LA FAUSSE BLASPHÉMATRICE
La pluie m'avait surpris au bas de la rue de Rennes, en face de la burlesque statue du regretté Diderot.
Une averse triste, grise, obstinée.
Si je vous disais que j'avais oublié mon parapluie, je mentirais : je n'ai pas de parapluie. (Ça va bien quand il fait beau, mais quand il tombe de la pluie, je suis trempé jusqu'aux os, comme dit la chanson.)
160 LE PARAPLUIE DE l'eSGOUADE
Alors, quoi? me réfugier sous une porte cochère ? Tel n'est point mon apanage.
Entrer dans un café et y attendre la fin de l'averse? Je n'ai jamais mis les pieds dans un café et je ne commencerai pas à mon âge.
L'église Saint-Germain-des-Prés me tendait son porche. Je m'y ruai littéralement.
Du haut du ciel, sa demeure dernière, feu Germain des Prés devait être enchanté, car son saint lieu était plein, comme aux meilleurs temps de la foi chrétienne.
Des femmes surtout, et des jeunes filles, et des enfants. Et aussi des messieurs.
Certaines dames, d'esprit probablement très pratique, ne tenaient point à perdre leur temps. On les voyait utiliser leur séjour forcé dans l'église en signes de croix