INTRODUCTION
Nous présentons à nos juges une thèse de guerre, en leur demandant d'y voir seulement un diplôme d'aptitude au grade d’aide-major titulaire, exigé par Les règlements militaires.
Après notre internat et notre prosectorat achevés à la Faculté de Médecine de Montpellier, nous sommes venu demander, en 1913, à l'Université de Paris des éléments de perfectionnement et de direction scientifiques.
M. le professeur Prenant, en nous confiant immédiatement les fonctions, si intéressantes dans leur cadre restreint, d’aidepréparateur aux {travaux pratiques d’'histologie, a permis à nos préférences de se fixer. L'enseignement de l’histologie, tel qu'il le dirige au point de vue didactique et qu'il a contribué à orienter par les travaux sortis de son laboratoire, nous semble constituer un élément indispensable aux méthodes de Ia biologie expérimentale.
C'est pourquoi nous aurions voulu présenter comme thèse inaugurale l’ensemble et surtout la liaison de nos recherches sur les paraganglions, entreprises en 1905 et reprises en 1913 sur une base nouvelle.
Malheureusement, l'état de guerre nous empêchant de réaliser le plan primitivement conçu, nous nous bornons à
détacher un chapitre de notre travail qui vise un point à la vérité nouveau et important de la micrographie des surrénales : l'histogénèse des tumeurs de leur substance chromaffine.
L'iconographie de ce mémoire séra d’ailleurs incomplète; les divers clichés de notre mémoire de 1912. n’ont pu, à la dernière heure, être retrouvés et une série de documents histologiques nouveaux n'a pu être figurée. Enfin, la dernière semaine de mai qui devait nous servir à achever notre description, a été particulièrement dure pour notre régiment et surtout pour le service médical. Notre camarade, l’aide-major de Pontich, externe des hôpitaux de Paris, un médecin auxiliaire et treize brancardiers ont été écrasés dans le poste de secours voisin par un obus lourd qui a fait, en outre, une dizaine de blessés. |
Le service médical du régiment, qui nous était alors confié, par intérim, a dû être maintenu et réorganisé d'urgence dans des circonstances critiques d'une actualité certainement plus pressante que l'étude de nos tumeurs.
Aussi, nous espérons qu'on voudra accorder quelque bienveillance à un travail de micrographie qui a dù être rédigé principalement d’après des souvenirs et limité aux points essentiels. Les parties du sujet qui ont été seulement effleurées seront d’ailleurs reprises ultérieurement.
En achevant ce manuscrit, notre pensée s’est reportée au petit laboratoire de prosecteur de la Faculté de Médecine de Montpellier où nous avons passé tant de belles heures d'étude dans l’ombre et la paix de la cathédrale de Saint-Pierre.
Les bons offices des professeurs d'anatomie (P. Gilis) et de médecine opératoire (M. Soubeyran) nous avaient permis d’en faire un laboratoire d’histologie. Et c'est de là que sont sortis l'idée directrice et les éléments essentiels d'un programme de recherches que nous espérons mener à bonne fin grâce aux enseignements et aux appuis que nous avons trouvés à Paris auprès de maîtres éminents. :
Nous adressons un souvenir aux camarades du Comité de
l'Association générale des Etudiants de Montpellier morts dans cette guerre : notre prédécesseur Pasquet, notre successeur Pénillet, à la présidence de l'Association, tous deux tués dès le début et suivis par tant d'autres. Cette disparition irréparable des élites n’est que trop faite pour inspirer aux Français clairvoyants une inquiétude légitime pour l'avenir intellectuel de notre pays.
Nous garderons surtout de la Faculté de Médecine de Montpellier le souvenir de nos premières études anatomiques, elles ont été décisives pour notre orientation actuelle et furent faites sous les auspices de maîtres consciencieux, qui nous apprirent à aimer leur science. Nous avons eu par la suite le regret de nous séparer d'eux sur des questions d'ordre administratif et secondaire comme celle du cumul des fonctions d'interne et de prosecteur que nous estimions légitime aussi bien en droit que par les précédents. Maïs ceci ne saurait rien enlever à notre gratitude pour tous ceux dont les enseignements nous ont imposé notre voie.
Durant nos années d’internat, nous avons pu apprécier à la Maternité la haute conscience de M. le professeur Vallois; à La clinique médicale de Fhôpital suburbain l’enseignement clinique si précis, si utile et si fécond de notre maître M. Rauzier; à l'Hôpital général, nous avons pu continuer nos recherches particulières au laboratoire de la belle clinique ophtalmologique si remarquablement organisée par M. le professeur Truc auquel nous devons d’utiles conseils.
Enfin, nous prions M. le professeur Vire et M. le professeur Forgues de recevoir l’expression de tout notre respect.
Ici également nous devons exprimer notre gratitude à tous les camarades qui, durant nos concours; nous assistèrent de leur dévouement, Mosnier, Bru, Picheire, Pagès, Peyronnard et d'autres dont les noms nous échappent.
Tous ceux, maîtres et amis, qui durant nos études à Mont-
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pellier nous ont témoigné de l'intérêt, peuvent être assurés que nous conserverons leur souvenir. $
A la Faculté de Médecine de Paris, notre première année (1913-1914) fut consacrée à l’organisation de nos fonctions aux travaux pratiques d'histologie. Nous remercions M. le professeur Prenant qui voulut bien nous faire confiance ; M. le professeur agrégé Mulon, auprès duquel nous avons toujours trouvé d'excellents conseils, a droit également à notre gratitude.
À nos maîtres des Facultés de Sciences de Montpellier et de Paris nous devons également des remerciements. Nous n'oublierons pas la bienveillance particulière que nous témoi gnèrent MM. Curie et Delage (Montpellier), M. Calvet, aujourd'hui à Clermont-Ferrand, M. Robert, chef des travaux de zoologie à la Sorbonne.
Enlin, l’état de guerre nous impose un dernier devoir à remplir, celui de dire à nos chefs et à nos camarades du 224° d’infanterie tout ce que nous leur devons.
Médecin auxiliaire au début de la campagne, il nous est arrivé comme à beaucoup de nos camarades, anciens internes des hôpitaux, de ne pas toujours rencontrer des conditions favorables pour remplir le double devoir de soldat et de médecin qui nous incombe. Nous avons pu ensuite obtenir d’être affecté au 224° régiment d'infanterie. Nous y avons trouvé auprès de chefs éminents : les commandants Grisez et Fraisse, le lieutenant-colonel Mondange, l'appui indispensable à l’aidemajor de bataillon pour remplir le rôle moral si important qui lui est dévolu. I nous est particulièrement agréable de souligner ici la grande sollicitude avec laquelle le médecin-chef du régiment, le D' Malmontet, dirige son service et l'esprit de camaraderie qu'il contribue à faire régner parmi les aides-majors et les médecins auxiliaires.
Les jours et lesnuits pénibles, et les heures de danger, créent, entre tous ceux, officiers ou soldats, qui les vécurent en commun, une solidarité puissante. Il faut espérer que ces liens seront maintenus après la guerre, de mème que devra ètre