ÉTOILES
Comme une rose trémière, Sur ces théâtres alpins,
Fleurit la jeune première, Qui peint sur ses calepins
Tant de croquis et d’esquisses :
— Calepin, lisez sketch-book — Indispensable aux misses,
Comme au Persan son chibouk.
Elle fait poser des cîimes,
Qu'elle enlaidit sans égards Les hauteurs sérénissimes, De profil et de trois quarts.
Parfois même ses foucades Photographiques, sans plus,
Vont jusqu’à dire aux cascades Fougueuses : « Ne bougeons plus! »
Elle fait, d'après nature,
Et très sérieusement L'immense caricature
De Schweiz, pour son châtiment
D’oser nous servir encore Le site qui nous crispa,
Et qui dès longtemps décore Toutes les boîtes de Spa.
Et sur ces albums artistes, Les dents des pics, par milliers, Feraient rire les dentistes Avec tous leurs râteliers.
« Quo te, Mœri, pedes ? »
VIRGILE
Dans ses gants, elle a des pattes, Plates comme des plateaux, Dans ses bas, elle à des battes, Et sur ses pieds, des bateaux.
Elle avoisine, elle accointe, Les cimes aux lointains flous, Qu’elle perce de la pointe
De ses pas à vingt-deux clous.
Nul sommet que sa semelle N’ait estampé de ce scel, Et tout le pays grommelle Sous ce seing universel.
Comme celui qu'un évêque Place au bas du mandement, La montagne se rébèque Sous ce cachet assommant,.
Comme une chancellerie Met son limbre où cela sied, Elle laisse une armoirie Partout où pose son pied.
Dans le sentier plein de charmes, Près du banc où l’on s’assied,
La boue à gardé ses ârmes,
Qui représentent un pied.
Les névés pleins de mystère, Et qui donnent le frisson Tout aussi bien que la terre, Ont ce pied pour écusson.
La Iung-Frau, quand elle y pense, Entre le zist et le zest,
Croit sentir sa vierge panse
Se maculer de ce crest.
Et par un pas qui semprunte Aux Valentinos anciens,
Où mainte jambe défante Sous les rythmes musiciens
fa
e A LE PARCOURS DU RÈVE AU SOUVENIR:
Atteignait dans sa ribote
Jusque aux frises d’un bleu pur, Nous verrons un jour la botte S'imprimer en plein azur!
Elle est aussi botaniste,
Et sur sa hanche, entr’ouvert, De sa boîte d’alpiniste,
Se suspend le tombeau vert.
D'un geste vif elle scalpe, De ses mousses et lichens, Le cràne chenu de l’Alpe, Qu’agacent ses doigts taquins.
Et des pics les plus revêches, Elle brave les écarts,
En songeant aux feuilles sèches Dont on fait des christmas-cards.
Mais les bouquets-à-Chloristes Ne sont vus qu'avec mépris Par ces misses herboristes, Fières, quand elles ont pris
Au pic, sa barbe de mousse, Dont leur doigt est le barbier, Et que Dieu bon veut qui pousse Pour l'honneur de leur herbier.