‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 134 sur 229 · ST · texte numérisé non relu

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X VII

KING À. M. Louis Ganderax.

Le Roi Cophetua qui possède un royaume

N’aime que cette enfant qu’il a prise en un chaume, Et qu’il a mise là sur ce trône doré; .

Et devant elle, lui, digne d’être adoré.

Car il est noble et beau parmi les autres hommes; Car il n’est ménager des joyaux ni des sommes; Et, dans son geste, il a ce charme possesseur

De la force à genoux qui n’est plus que douceur.

Il revêt dans sa forme et dans son attitude Cette abdication de soi dans une étude

De plaire uniquement à l’être bien aimé

Qui, sans l’avoir voulu, pour toujours a charmé.

Le métal miroitant de sa cuirasse claire

Semble damasquiné de rinceaux pour te plaire, Et n’avoir plus souci de se rassasier

D’autres flèches, enfant, que de tes yeux d’acier.

Et tu remplis déjà la future mémoire

Des bardes accoudés au bord de ton histoire Qui vont s’émerveillant de la docilité

De ce fauve vaincu par ta fragilité.

De ce noble lion pris dans les mailles frêles De la délicatesse exquise de tes ailes, Fauvette des roseaux, mésange des forêls Qui captives celui qui te tient dans ses rets.

Certe il L’a tout livré ce qu’il a de plus vaste :

La clef du palais fort, et celle du cœur chaste, Où tu verras, dans l’un, prosternés, des sujets; Et dans l’autre, des vœux, des rêves, des projets.

Mais les hommes courbés n’auront pas tant de grâce, Tant de soumission à tomber sur ta trace

Qu'un flatteur abandon de toute volonté

Dans l’orgueil expirant de ton maitre dompté.

Lui qui t’a mise là parmi ce qui t’étonne,

Comme en sa niche d’or une étrange madone;

Avec à tes blancs pieds, comme un multiple encens, L’arome de l’amour, sur la flamme des sens.

Lui qui pour maigres, tient, regarde comme viles Ses champs les plus féconds, ses plus superbes villes, Près du trésor qu'il veut, à pauvresse, de toi,

La descente sur lui, de ton regard, ce roi!

Assis à tes genoux, 1l te tend la couronne

Où vibre le reflet de tout ce qu’il te donne,

Dans ses joyaux charmants, superbes et parleurs Epanouis en fruits, en feuillages, en fleurs.

Les saphirs sont les mers qui baignent son empire, Les perles sont les pleurs d'espoir dont il expire;| Les émeraudes sont les bois pleins de langueur

Et l’ardeur des rubis est le sang de son cœur.

Mais le feu suppliant qui monte de ces pierres

Vers les troublants joyaux sertis par tes paupières, Pas plus que le muet aveu du donateur

N’atteint tes yeux lointains perdus dans la hauteur.

Car le lien profond, subtil et magnétique Des contemplations de son âme extatique Ne se doit point nouer dans un commun émoi A ton regard distrait qui fuit droit devant soi.

A ton regard serein et farouche de vierge

Dont, sous le haïllon brun luit la blancheur de cierge, Ton humble et fier regard dont le sauvage honneur Ne s’abaissera point sur l’esclave seigneur.

Ton regard, qui, dans sa froideur d’aigue-marine Garde l’éclosion entière et purpurine

Des levers d’astre au soir épiés dans le ciel

Dont l’azur échangé t'est seul essentiel.

Oui, tout ce qui n’est pas ton rêve t’épouvante :

Les grands bois où la nuit dans les branches s'évente ; Les grands lacs où la lune a laissé ses pâleurs Remonter en tes yeux comme en deux tristes fleurs.

Tu serres dans ta main le bouquet d’anémone

Dont la campagne encor hier t’a fait l’aumône

Et qui t'a pour jamais fiancée aux prés verts Au-dessous des cieux bleus tendant leurs bras ouverts.

Tu palpites ici comme dans une cage,

D'où ton regard absent d’avance te dégage Par l’entre-vision d’un rustique chemin Oiseau que fait trembler la prison d’une main.

Tu t’en iras chanter vers quelque obscure allée Sitôt que l’on t’aura donné ton envolée,

Sans te préoccuper du pauvre tout-puissant

Que tes yeux ont blessé pour jamais en passant.

Tu t’en iras lisser les plumes de tes ailes

Sur le bord des étangs où sont les demoiselles, Sans plus t’inquiéter des battements du cœur Que ton frisson perdu communique au vainqueur.

Tu t’en iras rentrer dans l’extase des choses, Des êtres et des voix, des parfums et des roses, Sans plus avoir souci de ce dieu délaissé

Que ton aile en fuyant, pour jamais, a blessé.

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