‹ Le Paradis trouvé, comédie en 1 acte, en versChapitre 12 sur 27 · LE PARADIS TROUVÉ WALTER · texte numérisé non relu

LE PARADIS TROUVÉ WALTER

Toi ?...

MILTON

Je suis, sous ma chaîne ployé, Du Dieu que j’insultais le Satan foudroyé.

J’ai là tous les tourments, môme ceux de la honte!

Je niais son pouvoir, sa chimère me dompte.

Un jour que je songeais, perdu dans la forêt A l'Eden que mon Eve encore embellirait.

Je m’arrêtai. L’omhragc au sommeil me convie...

Ah I quel rêvé j’ai fait! le plus beau de ma vie !

Une ombre souriante, ange, divinité, p’emme m’éblouissait de sa pure beauté.

Sa voix était un chant, ses yeux une lumière.

Elle disait : a Je l’aime et de toi je suis fière,

» Poète; va, je vis pour suivre tou essor,

» El je n’ai de bonheur que celui de ton sort.

» Espère ! Afin de mieux l’épargner la souffrance, ï Ami, j’ai pour moi-même abdiqué l’espérance,

I Je me perds dans les jours sans y prétendre rien,

> Et mon destin s’oublie à la garde du tien. »

Je sentis sur mon front comme un battement d’aile :

« Adieu, je dois te fuir, pour que lu sois fidèle ! »

Je pris sa main, ma lèvre en feu s’y vint poser Et l’ombre en s’enfuyant, me rendit mon baiser!

Je m’éveille... plus rien ! mais au loin, une robe Qui frôle les buissons, vivement se dérobe...

Je m’élançais d’un bond, quand du pied je froissai Un billet entr'ouvert, sur le gazon laissé.

Je le saisis, j’y vois mon nom... je le dévore.

Je me demande, ému, si je sommeille encore I Non c’est bien un billet I je le tiens !

(Le tirant de son sein et le lui montrant )

Le voilà I

Depuis bientôt deux ans, je le conserve là !

WALTER, prenant le billet que Milton lui abandonne. ^ Deux lignes au crayon à la bâte tracées !

MILTON

• Du Guarini charmant, adorables pensées !

WALTER, lisant.

« Beaux yeux qui m’enchantez par le sommeil couverts, a Quel charme auriez- vous donc si vous étiez ouverts ?...»

(Rendant le billet à Milton.)

La déclaration est fort ingénieuse.

MILTON, passant à gauche.

L’âme, la tête en feu, dans ma course fiévreuse.

Je fouille les taillis, je bats chaque sentier,

Cette femme emportait mon repos tout entier !

Quand la nuit vint, j’étais près d’une liâtellerie...

Un carrosse en sortait ; « 11 mène en Italie » Un lord, deux jeunes miss, qui, me dit-on, tous trois » Se sont trop attardés à visiter le bois. »

tin livre est oublié , c’est mon dernier poème,

Je vois qu’on a relu tous les endroits que j’aime...

Il manque un feuillet blanc... et c'est celui quej’aü... Goinprends-tu?... cet écrit!... Ab! mou rêve était vrai!...

WALTER

Tu n’as rien su de plus?

MILTON

Toutes deux sont jolies,

Mais l’une, ajoute-t-on, est des plus accomplies I WALTER.

Et, naturellement, c’est celle du billet...

MILTON

Le lendemain, je pars...

WALTER

Et pour oû, s’il vous pUtt?

MILTON. ' -

Pèlerin de ramoiir, je marche dans mon rêve,

Sur sa trace, éperdu, je m'égare sans trêve; Ranimé, puis joué par l’espoir, j’ai laissé Des lambeaux de mon cœur partout où j’ai passé !... C’est ainsi que, pendant six mois, je l’ai suivie...

A la chercher, vois-tu, j'épuiserai ma vie !...

Et je vais repartir, le sort en est jeté ;

Car dans ma course, ici, je ne suis qu’arrété.

WVLTEn.

Et pour qui?... Quelque miss frivole et vagabonde. Jetant sa vie étrange à tous les coins du monde. Comme pour raviver sa folie aux abois !...

Elle a vu le poète endormi dans le bois.

Et là s’est fait un jeu do mêler à ses songes Le vague enchantement d’ironiques mensonges.

Le grain de fantaisie, adroitement semé,

Tout d un coup, dans sa tête, en roman a germé :

MILTON

Et ne savoir rien d’elle, et ne l’avoir pas vue!

Le comprends-tu, Walter, ce tourment qui me tue. Qui, triomphant de moi sans montrer 1e vainqueur, S’accroît par l'inconnu dans le désert du cœur !

WALTER

Tu la crois trop charmante.

MILTON

Oh ! non 1 oh non !

WALTER

Peut-Circ

A t- elle à présent peur de se faire connaître.

Oui, devant tant d'amour, ma foi, l’on peut trembler ; Elle alluma la flamme, et craint de s’y brù'er.

MILTON

Un rêve l’apporta, qu’un rêve au moins la rende !

— Digiiizedby GoogI

LR PARADIS TROUVÉ

Tu me prends en pitié, cnr ma Mie est grande, N'csl-cc pas? Croirais- lu que l'Iicurc du sommeil Est à présent, pour moi, l'heure du vrai réveil.

Je tpe plais dans la nuit, espérant la lumière D’une apparition, re(let de la première.

Le jour même, souvent, je vais fermant les yeux. Pour la bien revoir seule, et pour l’admirer mieux. Sous le voile flottant des ténèbres visibles.

Mondes intérieurs, vous devenez sensibles ;

On perd tous les regards que l’on jette au dehors.

Et notre ème n’a pas besoin des yeux du corps.

Si je pouvais garder cette vue infinie De l'homme qui contemple en soi ; si le génie Sur mes regards éteints versait toujours le miel De 1 inspiration qui nous fait voir au cici.

Aveugle, je n’aurais aucune plainte amère,

N’cs(-on pas un voyant, lorsqu’on est un Homère ! Tu vois, je réve encor, je vais sans savoir où.

Me cherchant sans jamais me trouver. Je suis fou ! (il tombe assis près de la table, à gauclie.)

’ WALTER

C’est, le vieux Will l’eût dit, la sublime démcnco.

MILTOX.

La raison la tuait, l’amour la recommence.

WALTER

A ta place, sais-tu ce que je ferais, moi ?

Je brusquerais tout net le dénoûment. .. ma foi ! Pompant, sans plus tarder, .avec ces solitudes,

A Londres, je prendrais de bonnes hahilulcs.

Tous nos gais compagnons sont prêts à le fêter...

Et, tiens, pour commencer, je veux te présenter Un de nos jeunes loris...

MILTOX, vivement et comme contrarié.

LF. PARADIS TROUVÉ

WALTER

Fort galant homqic I...

Il voudrait te parler absolument...

(Avec embarras.)

Et comme

Je suppose...

MILTON, brusquement.

Quoi donc ?...

WALTER

Je me suis cru permis

D’arranger pour tantôt un rendez-vous d’amis...

MILTON, se levant, avec impatience.

Comment!...

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