CONFITENTEM
Je suis cet ennuyeux pays
Que de ses regards ébahis,
L’Anglais au pas tranquille et lent Va contemplant.
Par mes collines aux flancs verts.
Sur des têtes point à l’envers, Je sens fluctuer des remous
De chapeaux mous.
Je suis le pays adopté
Pour les achats de bois sculpté
Dont l’aimable sujet toujours Figure un ours.
Je suis le pays ennuyeux Qui s'efforce de plaire aux yeux Par tout ce qui désespéra
À l'Opéra :
Le point de vue et les sapins
Et les torrents de papiers peints, Les nattes et les corselets
Et les châlets !
Pour les tableaux de chevalets
J'ai des paysages fort laids
Que le moindre coupe-papier Peut copier.
Je suis Helvétien et tel Qu’on me voit dans Guillaume Tell, Avec peut-être plus encor
L’air d’un décor.
Li à
Je suis « Quand l’Helvétie est un Champ de supplice » inopportun Pour de plus ou moins Berrichons
Sieurs Perrichons.
Je suis monts et je suis vallons,
Les uns très hauts, les autres longs,
Où l’on sent un peu de Gessler Flotter dans l’air.
Je suis l’idiot idéal
Du surnuméraire féal,
Exsangue et pâle Debureau, De son bureau.
Je suis le pays assommant
Où l’on oublie injustement
Les articles de Monsieur Weiss Pour l’Edelweiss.
Je suis le pays bossué
De monts, ainsi que Josué
Arrêtant sur leur flanc vermeil L’or du soleil;
Leurs flancs où grimpent par essaims Des pins comme des capucins En froc vert sur les pics neigeux
Et nuageux.
Je suis le ridicule endroit Où l’on n’a pas même le droit De ne pas voir un paysage,
Si l’on est sage.
Je suis le pays des bâtons
Ferrés que d’âpres piétons
Brandissent de leurs mains pourvues De longues-vues.
Ils lorgnent du long de mes flancs
Des sites faits comme des plans,
Heureux d’avoir si haut monté Leur nullité.
Je ne sus point ne pas tomber Sous la dent du jumeau d’Auber,.
Ce Parisien et ce secribe
De Monsieur Scribe.
Pour se suicider en sommes, Je suis, si l’on est las des hommes, Le meilleur pays qui se puisse :
Je suis la Suisse!