SCENE n
ROSE LINON. KERNOEL.
bernoel , entrant par la droite.
Vous n’étiez pas seule, il me semble?
rose limon.
Moi, mon ami, je parlais à mes gens... je leur donnais des ordres pour ma petite tète de ce soir, et dont l’heure approche. Vous en serez, n’esi-il pas vrai ?
EBRNOIL.
üne fête?... Et s’il est parmi les invités quelques-unes des personnes qui m’ont vu pauvre, n’auront-elles pas lieu de s’occuper de la cause inconnue qui m‘a fait riche ?
ROSS LINON
D’abord, aucune de ces pcrsonnes-là n’a été priée; et nuis à quoi bon vous inquiéter, Kcrnoël ? Vous avez mis le pied dans un monde où il en est des fortunes comme autrefois des races nobles, on les respecte d’autant plus qu’elles sont d'origine perdue... (Elle s'approche de lui.) Mais j’ai dus reproches j a vous faire, je ne vous ai pas vu de touto la jouméo.
KERNOEL.
C’est vrai. —Je suis sorti de bonneheure...àla pointe du jour.
ROSE LINON
Juste ciel ! Et qu’aviez-vous à faire si matin P
KERNOEL.
Rien ; je suis monté à cheval, je suis allô m’égnrer dans les taillis d’Aulnay. J'avais un peu de fièvre, je pense. Cette nuit, je ne me suis pas couché.
ROSI LINON
Est-il vrai? Mais vous vous tuerez à mener cette vie étrange! kbrnoel, otvc amertume.
Non, non ; ce qui pouvait être tué en moi est tué ; ce qui devait mourir est mort.
ROSS LINON
Kernoël!
kbunoil, te levant brusquement du canapé où il «’«t laissé tomber
en arrivant*.
Mac-Trévor m'a dit : Prends cet or, car en te le donnant, je te donne le génie... Mac Trévor a menti. Dès l’heure où mes mains eurent louché à ce prix de ma honte, j’ai compris que l’intelligence se retirait de moi comme d’un temple profane... Ce que j'étais, je ne lu suis plus. (Rrncontrant 1rs regards du R se Linon.) Vous allez rire, vous allez vous moquer, et cependant cela est vrai. 11 m’arrive dix fois par jour, depuis ce jour maudit, de me lever brusquement et de courir m’arrêter devant une glace. Je me regarde avec attention, cherchant à surprendre sur mes traits I indice extérieur, matériel de celte décrépitude qui me gagne... — Non, c’est moi, c’est bien moi, aucun de mes cheveux n’a blanchi ; je me reconnais, je vois bicoque le temps n’a pas fait un pas. et cependant... il y a sur mon Iront, dans mon regard quelque chose; do morne et d’immobile — et qui n’eri plus la vie! J'essaie de sourire, et ce qui passe sur mes lèvres n’est pas un sourire... c’est un pli, rien de plus, et qui m’épouvante. Je dis à mes yeux de s'animer, et la lumière y glisse comme sur une glace polie, mais froide ! Alors, dans une convulsion d’impatience, je me prends la figure à deux mains pour arracher ce masque où la vie ressemble à la mort; mais ce masque, c’est moi, moi, le poète excommunié ! moi, avec l’Ame de moins... l’âme que j’ai vendue!.., Ah! faut-il que je vous le dise? Eh bien, j’ai peur de devenir tou!
ROSE LINON
Si vous m’aimiez, Kemoêl, comme vous avez tenté do me le faire croire, vous oublieriez peut-être près de moi toutes ces funestes chimères qui vous poursuivent.
KERNOEL.
Toi ! (Il aperçoit la lettre que tient Rose Linon.) Quelle est celte lettre que vous roulez dans vos mains ?
ROSi LINON.
Ah c’est vrai... cette lettre... Tenez, J’ai oublié de vous la louner; voici quelques jours déjà qu'elle vous fut envoyée. keknokl, prenant la lettre.
Vous l’avez lue 1 *
ROSE LINON
Avez-vous des secrets pour moi ?
kbrnobl, lisant la signature.
Mary Berthe ! C’e3t Mary Bcrtho qui me fait écrire ? Ciel ! Joselyne ! Jocelyne !... Et vous avez lu cette lettre ? Et vous me t’avez cachée ? Et vous saviez que Jocelyne était mourante ? Dh ! laissez-moi, que j’aille... s’il en est temps encore...
ROSE LINON
Rassurez -vous... je sais de ses nouvelles... elle va mieux.
KERNOEL.
N’importe, je veux la voir !
RUSE LINON
La voir! Non, je ne veux pas que vous revoyez cette femmaj
KERNOEL.
Elle, Jocelyne 1 Elle se meurt, et je ne serais pas là 1
Laissez-moi.
ROSE LINON
Alors... vous l’aimez donc ?
KEUNOEI..
Moi!
ROSE I.INON.
Oui, vous! Et je suis jalouse, entendez-vous?
KERNOEL.
Jaîouso 1 et de quel droit?
aosR linon, atcc violence.
Oh ! cette Jocelyne...
EERNOEL.
Taise 2 -vous I Ne mêlez pas à vos colères le nom de celle /ierge des douleurs...
rose linon, tombant en pleurs sur une chaise .
Kernoël, tu ne sais pas à quel point je t’aime.
KtnNOEL, te rapprochant d’elle.
Eh! moi aussi je t’aime I... moi aussi je t’ai bien aimée !.-
ROSE LINON
Oui. mais j’ai une rivale dans ton cœur.
' KERNOEL.
Une rivale, lion pas... mais un ennemi
Un ennemi!
ÎO
«zijoti;