AGE
J'aime fort ce pays et son naïf décor Gardien des mœurs antiques,
Où les servantes et les maîtresses encor Ont des coiffes gothiques.
Lorsque la chambrière aux femmes bonnet haut, Passe à table la dinde,
On croirait voir servir par la fille Mahaut Une dame Adelinde.
Mais pour tant de clochers offerts, qu’un Dieu vengeur A sa terre bretonne
Ait infligé l’affront du commis voyageur...
Vraiment cela m'étonne!
KLÔC’HERS.
HODIERNA
C'est autre chose que Deauville Audierne : — on y voit d’abord - Une hôtesse très incivile, Puis la réalité d’un port.
On n’y voit aucune madame
En cothurnes de J. Ferry.
Mais la bourrasque dont s’entame Le roc jamais endolori.
On n'entend pas dire : « ma chère! »
Par des belles à marabout.….
Mais on voit des brins de fougère Recroquevillés par le bout.
On n’y voit pas de ces factices Dentelles que l’on nomme : points.
Mais le ciel dans les interstices
Des murs faits en granits disjoints.
On n’entend nul millionnaire Parler très haut dans un concert...
Mais sous la June bleue on erre Par l’aridité d’un désert.
On n’y voit pas à l’eau descendre Les gommeux qui savent charmer...
Mais son sable fin comme cendre Est très fécond en pou de mer.
La brise n’y cherche pas noise
Aux Gainsboroughs que l’on connait.
Mais, sur un front d’Audiernoise,
A l’inattendu d’un bonnet.
On n’y voit pas plus de cocotte Que l’on n’y voit de cocotier.
Mais la bergère qui tricote
En chantant au bord du sentier.
On n’y perçoit nul bruit de lèvres De châtelaine à lévrier… Mais on entend béler les chèvres, Et chevroter le chevrier.
La prédilection du marbre
Y serait prise au dépourvu...
Moins pourtant que celle de l’arbre, On n’en a, dit-on, Jamais vu.
Nulle hétaïre n’y dégrafe
Son corsage au soleil couché...
Mais sur un fil du télégraphe On peut voir un merle perché.
On n’y voit pour tout chignon jaune, Qu'ébouriffé sur un minois,
Un fagot de paille. Le Faune
Qui le suit, est Audiernois.
On n'y voit point sur un corsage De gardénias à gogo.
Mais sur le sable est en usage
Le chardon bleu dont parle Hugo.
KLÔC’HERS. 27
Si l’on y voit des demoiselles
Lé bonnet pendu peu souvent.
On peut du moins guetter les ailes Des patients moulins à vent.
Si l’on y voit peu de guipure Sur les taffetas ménagés…
On voit se lever l’aube pure Entre les fins jours des clochers.
Sur les grèves saines et sauves
Des chants de Judic abolis,
On n’entend que le cri des mauves, Des mouettes et des courlis.
Et pour la diction savante
De mademoiselle Favart
On n’entend dans le vent qui vente Crier qu’un goëland bavard.
Il y règne peu de cravache…
Il s'y mange peu de fruit mûr, Mais on voit deux cornes de vache Apparaître au-dessus d’un mur.
Aucune Incroyable n’y lorgne
Son bel Incroyable fluet…
Mais auprès d’une maison borgne, On voit s’asseoir un sourd-muet.
On n’y voit point dessus des planches Des miroitements de tabis… | Mais à côté des brebis blanches Pâturent de noires brebis.
On n’y voit par aucunes fentes, Fleurir des appâts remarqués.….
Mais de menus bonnets d’Infantes Sur des têtes de Velasquez.
Malgré tout, en somme, Audierne, Je vous le dis en vérité, Semblerait même un séjour terne A nos dames de charité.