MILTON, MARIE
MILTON, à part.
Là voilà! tout émue... et rien ne lui révèle Qu’à présent c’est à moi de trembler devant elle ! MARIE, de même.
Une autre!... a dit Walter, et me renvoyer, lui! Peut-être à son bonheur, sans le vouloir, j’ai nui ! Mais puisqu’il est sauvé...
(Résolument.)
Je dois partir I...
MILTON, au moment où elle remonte.
, Marie !
MARIE, 'S’arrêtant aussitôt.
Je me croyais plus forte 1
LE PAUADIS TROUVJÎ
Mir.TO.V.
Un mot, je vous en prie.
(ransse sortie.)
Vous me fuyez!... Par vous serais-je abandonné?
Ne vous éloignez pas sans m’avoir pardonné!...
Il ne faut plus cacher ce que tous deux nous sommes !
Vous plus qu'un ange!... et moi le plus ingrat des hommes!
MARIE, à part, en descendant.
Que dit-il ?
MILTON
Ah ! tenez ! je crois rêver encor !
Un fille du ciel, égarant son essor.
Sous un toit sans bonheur pour moi s'est exilée.
Et qu'ai-je fait ? Je l’ai de dédains acc ihlée !
Mais plus j’étais pour elle exigeant, froid, grondeur 1 Plus son âme en ses soins savait mettre d'ardeur !
(Descendant.)
Qui m'a sauvé mourant, oui, presqu'^à l’agonie?
Je ne l'ignore plus, ce fut sa main bénie.
Que d’autres dévouements dont je ne saurais rien !
Elle se cache tant lorsqu'elle fait le bien !
Mais le ciel s'ouvre enfin... il déchire son voile,
Sous le nuage obscur a resplendi l’étoile.
Cette femme, il faudrait la nommer à genoux.
Vous la connaissez bien... c’est miss Powel, c’est vous !
MARIE
Ah! Toby!...
MILTON
M’a tout dit... vous n’etes pas sa nièce !
Mes soupçons l’ont forcé de trahir sa promesse.
Je suis le seul coupable : à peine a-t-il parlé,
J’en ai deviné plus qu’il n’en a révélé.
Quand la plus noble place ailleurs vous était duc,
A la dernière ici vous êtes descendue !
Et ne rougissez pas de ce modeste emploi !
Car il vous ennoblit, et la honte est pour moi.
Pour moi qu’un fol espoir... oui, qu’un amour funeste... (Tirant de son sein le billet qu’il a montré à Waller, aui premières scènes.^ Mais je veux.
MARIE, à part, avec joie.
Ce billet !
MILTON
En détruire le reste !
MARIE, l’arrêtant d’un geste mi-suppliant.
Ne le déchirez pas !
MILTON
Et dire que j’aimais
Celle quil...
MARIE
Vous l’aimiez î
MILTON
Comme on n’aima jamais.
Elle eut tout mon cœur.
MARIE
Seule?
Oui, seule et la première...
MARIE, avec joie.
Ah I...
MILTON
C’était l’ombre, et vous, vous êtes la lumière. MARIE, à part.
Je respire.
LE PARADIS TROUVif.
MILTON
A présent.
MARIE
Ah ! pardonnez-lui.
MILTON
Je fus un jeu pour elle...
Quoi?
MARIE
Aimcz-la bien... c’est moi.
Vous!... dans ce bois?...
MARIE
Avec miss Morton , folle tête, Mais noble cœur aussi, que ravit mon poète.
MILTON
Mais.., ces vers?...
MARIE
Vous dormiez, ma voix les fredonna.
Tandis qu’au blanc feuillet sa main les crayonna.
Puis, je ne sais comment, soit hasard, soit malice.
Le feuillet détaché soudain de ses doigts glisse.
Le vent l’emporte, il vole, et s’arrête à vos pieds C’étaUbien indiscret !... j'ai peur...
MILTON
Et vous fuyez.
MARIE
Nous allions bien loin...
MILTON
Moi qui ne pouvais plus vivre.
Sans la femme, par qui j’étais fou, je dus suivre.
MARIE
Ce fut votre malheur, et ma faute !... J’ai su Votre projet sitôt que vous l’avez conçu Oh ! par hasard allez... votre fuitj soudaine A travers vingt pays cette course incertaine...
MILTON
Comment ?
MARIE
Vous nous suiviez et l’on vous évitait ; Edith à ce jeu-là, malgré moi, s’excitait!
MILTON
Quand je vous demandais aux échos insensibles...
MARIE
Vous étiez épié par vos deux invisibles.
Que de fois j’ai voulu, sur le rude chemin,
Vous dire: « Voyez-noiis?» et vous tendre la main; Mais il fallait toujours, sans un seul mut de grâce,
Sous vos regards brûlants, égarer notre trace !
A Rome, Editli devient lady Grcy, puis c’est là Que nous nous séparons, je reste en leur villa.
Je l’avais désiré, je craignais l’Aiiglelerre,
N’y voulait-e'le pas m’unir avec son frère Qui m’était inconnu?
MILTON
Reynolds !
MARIE
Au fond du coeur.
J'avais d'autre projets, un monde de bonheur;
En vous suivant toujours et pour vous fuir sans cesse. Nous avions follement causé votre tristesse :
De ma légèreté je pressentis l'cll'et.
Et voulus réparer le mal que j’avais fait.
Si, me dis-je, j’osais, de plus près le connaître.
Par mes soins, je pourrais, le consoler peul-ôlrc... Orpheline d’ailleurs, maîtresse de mon sort.
Je n’avais qu’à moi seule à répondre d’un tort.
Je hâte mon retour, je mets dans le mystère Un ancien serviteur... qui n’a pas ^ se taire,
Et... vous savez le reste !
MILTO.N
Ah ! tant de pur amour !
Elle était là, partout, je la vois chaque jour.
Ingénieuse au bien comme une Providence.
Muette !...
MARIE
J’avais peur de rompre le silence!
MILTO.N
Pourquoi ?
• . MARIE
Vers l’idéal, votre cœur emporté.
S’était perdu trop loin de la réalité!
Plus je me tais, disais-je, et plus il m'est fidèle.
Je n’y vois qu'un malheur, c'est qu’il me croit trop belle!
MILTON, enivré.
Marie ! ah ! que d’attraits, d’esprit et de vertus!
(s'emparant de ses deux mains.)
Je l’entends, je la vois, et je ne rêve plus !
(L’attirant doucement vers lui.)
O douce et sainte joie ardemment poursuivie I Quel bonheur que Reynolds ait épargné ma vie I
MARIE, s’éloignant vivement.
Que dites -vous!...
Tantôt, nous battant près d'ici.
Il m’avait désarmé , j’étais à sa merci.
LE PARADIS TROUVIÎ
MARIE, avec effroi.
Et moi qui l'oubliais I
MILTON
Qu’avez-vous ?
MARIE, à elle-même.
Maljieureusc !
Je ne m'appartiens plus! Quelle pensée affreuse!