‹ Le pardon; comédie en trois actesChapitre 26 sur 37 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

SUZANNE

Tu as travaillé tout le temps?

A peu près.

A peu près?

GEORGES

SUZANNE

GEORGES

Ah çà, qu'est-ce que tu as avec tes questions ? (ii se retourne

et voit la voilette dans la main de Suzanne.) Ail! CettC VOilctte?... SUZANNE.

Pourquoi ne me disais-tu pas que Thérèse est venue ?

Et toi, pourquoi m'interroges-tu avec celte insistance?... Oui, Thérèse est venue... Elle venait te chercher... Et après? Qu'y a-t-il là d'extraordinaire?

Rien... sinon..

Sinon ?

SUZANNE

GEORGES

SUZANNE

Sinon ton silence là-dessus, et la vivacité avec laquelle tu réponds à des questions bien innocentes.

GEORGES

Voyons, voyons, Suzanne; nous n'allons pas intervertir les rôles à ce point? Ce serait plaisant! Tu ne vas pourtant pas me faire des scènes dejalousie? D'abord, je ne le mérite pas... Et quand même je...

SUZANNE

N'achève pas, Georges... (atcc un grand effort.) Non, va, je ne suis pas jalouse... Je connais Thérèse, je suis hien sûre qu'elle ne voudrait pas me faire de mal. Je n'oublie pas quelle amie elle a été pour nous; je conçois très bien que tu lui donnes une place à part dans ton cœur, et je ne dois pas en prendre d'ombrage... Je tâcherai d'être bonne comme elle, voilà tout. —Seulement... si j'ose te faire une prière... ne me cache rien !...

GEORGES

Mais...

SUZANNE

Oui, c'est entendu, tu n'avais rien à me cacher, c'est moi qui ai été maladroite et sotte. Mais comprends comment je te dis cela... Je te place si haut, il y a tant de respect et de confiance dans l'amour que j'ai pour toi ; même quand tu es un peu méchant, tu es si bien pour moi le seul appui, le seul asile, que si je ne pouvais plus croire en toi, d'une foi absolue, comme un enfant, tout me manquerait et je sens que je ne pourrais plus vivre.

GEORGES

Que de grandes phrases, ma chérie!... Allons, Tincident

est clos, et nous n'en parlerons plus... (n se promène à grands

pas.) Nous sommes fous, ma parole ! ou en train de le devenir... C'est vrai, nous sommes là à prendre les choses au tragique... Je me demande si elles valent même la peine d'être prises au sérieux!... On dirait que ce qui nous est arrivé est unique, que cela ne s'est jamais vu depuis que le monde est monde!... Ah! Dieu! si on connaissait l'histoire de tous les ménages!... C'est stupide, à la fin, cette rage de tout dramatiser... Écoute, je te propose une trêve. Le passé est le passé. . . Je suis maintenant sûr de toi, et

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