LXXX V VISITE AU VIZIR
Ces beaux orientaux qui doucement se baisent Ont du charme vraiment
Comme des cruautés, qui, par grâces s’apaisent,
Et tels qu’un lionceau qui se ferait aimant.
Leurs femmes sont là-haut à cuisiner de l’ambre Gris pour mettre en colliers,
Avec de l’aloès, du santal, et leur chambre
Est une cassolette à parfums par milliers.
Elles savent la loi de noire aphrodisie
Du mélange emperlé Qu'il leur faut revêtir, surtout en Tunisie Où l'impuissance molle en l’onde a déferlé.
La clarté de leur chair se rehausse de l’ombre De ces boules de poix
Dont perle et diamant vont espaçant le nombre,
Mêlant odeur et feux, nuit et jour à la fois.
Des boutons d’orangers comme une perle vive Enfilent sous leurs mains
Leurs gouttes de parfums, leur qui m'aime me suive
A l’arôme émané de mon linge en jasmin.
Pour des noces d’amis's’apprêtent les toilettes, Cinq costumes par jour
Qu'il faut, cinq jours durant, parsemer de paillettes
Et d’escarboucle en poudre à diaprer l’atour.
Soit vingt-cinq grands habits pour un seul mariage, Chacune en porte autant;
Elles sont là deux cents qu’à travers nul grillage
Nul ne peut contempler, jalousant, jabotant.
Eux, ils sont au jardin, sans parler nous promènent, Où ne causant que peu;
Disant : « toutes les fleurs ici vous appartiennent...
Calcéolaire brun, et cinéraire bleu. »
Et lorsque je m'en vais, pour mémoire jolie,
; En quittant leur chibouck,
La présentation en formule polie
D'un grand bouquet offert par le petit Zhérouck.