‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 204 sur 229 · VALMORE · texte numérisé non relu

VALMORE

. Toujours mêmes souris, toujours mêmes chagrins :

Il faut souffrir pour être

Grains de sel dans les pleurs pareils; et même grain

De sable dans l’urèthre,.

Le petit du voisin pleure sur l'alphabet

Et pour apprendre à lire,

Pour aller à l’école; et vivre où l’agneau pait

Lui vaut meilleur délire.

Il ne sait rien encore des Ozymandias Et leurs bibliothèques ;

Il aime mieux rester aux hue et aux dias, Et manger des pastèques.

Cet autre accouchement, le second, — le premier, Puisqu’il fait naître l’âme!

Veut entr'ouvrir la porte à ce petit fermier, Des lectures de flamme.

Et l’esprit du savoir, la bouche sous l’index Est derrière la porte;

Le manteau bossué par les mille codex Pleins de fruits qu’il apporte.

Toute l’expérience et tout le document De la typographie ;

Tout le blanc et le noir, et tout le monument Qui d'encre s’édifie.

Le château des pensers, le temple de l'écrit; Toute la cathédrale

Où le lierre du texte au rinceau de lesprit Enroule sa spirale.

Tous les saints sont perchés dans les voûtes du chœur. Tous les dieux, tous les diables ;

Ceux qui prêchent aux yeux et ceux qui prient au cœur, Plus irrémédiables.

Nul n’a sur le sujet rien dit de plus joli + Que Desbordes Valmore, à

Dans ses vers que tout vieux sous son cerveau molli Encore se remémore !

OZYMANDIAS.

Lire! lire! à délice!

C'est ce qu’on peut partout Hors de cette milice De Paris touche-à-tout.

Lire! lire! à délire !

C’est ce qu’on peut ici.

Délire, lire! lire

Encor mieux qu’à Passy.

Lire ! lire! Ô mystère!

Cette transfusion

Du sang de l’autre artère D'une autre illusion.

Lire! lire! Ô prestige!

Cette transmission!

Sève d’une autre tige, suc d’un autre scion.

Ici je suis venu pour lire Pour oublier, être oublié; J’ai rompu toute corde à lyre Par où j'étais ailleurs lié.

J'ai voulu délivrer mon crâne De ce qu’en tête il s'était mis, Mes voisines avaient un âne Qui me rappelait des amis.

Je l’ai fait vendre. Un coq encore Par moi fut mis sur le carreau Qui, de sa voix cocoricore

Me recriait : « Trocadéro! »

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