au besoin payer bravement de leur personne sur les champs de bataille.

CHANT Yli.

Hosanna, Jehovah, Domine Sabaotb.

1. Ce mélange de mots hébreux et latins si étrangement mis dans la bouche de Temperenr Justinien, doit rappeler à tous ceux aux mains de qui sont tombés des livres de franc-maçonnerie, le fréquent usage des termes hébraïques dans les cérémonies affectées aux divers grades. Nous croirions volontiers que la pensée du poêle était de donner à entendre par ce langage mixte, que la secte politico-religieuse \ laquelle il appartenait, née en Syrie et en Palestine d*où les Templiers avaient rapporté le gnosticlsme albigeois, se rattachait par des liens mystérieux au parti impérialiste latin, à celui qui rêvait la restauration de r£mpire universel.

C'est aimi que chanta la hrillanie substance A la double clarté^ etc.

2. 1^ donble splendeur qui revêt cette substance symbolique caractérise précisément le double but que la secte se proposait d'atteindre : la suprématie religieuse et politique aux mains d'un empereur ; c'est pour cela qu'il est dit d'elle s'indua, c'est pour cela que, sainte, elle se meut avec sa Cour de justice, sa Hôte, sua Ruoia,

.... Cfl respect profond, auquel rien n'est pareil,

Qmî tout entier pour B. me domine et pour I,C.E, etc,

S. Lisez : pour Béatrice, B. et pour lesus Chrislo, Enrico, au Irement dit I. 0. E., ou Henri de Luxembourg, le Christ» le Sauveur de l'Italie, ces initiales résumant la foi religieuse et politique du poète. Voyez en preuve sa lettre aux princes et aux peuples de l'Italie. Dante n'emploie qu'une fois dans le poème cette abréviation familière du nom de Béatrice, et cela précisément au moment où il proteste pour elle de son profond et constant respect, ce qui implique contradiction : ajoutons qu'une pareille affectation de sa part à jouer avec les lettres ne peut avoir eu qu'un motif des plus graves. {Voy. p. 225 et 226 des Révél.)

Et laissant rayonner un sourire en ses yeux» etc.

U. Comment Béatrice, qui a pleuré dans l'Enfer sur les dangers dont son fidèle était menacé, et que nous avons vue si désolée dans le Purgatoire, après l'enlèvement de son saint-siége, ne rirait-elle pas de bon cœur dans le Paradis, lorsqu'elle vient d'entendre Justinien, frauduleusement canonisé, débiter un résumé du premier livre de Monarchia, puis glorifier l'héroïsme du généreux peuple albigeois sous le pseudonyme de Romieu de Villeneuve?

Tel qu'il incfnderait de joie au tetn dêt feux,

5. Aussi Virgile lui disait-il, au moment où il lui faisait subir le baptfime de feu : GU occhi mot già veder parmi. (Porg. xivii.)

,.., Comment fut justement frappée Une juste vengeance, etc,

6. Justinien a dit, an sujet de la ruine de Jérusalem expiant ie supplice du Rédempteur : Con Tito {Caquila) cône a far vendetta del peccato antico.

L'homme en des flancs mortels qm ne prit pas naissance, etc,

7. Le péché du premier homme ayant damné sa postérité tout entière, l'intervention du Verbe était nécessaire à sa rédemption.

Où du Diêf^ tout'pîUssant U Verhe descendit,

8. Voy. saint Thomas, 5um. theoL,p. 1, quaest 95, art 1, q. 100,

art. i,p. Il, 2; quaest 82, art. 1; q. 163, art. 1, et Hugues de Saînt- Yictor, Eru(L theoL de sacr., lib. I, p. 71, eap. 28, 29; p. YII, cap. Zlu Mais ne yous fiez pas à tout ce début orthodoxe.

Et ce fut Vœuvre en lui de Véiemeî amour.

9. La réunion de la nature divine à la nature pécheresse ne pou vait è\TQ que l'œuvre de l'éternel amour.

Ne pouvait certes pas sévir phu justement.

10. Rien de plus juste que d*inflj$$er ott châtiment à la nature qui s'était souillée par le péché.

Ne fut jamais aussi de plus grande injustice.

11. Rien de plus injuste, d*autre part, que de châtier la nature ditinedu méfait imputable à la seule nature humaine. (Voy. Summa theoL, p. m, quaest 14 et 15.)

De cette mort où Dieu se complut, le Juif rit, etc»

12. Je serais plein de gratitude pour le théologien qui parviendrait i ai*expliquer dans quelle pensée orthodoxe le poêle a pu aussi étrangement associer Dieu et les Juifs dans un même sentiment de joie ï l'occasion de la mort du Rédempteur ? A Dio ed a Giudei

p\ac((ue una morte.

.... Une juste vengeance Châtiée elle-même anec juste motif.

13. Comme toujours^ l'explication de Béatrice est des plus nébuleuses et n'explique rien. Dante, à l'exemple d'Àbélard, dans sou sic et non, s'arrange pour poser dans toute leur force les questions soulevées par le rationalisme sur l'origine du mat, sur la prescience difine, sur le libre arbitre et sur la rédemption, sans les résoudre de manière à porter ta lumière dans l'esprit. Il s'arrête longuement sur ce jeu de mots d'une juste vengeance tirée d'un juste châtiment, sans se mettre le moins du monde en peine d'établir ni l'une ni Vautre des deux propositions.

Poiirquoi d'un tel moyen fit -il choix comme père? C'est un décret qui reste impénétrable, frère, eic.

\U. Béatrice iie nous a pas accoutumé à tant de défiance d'ellemême. Il fallait que la question lui parût bien difficile à traiter, sans laisser percer le fond de cette pensée gnostique, que le Christ n'aurait souffert qu'en apparence.

Sc^he pourquoi ce fut le plus diqne moyen,

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