PRIÈRE DE L^IMAGIER
La pluie a baptisé mon front bruni de hâle, Et sous Tencens doré de mille reposoirs J'ai vu s'agenouiller la rouge cathédrale Où descend le soleil dans la brume des soirs.
Sur le tremblant vitrail translucide de Taube L'invisible pinceau de saint Luc a pour moi Fait éclater la main où rayonne le globe Et tiré du fourreau le glaive d'or du Roi.
Partout j'ai feuilleté le missel de la terre,
Et pour enluminer le bréviaire du jour
J'ai tâché de suspendre, au bas du texte austère.
Les fruits de la guirlande aux outils du labour.
Et maintenant. Seigneur, qu'empli d'ans et de rêve, La bêche tremble au bras de votre jardinier, Ne grefferez-vous pas votre céleste sève Sur le cep épuisé par l'automne dernier?
Beati
A Douglas Fitch.
La fresque lumineuse ouvre entre les cyprès L'horizon grave et fin d'un naïf paysage Où l'on voit, comme au front mystique d'un visage, L'ombre du Luberon sur les champs diaprés.
Entre les fûts plus noirs le pâle ciel décline, Et l'âme des aïeux qui revit un moment Dans les derniers rayons met son enchantement Sur le vieux cimetière au cœur de la colline.