VOL D'OISEAU
Tu vois des tuiles, Suis-les,
0 regard morne, Borné
De toits moroses, Rosés, Cernés,
De tuyaux ternes.
Horizon grêle, Grèlé
De mainte flèche, Léché
De maint panache Haché, Bordé
De fumée orde.
Tu veux des arbres Marbrés, Ombrés
De taches sombres;
Et des nuages
É Frisés, Frangés De taches grises.
Trilles de merles Perlés, Mêlés
De Philomèles..….
— Tu vois des luiles, Suis-les, O regard morne,
Mort-né.
#1 (se)
NUE î MER DU NORD
A M. Georges Jeanniot.
Sur un fond fleur de lin, gris de ciel, bleu de perle, La dune évanouie en un ton jaune fin,
Infiniment moutonne, incessamment déferle
Le flot tumultueux d’un sol poudreux et vain.
Cet Océan grenu plus désolé que l’autre,
Plus houleux et plus fol, à la bave des mers
Mêle sa cendre blonde où le baigneur se vautre… Et le flot sablonneux baise les flots amers.
De la vague parfois l’onde s’émiette en poudre... Le sable en fusion s’égoutte dans les eaux
Dont l’écume, d’un fil de neige, semble coudre L'or et l’azur, en proie aux vents, aigres ciseaux.
A quel astre bizarre obéit la montée
De l'océan de sable aux onduleux remous? Quelle planète étrange ou quelle étoile athée Tord ses flux aveuglants, endort ses reflux mous.
Parfois la lune hésite entre ces deux marées,
Et son enchantement qui s’y communiqua
Trouve en cette autre mer ses lueurs mieux mirées, Et fuit les champs d’azur pour les champs de mica.
Et j'y fais un bouquet désespérément triste
De chardons inouis, irréels, fabuleux
Que Phœbé caressa de son baiser puriste…..
Des chardons assez fous, enfin, pour être bleus!