SCÈNE IX
MARIELLE, GUILLAUME.
GUILLAUME
J’avais pourtant bien fermé la porte : elle aura sauté par la fenêtre. Oùs-c’ qu’all’ est, mon Dieu, oùs-c’ qu’all’ est.
MABIELLE, à part.
Avec lui, j’ n’ai pas besoin de faire la belle dame... (s’arrêtant.) Voyons pourtant un peu s’il me reconnaîtra. (Elle va s’asseoir. — Haut.) Hum ! hum !
GUILLAUME, à lui-même, en se retwirnani.
Oh! madame la marquise !,
MARIELLE, jouant de l’éventail, et contrefaisant sa voix.
Vous ici, Guillaume.
GUILLAUME
Faites excuse, si je suis assez osé pour venir vous déranger, madame la marquise; mais, vous n’auriez pas vu ma femme, par hasard?
MARIELLE. ^
Non, mon ami.
GUILLAUME
Je la cherche, hélas! je la cherche comme une anguille dans ime botte de foin.
MARIELLE.
Bon Guillaume, il ne faut pas vous faire du chagrin.
GUILLAUME
Voyez-vous, madame la marquise, je l’aime trop, ma
femme, c’est ce qui me perd. Aussi, il me prend des rages, pour lui donner du tintouin, de faire des folies avec les autres. Oh! mais, oui! et si je viens à rencontrer une femme qui me regarde prolii en face, avec deux yeux qui disent seulement quelques petites choses, je serai homme à y répondre, à ces yeux-là.
MARIELLE.
Mais, c’est affreux.
GUILLAUME
Oui, c’est affreux, je ne dis pas.
MAIUELLë^ à part.
Pauvre garçon! tout ça, c’est de l’amour, faut que je le récompense. (Haut et minaudaut, en agitant toujours son éTeutail.) SaVCZvous, monsieur Guillaume, que vous êtes bel homme.
GUILLAUME
Je ne dis pas non : les dimanches, quand je suis débarbouillé, (il s’essuie avec ton tablier, de manière à salir une de ses joues.)
MARIELLE.
Vous avez de l’esprit.
GUILLAUME
Des fois, quand j’ai bu un petit coup.
MARiELLE.
J’ai remarqué tout cela à la forge.
GUILLAUME, à part, relevant le col de sa chemiseï
Tiens, tiens, ça a des yeux, les grandes dames !
Marielle n’est pas déjà si jolie.
GUILLAUME
Une petite figure chiffonnée... Voilà tout.
MARIELLE, à part.
Voyez-vous ça. (Haut.) Et il y a d’autres femmes.,.
GUILLAUME, se lançant.
Ahl mais, oui... ah! mais, oui, il y a d’autres femmes.
Marielle, à part.
C’est qu’il y mord, le brigand ! Voyons t)pnc jusqu’où il ira. (Lui tendant la main.) Tenez, beau villageois, baisez cette main. (Sa voix et sa figure doivent exprimer le dépit.)
GUILLAUME, en se retournant.
-C’est à moi que madame la marquise dit une chose comme celle-là?
' MARIELLE.
A qui donc?
GUILLAUME
Oh! pour ça, non, jamais j’oserai...
MARIELLE, plus émue, et déjà un 'peu colère.
Osez donc, puisqu’on vous le permet.