‹ Le pardon; comédie en trois actesChapitre 17 sur 37 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GEORGES

Si! tu penses à quelque chose. Je le vois, j'en suis sûr... Je sens bien que tu as toujours l'esprit ailleurs... Tiens, hier soir, au théâtre... c'était pourtant très gai... eh bien, tu faisais une figure !

SUZANNE

Tu te trompes, je me suis beaucoup amusée.

GEORGES

En dedans, alors ?

SUZANNE

Cela tient peut-être à ce que j'avais déjà vu la pièce. Nous allons au théâtre presque tous les soirs.

GEORGES

Dame, qu'est-ce que nous ferions de nos soirées, ici, en têle à tête? Tu n'as pas tant de distractions, d'ailleurs.

Je me passerais bien de celle-là, si tu voulais.

GEORGES

Non. Il est excellent que nous sortions, et le plus possible. Seulement, je l'avoue, je voudrais que tu eusses l'air de t'amuser un peu plus. Pourquoi faisais-tu cette figure?

SUZANNE

Mais...

GEORGES

A cause du sujet de la pièce, n'est-ce pas? Il était question d'un mari... Eh ! ma pauvre enfant, de quoi veux-tu que nous parlent les vaudevillistes ? C'est la vieille gaieté

française, ça... Si on ne venait pas là pour oublier, il y aurait toujours une bonne moitié de la salle qui n'oserait pas rire... Pourquoi ne riais-tu pas? Je riais bien, moi î

SUZANNE

Georges !

GEORGES

Dis, à quoi songeais-tu?

SUZANNE

A rien, mon ami.

GEORGES

En ce moment même, à quoi songes-tu ? Voyons, sois franche... A l'instant où je te parle... là, sous ce front... se lèvent des souvenirs, des images... Ose dire que non !

Mais, mon ami, ce n'est pas moi, c'est toi qui y penses toujours.

GEORGES, étonné.

Oui... c'est vrai... toujours... (un silence.) Veux-tu que je te dise pourquoi?

SUZANNE

Georges ! de grâce...

GEORGES

C'est parce que... en somme... j'ignore, moi, comment cela s'est passé... C'est ma faute ! je ne t'ai pas interrogée, je n'ai même pas voulu t'entendre... Mais il y a des choses... des détails... que je voudrais savoir à présent, que j'ai besoin, oui, besoin de savoir... Promets-moi de me répondre ; et, quand je saurai, ce sera fini, bien fini ; je ne te ferai plus souffrir, jamais.

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