‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 71 sur 229 · CONSEIL · texte numérisé non relu

CONSEIL

Quatre airs variés (sur des motifs de Bædeker).

N'oubliez pas le précepte Essentiel : que l’adepte Évite le compagnon

Qu'il ne connait que de nom.

On fait souvent à des tables Des connaissances sortables Qu’un projet d’excursion Transporte de passion.

Mais ces épaves d’auberges Sont ignorantes des berges Qu'on longe mal sans l’acquis De plusieurs dames Saquis.

Alors il faut que l’on plante Là l’homme à la marche lente; Ou qu’on double ses fardeaux En le prenant sur son dos.

Puis, ce Samaritain, n'est-ce Pas, pourrait être une espèce; Un forcat tout justement

En voyage d'agrément;

Un échappé de son bagne Faisant un tour de campagne :

Ami par {trop imprévu

Pour qu'avec lui l'on soit vu.

Et puis, qu'est-ce que ia somme Des maux qu’on peut essuyer, Près du penser que cet homme Pourrait bien... nous ennuyer ?

DÉVEINE Lac vert clair.

Le Touriste précis qui prétend se régler Sur le Guide, voulut voir le beau lac vert clair.

Mais sous les flocons fins du brouillard qui déferle, Le lac effrontément se montra gris de perle.

Le Touriste revint; mais, sous le ciel d’azur Le lac bizarrement affecta de bleu pur.

Puis sous les haïllons d’or qu’un soleil couchant bouge; Le lac étrangement apparut jaune et rouge.

Le Touriste revint, vit le lac violet,

Guide, sans se troubler de ce qui vous déplait. Sous l’aurore il fut rose, incarnadin, orange, Guide, sans s'occuper de ce qui vous dérange.

On le vit blanc sous l’aube, et noir au fond des nuits Guide, sans se troubler de causer vos ennuis.

Mais le vert clair gardait obstinément rancune, Et le prisme en ce lac n’eut que cette lacune.

Et le touriste las enfin de s’'embusquer Revint un peu fâché contre son Bœdeker.

XL V PARADOXE Riche Flore.

On est étonné d’apprendre Que cette lande de gneiss Puisse alimenter et rendre D'autre fleur qu’un Edelweiss ;

Et que ces coteaux en friches Durs comme la chaise Gild Olm-mur aient des flores riches Comme un Aroun-al-Rothschild.

XLYT RIFLARD

Un fort parapluie à poignée commode et garni dans le bas d’une solide pointe de fer.

Ce pays est énorme, Et plait

Par l’ultra de la forme Du laïd.

Atteint d’une démence De choix,

Il est autant qu'immense, Bourgeois.

Ses monts ont lair bonhomme, Ayant

Au front ce blanc qu’on nomme Seyant.

Ses lacs sont la cuvette Lavant

Des formes que duvette Le vent.

Ces sapins bien portants Et lisses,

Paraissent des coulisses, Portants

D'où l’on va voir sans cesse, Riant

Tableau — mainte Suissesse Priant

D'un ton qui balbutie Par cœur,

Chanter sur l’Helvétie Un chœur.

Plusieurs conservatoires D’enfants

Très mûres, éléphants Notoires,

Qui vont dire que c’est La honte,

Et nous conter le conte Qu'on sait.

Nous donner du martyre Et du

« Mon père tu m'as dû Maudire ».

Pendant que du châlet

D'usage Va sortir un peu sage Ballet

Dont la jambe qui ploie, Croyez-

Moi, n’est que bas de soie Rayés. |

Il serait peu sincère Nier Que ce soit ton viscère, Garnier ;

Ta terrible boutique Néo-

Grecque, à rendre mystique Théo ;

Tes soleils amaranthe Et tes

Marquet, Mauri, Mérante, Altès.

Mais, pour tenter ces routes, Ce pin

Qui fait rire les croûtes De pain,

N'est rien près du spectacle Surfin

Dont la Suisse est le vain Oracle,

Puisque vous y pourrez, En vies,

Voir de vrais « parapluies Ferrés! »

Ses torrents sont des mousses, Démons

Qui font les barbes rousses Des monts,

Auprès de l’avalanche De chic,

Qui fait la barbe blanche Du pic.

Parmi, le pin circule L'air au

Moins aussi ridicule, Blaireau.

Étalant sur ces pâles

Mentons De clairs savons aux tons D'opales.

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