‹ Le pardon de Bretagne drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 39 sur 89 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

MAC-TRÊVOR, seul.

Mon affaire viendra aux assises prochaines. Six semaines pour l'appel. Je vois d'ici que je pourrais bien aller rejoindre mes aïeux vers le milieu ae juillet. (Il fait claquer ses doigts.) Sacrebleu ! si je veux m’amuser je n’ai pus de temps à perdre... — Kemoél... Kemoéldo Pen-Marc’h... je ne me rappelle pas ce nom-là... C’est égal, pu isqu’il est Breton, le serai bien aise de le connaître. Par lui, peut-être, j’aurai des nouvelles de ma fille... Pauvre petite! elle no doit pas avoir conservé un souvenir bien respectueux de monsieur son père... Ah! ru diable ! ce qui est lait est fait. A propos, relisons un lieu c«t échantillon de la muse de notre ami Kernoêi. Michef Giuts me l’a donné comme une des meilleures pièces du recueil... Voyons.- <« <“■)

Par les sentier# déserts, suspendu* aux falaises, Solitude où souvent me retrouva le jour,

De lu plaine aus rochers, des ajoncs aux mélèzes, Partout je t’ai cherché, doux fantôme d'amour !

(Pendant qu'il continue à fir«.) Eh! la rime est bonne, l'expression est juste, gracieuse ; du sentiment, de l'âme; c’est un peu fade, par exemple... mais enfin, je n’avais pas à choisir. Michel Glatz a pris ce qu'il a nu trouver... Allons, je vais satisfaire mon dernier caprice... En ai-je eu dans ma vie de ces fantaisies baroques, de ces lubies extravagantes!... Celle-ci est tout de même un peu bien bouffonne..- M'habiller en poète pour mourir. Me couronner de gloire avant de courber mon Iront sous le supplice ... Eh bien ! pourquoi pas? Est-ce que je m'en liai me fan e condamner, là, tout bêtement, et finir ainsi sans bruit, sans éclat, — allons donc! Tous «es bourgeois si vertueux, toutes ces femmes honnêtes, toutesres bonnes gens si prudes — je veux, oui, je- veux les forcer à s’occuper de moi, a m’admirer, à se ruer sur mon passage, à s’attendrir sur ma mort. (Il rit.) Le crime arrachera (les larmes à la vertu ! Et mon avocat, quelle magnifique plaidoirie, et que de belles choses il va leur dire à ces bons juges, que le récit do mes crimes fera frémir, et que la lecture de mes vers iera pleurer!... Et puis, j’ai mon idée. I! me semble que mourant de la sorte, enseveli dans ce rayon de génie, je léguerai à ma fille un souvenir moins sinistre. Peut-être oubliera-t-elle de me maudire, quand elle entendra cette douce langue des anges vibrer sur mon

tombeau... (Il écoule.) Je crois qu’on a ouvert une porte

Pourvu que Michel Glatz ail bien pris toutes les précaution» que je lui ai dit de prendre-., car enfin, ces auteurs, ils ont un arnour- propre... et celui-là plus tard me ferait |>eul-élre quelque chicane... mais je me mettrai en règle... je lui ferai signer une quittance en bonne forme... et c'est bien le diable apiès s’il s’avise de parler.

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