CREVASSE
Pour la femme et la famille, une terreur pleine de deuil repose sur ces hauteurs dont les bois mêlés de-neige se marquent au loin funèbrement par des taches de blanc et noir.
MICHEÉLET.
A M. Paul Verlaine.
La pluie humecte Le petit corps de l’enfant Tombé dans l’ombre Du glacier aux yeux d'azur.
Le père cherche.
L'enfant n’est pas retrouvé.
Alors les guides De toutes parts sont partis.
Harpagaus même, C’est le meilleur du pays...
La pluie immerge Le menu corps de l’enfant.
Avec un autre Conrad s'était en allé.
L'autre retourne.
Mais lui n’est pas revenu.
Pour fêter l’aube, Il a voulu rester seul.
Nul ne s’étonne, Ici c’est habituel.
On s'épouvante Vers le soir du samedi...
La neige ouate Le sommeil froid de l’enfant.
Chacun en parle.
On dit ceci, puis cela.
Et ceux le louent Qui appelaient polisson!
Dans la boutique, Chez la pâtissière aussi,
Près de la poste, Et même dans les hôtels.
On interroge :
« Est-il retrouvé, l’enfant?... »
On s'intéresse :
« L'enfant n’est pas retrouvé! »
C'est une aubaine Pour la Conversation
Des salles dites Ainsi parce qu'on s’y tait.
Les parents cherchent — Et puis ils ne cherchent plus!
Ils mangent, boivent, Dorment même, désolés!
Ils se réveillent,.
Hélas! Conrad n’est plus là! Est-ce possible?
— On se remet au travail.
NÉVÉES. 197
Parfois on pense Qu'il va rentrer tout soudain, Pour quelque noce Partout ailleurs attardé.
Que fou de joie On sera plus d’un instant.
Puis, que, bien vite, Après on le grondera.
Comme une chose, Breloque oubliée, un rien, Que l’on rencontre, Joyeux, au pli d’un sentier.
Mais non, la pluie Au cadavre de l’enfant.
Mais non, les larmes Aux yeux du père qui coud!.
La grèle troue La dépouille de lenfant, Mangé dans l’antre Du glacier aux dents d’azur.
La mère pleure :
: Pas même d’enterrement!
Pas une bière Même où greffer son chagrin.