LE PARADIS TR0UVI
MILTON
C’est m’honorer, vraiment, (a pan.) J’aurai ce que j’espère,
La mort !
MARIE
Ciel!...
(Elle disparatt'aassiiôt par la porte de droite.)
MILTON
Marchons, vous, milord, pour votre père,
Moi pour la liberté, mon Dieu. Je suis tout prêt,
La plume devient glaive et défend le pamphlet.
Quoique peu fuit, sans doute, à eette polémique.
Je serai responsable ici de ma critique...
Jamais je ne renie un trait que j'ai lancé,
Si le parti contraire en est au cœur blessé !
Vous savez les devoirs qu’un drapeau nous impose.
Les hommes ne sont rien pour qui sert une cause !
Toutefois, entre nous, le. combat accepté.
Je dois sur lord Morton, toute la vérité !...
L’adversaire public satisfait,., je déclare Que c’est un citoyen d’une probité rare.
Qui vous lègue un passé d’honneur et de vertu !
REYNOLDS, comprimant une émotion.
Et VOUS le signeriez ?
MILTON
Après m’être battu 1 REYNOLDS, pénétré, comme malgré lui.
C’est d’un homme de cœur, et votre aveu me charme,
11 m’émeut, j’en conviens, sir John, il me désarme...
Si, je l’ai trop prouvé, mon épée est sans peur.
Elle ne parle pas plus haut que mon honneur!
Tenez, la volte-face est-elle assez soudaine?...
Maintenant je ne sais ce qui vers vous m’entraîne,
Voilîi que je voudrais presqu’êtrc votre ami !...
(Avec abandon)
38 LE PARADIS TRÜUVl5
Ah ! ma sœur n’avait pas eu raison à demi !
MILTON
Votre sœur ?
REYNOLDS. '
Oh 1 pardon ! Milton est son poëte,
Dès qu’un livre de lui paraît, elle l’achète,
Puis au moindre loisir, elle ,en fait son bonheur.
Elle a lu tous vos vers, elle les sait par cœurl Il semble que par eux l’Angleterre embellie,
Lui fait moins regretter sa villa d’Italie
(MouvemciTt ile Milton.)
D’où l’automne dernier, elle vint près d’ici.
Eh ! mais! voyez plutôt... le billet que voici:
Comme il y vante encor votre dernier poème I Je vous ferais rougir, si je Usais moi-mème.
MILTON, les yeux sur le billet avec explosion, i part.
Ah I c’est son écriture !
REYNOLDS, souriant.
11 produit son effet !
(il reprend la lettre.)
Si je vous montrais donc peint sur ce bracelet, v Que je viens de chercher chez un de nos orfèvres,
Son portrait...
MILTON, désignant le bijou que Reynolds roule sous scs doigts. Et n’oser le porter à mes lèvres I
REYNOLDS
Ce médaillon pour elle est un présent chéri.
Car il lui fut donné par lord Grey, son mari t
MILTON, terrillé.
Son mari I
REYNOLDS, lui mettant la miniature sous les yeux.
Mais tenez 1 n’est-cc pas qu’elle est belle 7
, MILTON
Je ne veux pas la voir I (i i>art.j
Ah ! l’atteinte est mortelle !
REYNOLDS, l’examinant.
Comment vous pMissez, sir John! mais qu’avez-vous?
MILTON
Moi, je n’ai rien, milord, rien ! — Quand nous battons-nous ? REYNOLDS.
Comment ! c'est sérieux?
MILTON
Oui.
REYNOLDS.'
Qu’à cela ne tienne !...
Je retire la main... -
MILTON
Que repoussait la mienne !
Donc ce libelle affreux que je vous pardonnais !... MILTON.
Je m’en fais gloire !
REYNOLDS
Assez...
MILTON
J’ajoute que je hais.
Avec votre parti, toute votre famille !
REYNOLDS
Ah ! c’en est trop !
MILTON
Et vous, et le père, et la fille !
REYNOLDS, avec une gravite sombre.
Dans une heure !...
Le lieu î
MILTON, lie môme.
C’est bien. Les armes?
J'en aurai!
MILTON
Le petit buis, sans témoins !
REYNOLDS
J’y serai !
HILTON, entrant virement à gauche, désignant une horloge au Tond. A trois heures sonnant !