LES DIX CHOSES
Le fer qui l’aplanit surpasse la montagne ; Mais le feu tord le fer;
Or, l’onde éteint la flamme et la nue en campagne Porte l’eau vers l’éther.
Le vent chasse un nuage, et l’autan cède à l’homme Que l'ivresse étourdit ;
Mais ta fumée, Ô vin, se dissipe en le somme. — Seul, le chagrin ne s’engourdit.
X LITI
Oui le temps a deux jours; ou la vie a deux vies : Le limpide et l’amer; le doux ou le troublé.
Nos prospérités sont d’adversités suivies
Nul ne lance un caillou que sur l’arbre comblé.
Vois les flots de la mer : des cadavres de mousses Bougent à la surface et la perle est au fond. L’orage atteint la cime et ménage les mousses, L’éclipse omet l'étoile, et le soleil s’y fond.
Oui la vie a deux jours, de sucre ou de vinaigre.
Et bande croassante ou susurrant essaim.
Un jour blanc, un jour noir; un son doux, un ton aigre; Ail ou musc, fiel ou miel, coloquinte ou raisin.
Amr le fils de Hodir qui fut roi des Kindides Voulant prendre pour femme Oumm Jiàs filie d’Auf Pour décrire ses'‘traits candides ou splendides Lança vers elle Icam dont le retour fut sauf.
— « Ruse ne saurait être où ne se trouve voile » Dit la dame. Et le roi: « Que vis-tu dans ce val? » — (Un visage miroir qui reflète une étoile ;
Des cheveux rutilants comme crins de cheval.
« Abandonnés ils sont chaîne luxuriante; Mais peignés et rangés, la grappe de raisin Qu’une petite pluie a faite plus riante,
Sur les sourcils dont un calam fit le dessin.
« Ils couronnent deux yeux, comme d’une antilope Que n’effraya lion rampant, chasseur debout;
Du milieu des deux arcs le nez se développe Comme un sabre fourbi se courbant vers le bout.
« Une pourpre légère en un champ blanc déferle: C’est la joue où la bouche ouvre son anneau bel; Où sourit le sourire, où les dents sont en perle Où la lèvre est en rose, et la salive en miel.
« Où la langue se meut en parole facile
Que dirige un esprit prêt à la question,
D’où la réponse sort admirable et docile A J'interrogatoire, à la suggestion.
« Le col d’un blanc d’argent sur la poitrine pleine Ainsi qu'aux dieux d'ivoire appelés doumia ;
Bras dont on ne sent l’os ou ne touche la veine, Mains aux tendons légers et que rien n’émia.
« La gorge a ses deux seins durs comme des grenades, Le ventre a son nombril comme coupe aux parfums, Le dos a son sillon, et dont les promenades
Mènent à des attraits dont nuls ne sont défunts.
« O fille magnifique ! Elle marche, ses hanches S'’abaissent, aussitôt, posent. Elle s’assied
Et son flanc rebondit. Que ses jambes sont blanches S'appuyant sur le fer de lance de son pied. »
« Elle connaît encor les devoirs de dix sortes : A l'œil de ton époux n'offre en toi rien de laid. Ne tends que douce odeur à ses narines fortes. Le Kohl est la parure, et l’amour de l’eau plait.
« Soins autour du repas, silence auprès du somme; Paroles quand il mange, et calme quand il dort. Du retard de la faim naît un feu qui consomme,
Et l'interruption du sommeil fait la mort.
« Soigner.et surveiller ses biens et sa demeure ;
Ne jamais divulguer un seul de ses secrets ;
Pour que toute traitrise à leurs pieds cède et meure Serre les siens et lui du zèle de tes rets.
« Ne te montre joyeuse alors qu’il sera triste, Ne parais attristée alors qu’il est joyeux.
Car la joie humilie alors ; et qui persiste
À pleurer sur le rire offre le sel aux yeux.
Dieu récompensera. » — La fille fut menée
A l’époux. Leurs sept fils régnèrent sur l’Yemen Entre eux naquit Härit, et de cet hyménée;
Qui lui-même eut Imrou-I-Kais, de son hymen.
HAMAR
(FABLE
Deux voleurs devisaient. Passe un vieux bücheron, Tirant un bourriquot par la bride. Un larron
Remplace le baudet. L'autre avec lui s'envole.
— « Un homme au lieu d’ânon: dit le vieux qui s’affole. — Quand j'insultai ma mère, ainsi Dieu fit de moi
Mais ta vertu me sauve, et je suis Lout à toi.
lerare:
Lee) Lu + #
— Te garder, te nourrir, dit le maitre, chimère ; Va chercher ton pardon si le ciel te rémère., »
A quelques jours de là, le bonhomme au marché Voit repasser sa bête. Alors, d’un ton touché :
« Auras-tu donc encor mal parlé de ta mère? »
ARTHÉMIS
L'époux inconsolable avait tosté les mânes, Prié tous les Vichnous et tous les Ahrimanes, Sacrifices offert, versé libation
Fait toilette à la tombe, au caveau station.
Son veuvage semblait se complaire à ces choses Elevage des pleurs et culture des poses.
Sur le tombeau chéri doctement cultivé
Son geste autour de l’urne élégamment rivé S’enroulait sous le crêpe à la flamme des vases. Ses larmes subissaient la marée et‘les phases, Sans étancher jamais leur fidèle courant.
Il devient le modèle : on le cite, on le prend Pour type de mari passé prêtre et mariste.
Un jour, au mausolée, où fut notre fleuriste, L'esprit du cimetière apparaissant soudain :
« Mon fils, je suis touché de voir en quel Eden Ton souvenir constant de ta moitié défunte Transforme le parterre où ta douleur emprunte De quoi survivre aux jours que j'avais consumés. Refaites-vous heureux ensemble, et vous raimez! Prends ce bois d’aloès; et selon les grimoires Du texte qui l'entoure, allume-le. Les moires
De la fumée à peine au ciel auront tourné
Que, du marbre où ta femme, onze ans, a séjourné Tu la verras lever toujours même et pareille
Au jour où ce sont clos ses yeux et son oreille. » Le veuf rentra chez lui, sécha vite son œil ;
11 noya l’amulette et dépouilla le deuil.