‹ Le paradis perdu [microforme]Chapitre 7 sur 8 · ADAM, VE · texte numérisé non relu

ADAM, VE

ADAM : Oui, je bénis, ma bien-aimée !

Le Tout-puissant qui t'a formée Pour te placer à mon côté, Et comme moi l'Eden adore ta beauté, Lorsque tu passes, les roses, Parmi le gazon tremblant, Semblent chercher ton pied blanc De leurs lèvres demi-closes, Et le lys dit, plein d'émoi, A la plaine illuminée :

La sœur que Dieu m'a donnée Est plus blanche encor que moi,

Evx : En vain la fleur odorante

S'ouvre dans les gazons verts ; + Aux trésors de l'univers

Je m'en vais iudifférente.

Mon cœur doucement troublé N'a de joie et d’allégresse Que quand pleine de tendresse, Ta douce voix m'a parlé.

ENSKMBLK: Aimons-uous, ah | aimo:s.nous, C'est la voix du maître; Chaque jour aimons-nous mieux, De mou (ton) être est sorti ton (mon) être, N'ayons qu'une âme à nous deux!

SATAN : Aimez, aimez encore, Hôtes du Paradis, Mais des jours vont éclore, Où vous serez maudits !

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No 4.—Scène, Duo de la tentation et Chœur :

EVE, SATAN, ANGES, Eve a quitté son époux.

EVE : Oui, mon cœur de lui même, S'envolant vers l'époux, Eut devancé l'ordre suprême De ce maître qui nous dit : Aimez-vous !

Je l'aime! sans lui je doute Du jour qui vient ou s’enfuit :

Lui seul éclaire ma route, Sans lui c'est toujours la nuit, Æve est seule, réveuse, émue.

EVE: Je l'aime! Aimons-nous !

Récit. : Ah ! Quel émoi secret m'oppresse !

L'herhe se soulève et s'abaisse !

Un être inconnu glisse et rampe sous mes pas !

SATAN : Eve!

EVE : Je suis seule, et pourtant on dit mon nom tout bas ! SATAN : Eve!

EVE : Qui donc m'appelle ?

SATAN : Ici l'ombre est meilleure

Et le sentier plus doux.

EVE: Un souffle ardent m'effleure !

Qui m'entraîne aux chemins que j’ignorais encor ?

SATAN : Eve, sous les branches Vois-tu ces fruits d’or ?

Etends tes mains blanches Et prends ce uésor,

EVE : Comme il brille sous la feuille, Tout près de moi suspendu !

Non ! C'est le fruit dCfendu, Dieu ne veut pas qu'on le cueille,

SATAN : 11 le défend, cor il sait bien Quelle est sa vertu souveraine; :

: De l'univers tu serais reine |

: Et‘ton pouvoir égalerait le sien,

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Eve: Ah ! Cette branche n'est pas haute hésilant Et le ciel est bien loin de nous.

Je n'ose, je n'ose! Le divin courroux Par la mort punirait la faute !

SATAN : ‘11 vous trompait le Dieu jaloux !

Si tu le tméts à tes lèvres, A toi les plus douces fièvres Des plus sublimes amours !

L'ivresse où le cœur se noie, L'éternité de la joie, Dans l'éternité des jours !

Car c'est l'arbre de la science, Vous saurez tout, vous aurez tout, Et vous serez si grands que s'il ne vous absout, Dieu n'osera punir l'offense.

EVE : Ah] Je ne résiste plus ; trop longtemps étouffé, Dans mon cœur le désir l'emporte ; je succombe !

SATAN : Elle s'approche et baisse un rameau : le fruit tombe ! Terre et ciel frémissez : Satan a triomphé !

La terre a senti la blessure et tremble sn ses profondeurs.

Chœur d'Anges (invisibles), Ah ! de la terre vient un loug cri de douleur, Le monde entier frémit uhl d'épouvante et d'horreur ! O mystère ! à terreur !

No 5.—Duo et Trio ADAM, EVE, SATAN (invisible)

ADAM : Je te retrouve enfin, chère compagne ; Je te cherchais du cœur plus que des yeux, Un voile obscur s'étend sur la campagne !

EVE: Qu'importe l'ombre aux cieux, Si des rayons nouveaux s'allument dans notre âme?

ADAM : Eve, qu'as tu dit? Une flamme Est dans tou regard !

EVE : Prétids ceci.

ADAM : C'est Îe fruit défendu, malheureuse !

EVE : Oui, tu le vois : je vis, je suis joyeuse,

Et dû fruit d’or je te garde une part.

Si tu le mets à tes lèvres,

A toi les plus douces fièvres

Des éternels amours !

ADAM : Coupables folies !

la repoussant En vain tu supplies, A l'ordre du Seigneur j'obéirai toujours.

SATAN : Gi Dieu puuit Ja rebelle,

à son oreille. Ne dois-tu pas partager, Tendre amant, époux fidèle, Son ivresse ou son danger ?

ADAM : La mort va la frapper, que je tombe avec elle ! désespéré. Donne ce fruit, je ne vetix pas, En restatit imthortel, contempler ce trépas !

EVE : L'ivresse qui nous prend est l'ivresse éternelle, L'ivresse qui ne finit pas !

Énseinble,

Eve: Ah! comme elle était vaine La terreur d'autrefois !

Aujourd'hui plus de lois Pour nous et plus de chaînes !

L'homme à iamais vainqueur Est égal au Seigneur !

ADAM : Eve au péché m'entraîne, Et je cède à sa voix ; Rebelles à la fois, Nous aurons même peine !

Ah ! si vous frappez, Seigneur, Frappez-moisur son cœur,

SATAN : Ah ! Îa faiblesse hümaine Est'sdutiise À nies lois ; Tous les deux À la fois, Tous deux je les entraîne, Voiél le jour verigéur, Où Satan éét vainqueur !:

Adam et Eve s'éloignent ; Sdlan reste seul el exhale sa joie dans un chant de triomphe.

No 6.-A!r de triomphe.

La voilà done achevée, Cette vengeance rêvée Pour ma haîne et ma fureur !

Entre nous deux c'est Ia guerre !

Tu l'emportais, Dieu sévère ; A mon tour je suis vainqueur | Elle a péché, la créature aimée, Du Tout-puissant elle a bravé la loi ; Le ciel d'azur, porte sur nous fermée, A tressailli de douleur et d'effroi, Ath ! nous pourrons avec joie À cetie 1eure Lever les yeux vers ses clairs horizon ; Car nous saurons désormais qu'on y pleure Et que ces pleurs, c'est nous qui les ausons

ACTE IV LE JUGKMENT No dde à 4" 4 Chœur de Séraphins, écit de l’Archange.

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